tra­duc­tion Rose­lyne Sibille

 

 

I.  4H de l’après-midi

Non, je ne peux pas dire que je vous con­naisse ; pas de sou­venir d’une amitié
depuis mille neuf cent soix­ante six (ils ne m’avaient pas encore créée)
Mais vous êtes de la famille ‑c’est ce que Papa laisse entendre-

ou presque (le neveu… de son cousin au troisième degré, de retour du Tibet ?)
Il a dit de vous accueil­lir, prenez donc un siège au pre­mier rang.
Je suis ici pour le long par­cours — oui, pour le nou­v­el œsophage !

en caoutchouc vul­can­isé ‑rouge brique- pour com­bat­tre la chaleur,
tis­sé en rond bruyam­ment à (ce qui était) ma taille.
Ils m’en­lèveront les points aujour­d’hui ; c’est un petit cadeau.

Papa ? Il est allé en vitesse vider le bassin,
et Maman est allée pren­dre un bain. Elle a besoin d’un vrai bain parasiticide
après avoir dor­mi au sol ‑écailles de saleté comme du den­ti­frice séché

-ces cinquante et une dernières nuits. Mais c’é­tait un voy­age non programmé,
con­traire­ment au vôtre ‑avec stands de rav­i­taille­ment, copains et thé avec potins !

 

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II. 5H de l’après-midi

C’est votre fils, M’dame ? Oui, il  est vrai­ment intelligent
pour un enfant de pas tout à fait trois ans, mais il essaye d’arracher
le cathéter intraveineux qui ali­mente mon cœur.

Je vois qu’il s’en­nuie beau­coup. C’est dom­mage de ne pou­voir jouer à attraper
ou explor­er les auto­claves : ici ils con­stru­isent les salles sans trop penser
aux jeunes vis­i­teurs ! Le Doc­teur H et son groupe

d’in­ternes sont arrivés (dure journée ? Ils ont vrai­ment l’air tendus).
Vite, les résul­tats sont tombés ? Oh zut, il faut ouvrir ma cage thoracique ?
Enfin, me débar­rass­er d’eux, de ces arrivages plein de sollicitude

de pro­fesseurs, de goss­es, de taties — et de l’hôte d’un voisin,
avant la vis­ite guidée — com­plète avec pho­tos et schéma
— vous com­mencerez par la dune creusée dans ma poitrine

forée avec des tubes, arrosée. “Vous n’au­rez pas mal”, ça débutera
par le men­songe habituel ‑belle tech­nique que vous avez apprise là !

 

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III. 6H45 de l’après-midi

Tu es en retard comme d’habi­tude. Bien­tôt ils diront que la journée est finie,
décon­necteront du soleil épuisé, trans­fuseront le ciel de sommeil.
On a obtenu un quart d’heure. Devras-tu marcher tout le chemin

depuis l’é­cole pour en faire la démon­stra­tion ? Bus, rick­shaws, la jeep de ton papa,
tous rejetés par les pieds que tu viens de retrouver.
Tu as rai­son, si j’avais passé des mois sous le joug d’un plâtre, j’au­rais bondi

comme Bam­bi dans un trip, j’au­rais fait la roue dans la rue.
Désolée je suis super énervée — c’est ma seiz­ième année,
jail­lie libre pour la nuit — mais c’est si bon pour moi de pou­voir saluer

quelqu’un sans sourire ! Tu n’as pas besoin qu’on te dise
comme c’é­tait gen­til de venir ; tu ne vas pas prier
pour ma jeune âme informe. Et quand tes mains étreindront

les miennes teintes au hen­né avec l’hé­parine, ce ne sera pas pour prendre
le rythme d’un pouls errant. Oh, j’aimerais tant que tu puiss­es rester.

 

 

 

09/04/2007

 

 

Vis­it­ing hours/ cir­ca 1989

I. 4 PM
No, can’t say I know you; nor recall a friendship
from nine­teen six­ty-six (they hadn’t spliced me yet).
But you are fam­i­ly – that’s what Achan let slip –,
almost (his third cousin’s … nephew back from Tibet?).
He said to wel­come you, do take a ring­side seat.
I’m here for the long haul – yes, that’s the new gullet!
In vul­can­ised rub­ber – brick-red – to fight the heat,
woven firm­ly around what used to be my waist.
They’ll unstitch me today; it’s meant to be a treat.
Achan? He went to emp­ty the bed­pan in haste,
and Amma for a bath. She needs a real sheep dip
after sleep­ing on this floor – dirt flakes like dried toothpaste
– the last fifty-one nights. But this was no planned trip –
unlike yours – with pit stops, friends, and tea with gossip!
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II. 5 PM
Is that your son, Ma’am? Yes, he is real­ly smart
for not-quite-three-years-old, but he’s try­ing to snatch
I.V. lines from the Port-a-cath that fuels my heart.
I can see he is bored. It’s sad he can’t play catch
or explore auto­claves: they build wards with scant thought
for young vis­i­tors here! The doc­tor and his batch
of interns are com­ing (hard day? They look quite taut).
Hie, have the reports come? Drat, you’ll unzip my chest?
Wait! Get rid of them first, this solic­i­tous lot
of teach­ers, tod­dlers, nuns – and a neighbour’s house guest,
before the guid­ed tour – com­plete with pho­tos and chart
– you will begin on my sink­ing dune of a breast,
drilled with tube wells, watered. Will you say, this won’t hurt,
or it won’t take long: worn mantras you must impart.
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III. 6.45 PM
You are late as usu­al. They’ll soon call it a day:
dis­con­nect the spent sun, trans­fuse the sky with sleep.
We get fif­teen min­utes. Must you walk all the way
from school to prove a point? Bus­es, ricks, your dad’s jeep,
all shunned in favour of your new­ly-retrieved feet.
You’re right, if I’d spent months yoked to a cast, I’d leap
like Bam­bi on a trip, turn cart­wheels on the street.
Sor­ry I am scrap­py – it’s my sixteen-year-old
self, sprung free for the night – but it’s so good to greet
some­one with­out a smile! You don’t need to be told
how kind it was to come; you aren’t going to pray
for my young, shape­less soul. And when your hands enfold
mine, hen­naed with heparin, it won’t be to weigh
the pace of a stray pulse. Yes, I wish you could stay.

 

09/04/2007