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Hommage à Andrée Chedid

Par |2018-08-18T08:03:23+00:00 24 mai 2012|Catégories : Blog|

« Ne sommes-nous pas en pre­mier lieu des créa­tures émi­nem­ment poé­tiques ? »

Demain
La lumière
Envahira
Ce monde

[ Cette Vie sans sel ? dans L’étoffe de l’univers ]

 

Andrée Chedid nous a quit­tés en février 2011. Il y a juste un an, à l’instant où j’écris ces lignes. Tout à l’heure je lisais son der­nier livre de poé­sie publié un an avant sa mort