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Historiographies premières (extraits)

Par | 2018-02-24T11:00:19+00:00 17 février 2015|Catégories : Blog|

 

chants des mémoires

 

dans la tra­ver­sée
sous des mil­lions d’ondées
vent de sil­houettes
près de la côte lasse vont
sillon­ner les champs de canne
silen­cieux le jour par­leurs la nuit
tanguent sur le bateau à l’horizon

ondées nui­tées
où jours silen­cieux déchi­rés
la voie du milieu fut est

des corps oublient
les plaies char­rient par
des mil­lions d’embaumés sur l’atlantique
des hui­lés tanguent vers les champs-plaies

les nuits la bise marine
corps âmes langues exi­lés
du proche loin­tain
pen­du au petit matin
béance ajour­née

la brume couvre
les dépor­tés trans­plan­tés
après le retrait d’histoire gom­mée
sur le bateau vais­seau fan­tôme
déterre les chants oints
du petit matin sous le souffle
la berge approche le silence

là nus entiers dire
sans nom la fin de la tra­ver­sée
tré­pas vivant dans la mine
cal­feu­trée éper­due de vic­toire
tumé­fiée par les ventres marins

 

 


chant 1 : hier pré­sent

 

hier dans le néant du temps assise
sur le bord de la route
déroute dans la mémoire du temps
abio­gra­phie conquise et
le rêve poin­ta elle le por­ta

hier en début de soi­rée
chaude clau­di­cante sous l’ébriété
à l’heure insou­ciante des petits
douches joyeuses sou­pers câlins
embras­sades goû­teuses
sombrent en che­min jusqu’au len­de­main

hier chaque acti­vi­té ins­cri­vit son temps de
latence logique dia­lo­gique des car­tables
gommes mots rédi­gés pour la maî­tresse
du len­de­main répliques douces aimantes

hier ébauche de la semaine à venir
temps du voi­si­nage qui rentre les chaises
jouit jusqu’à la der­nière par­celle d’une trêve
encore ajour­née

hier les soirs d´été tro­pi­caux lorgnent
sous les arbres des sou­daines envies de
par­tir vers des fenêtres ouvertes qui sug­gèrent
l’insoupçonnable fraî­cheur

hier à l’extérieur le père lan­gou­reux
rentre les chaises scru­ta­trices évé­ne­ments
la bise n’annonce rien et le temps passe

hier d’un coup rythmes en sus­pens
des pas résonnent dans la rue
s’engouffrent dans la fraî­cheur rete­nue
de la mai­son muse­lée par le silence

 

 


chant 2 : main­te­nant

 

main­te­nant un coup de vent tres­saille
sous le ciment du temps en dou­ceur
le doute germe sur la confiance ébran­lée
de mil­liers de secondes avant la rup­ture
du voile lâché sur ces allées venues pour la
pre­mière fois dans un temps oublié

main­te­nant sans caté­go­rie connue sa res­pi­ra­tion
va vient calme le som­meil pen­dant que deux
jeunes corps som­meillent à ses côtés ses yeux
ouverts accueillent l’étrangeté
des pré­noms lui reviennent en mémoire
Mnémosyne accom­plit son office d’où
main­te­nant les capi­tales d’eaux cèdent à
son être inau­gure cette autre
ère sans qua­li­fi­ca­tif ni épi­thète
sans moi ni toi sans eux tout est éphé­mère
tout rythme raconte une confi­gu­ra­tion
d’autres quo­ti­diens désa­gré­gés inexo­ra­ble­ment
par d’autres choses aus­si sûres que le jour
rayonnent dans la nuit et la nuit dans le jour

main­te­nant des jours aupa­ra­vant aucun mot
pour la nomi­na­tion perd la conscience
irré­duc­tible pour la nar­ra­tion imma­té­ria­li­té
suf­fo­quée sous la mémoire impo­sée
Mnémosyne découd les fils de
son orga­ni­sa­tion découvre les images des
per­son­nages fétiches du temps autre que le
néant délaisse sa bio­gra­phie rejette
la média­tion sup­porte le secret de l’autre
point de vue oura­gan pré­sent le soir de
la dis­pa­ri­tion à fleur de peau quelque temps
aupa­ra­vant une pous­sée d’urticaire
fige l’absence dans la direc­tion où elle
désap­prend les sai­sons du temps

 

 


chant 3 : voix des langues

 

des années plus tard février
des années plus tard il fait froid ici
la pluie tombe ciel gris man­teaux fer­més
ver­rouillés bon­nets gants bottes aux semelles
en peau de mou­ton et tra­ver­sée du cam­pus
uni­ver­si­taire sous les gouttes gelées
le vent souffle sur le som­met du temps
silence entre­cou­pé par le bruit du vent

des années plus tard la buée sur les vitres
le bus démarre une autre jour­née grise pointe
à la fenêtre le regard posé dehors
sur la chaus­sée mouillée arrêts régu­liers
devant le por­tail de l’école les sœurs s’en vont
cha­cune dans sa classe réci­ter la chan­son
dans la langue effi­lo­chée du pays d’ici
des années plus tard ven­dre­di bière brune
à la can­tine en fin de jour­née le ciel pleure
tou­jours sur le pays inon­dé de brumes et
d’éclaircies grises et le bus rentre sur la chaus­sée
mouillée et les chips salés au papri­ka craquent
sous les dents le bus arrive enfin enfu­mé par
d’autres haleines prises sur la route au retour une
fron­tière lin­guis­tique tres­saille par­mi la ligne
non des­si­née dans la forêt
le signe et le code changent sûre­ment

des années plus tard les fron­tières coupent
dans des forêts l’absence des poli­ciers iden­ti­fiés
dans le pays d’avant au-delà de l’océan
toute fron­tière a ses poli­ciers qui exigent des papiers

des années plus tard elle rédige des phrases
dans cette langue apprise à l´école
son jour­nal colle au dic­tion­naire des âmes
effa­rouche son plai­sir la dic­tion suit son che­min

 

 

chant 4 : mémoires une au plu­riel

 

mémoires du récit de la soi­rée
bruits doux feu­trés pas de loup-garou
assour­dis par la ronde des voi­tures
silen­cieuses à l’extérieur
puis
des pas encore
irré­gu­liers ins­crits dans une cadence
en ce début de soi­rée la rue s’endort dans
le calme léger et
l’heure insou­ciante des petits
l’heure des douches joyeuses
l’heure des sou­pers bien chauds
l’heure des comp­tines mer­veilleuses
l’heure des câlins doux-doux
der­nier plon­geon dans le som­meil pro­vi­soire
de la nuit où les familles s’affairent aux
der­niers pré­pa­ra­tifs de la soi­rée au cours de
chaque acti­vi­té qui voyage dans son temps
de latence posé­ment le voi­si­nage rentre
les chaises jouit des par­celles de dou­ceur
qui éclairent les soirs d´été dans cette région
des tro­piques aux fenêtres grandes ouvertes
le vent s’engouffre à l’intérieur traces jetées
sur le lit les champs le par­quet ciré odeurs
d’abeilles vol­ti­geant le soir dans la mai­son
enso­leillée la nuit sous des tron­çons de calme

 

 

 


chant 5 : voix de l’écriture ryth­mée

 

écri­tures ryth­mées dans la biblio­thèque
où elle s’assoupit dans l’atmosphère
feu­trée du pre­mier étage l’asile de fous
trans­for­mé en centre cultu­rel depuis des
décen­nies son texte immerge par bouf­fées
frag­ments éden­tés sur­gis de son néant
d’où elle glisse dans les abîmes de sens ses yeux
exté­nues expriment la ten­sion des doigts
impos­sibles de sou­ti­rer autre chose que l’énergie
molle du tra­vail plus elle avance plus cette
mol­lesse l’envahit elle dis­cerne des lettres au
fré­mis­se­ment éva­noui et la rédac­tion des cha­pitres
tra­verse sa pre­mière nuit où elle atteint la rive
pui­sée au fond de l’écriture qui la sort du brouillard
per­du de sens comme au soir de sa frag­men­ta­tion
dans l’espace en menus mor­ceaux qui partent des
lan­gages créés par elle dans des réflexes éveillés par la
vie où elle puise les his­toires connues d’elle seule sa
bio­gra­phie implose dans la biblio­thèque désa­gré­gée
par l’écriture inven­tée dans ses écrits qui la bas­culent
tou­jours dans le rien et le tout de son corps qui lui dicte
de pour­suivre sa tâche exté­nuée elle sai­sit l’écriture pour
fer­mer la porte ouverte ce soir-là ce soir loin­tain
depuis elle met en veille le plus tard
depuis elle écla­bousse ce qu’elle entre­prend
elle doute du plus tard du plus tôt ne doute pas
du main­te­nant depuis que les ins­tants se muent en
des main­te­nant où elle vit sans pas­sé ni futur
son quo­ti­dien affer­mit l’écriture du aujourd’hui
qui emplit sa vie au cours d’après-midi d´écriture
depuis ce soir-là elle ne juge pas les den­rées d’ordres
à suivre orga­ni­sa­tion pour la pre­mière fois elle voit en
aveugle les yeux grands ouverts ins­tal­lés dans sa recherche
du temps qui cer­ti­fie sa vision lan­ga­gière héri­tée
de cette soi­rée cas­sée qu’elle ne juge pas qu’elle ne juge plus
la dou­leur éclate au rythme de son écri­ture illu­mi­née par
les murs en pierre lors des pauses ponc­tuées par le mis­tral
et elle se pré­lasse au soleil et les ondées de sa pen­sée coulent
sur elle comme le plâtre sur le modèle dans le temps décan­té
annon­cia­teur du dit qu’accompagne le néant dans le temps
d’avant temps de matu­ri­té temps de langues

 

 

 


chant 6 : voix des allers-retours

 

la clar­té de la lune se lève dans des habits
blancs et la lune éter­nue sur le pas­sé d’antan
dans la mélo­pée tant de voix tant de haines s’aplanissent
dans le main­te­nant sans plus de peine le je se tait
pour dire oui au seuil de cette porte loin­taine
deve­nir brus­qué sur des main­te­nant éter­nels que
le je pose comme le mes­sie de ses voyages-aban­dons
dans tant d’allers-retours temps retords qui trans­mue
le jeu au on et au nous dans la poé­tique de la langue
elle com­pose nœuds sono­ri­tés réelles pour dépeindre
le som­meil tis­sé de fruits absurdes doux et âpres
dans sa bouche qui ne sour­cille pas en pré­sence du
son nous qui épouse le je dans l’antre de l’autre feu
retrou­vé dans des sono­ri­tés des mul­tiples langues
d’enfance une langue mul­tiple les langues des parents
grands-parents por­tées par la tri­bu au loin der­rière
l’atlantique pro­lon­gées dans des langues d’autres
tri­bus autres ral­liées en Europe le temps des
épou­sailles com­mence au-delà du cercle de craie
au-delà des nations et natio­na­lismes son je construit
sa patrie sur des sono­ri­tés rythmes vidées à plein
sens qui apos­trophent le monde dans des langues
étran­gères en sur­face d’où le bruis­se­ment fleu­rit et
les dis­tances super­fi­cielles cèdent la place à l’autre
mul­tiple dans des his­toires plu­rielles reven­di­quées
haut la main en tenaille et le cor caché par des
san­dales étroites libé­ré les mailles des langues vides
et pleines à jamais à l’endroit conve­nu et même le
cor­set des bancs n’empêche la langue d’aller des
sen­tiers diver­se­ment mul­tiples vivre sa vie tan­dis
que les cou­leurs du natio­na­lisme se trans­muent en
peaux de cha­grin au charme encore d’actualité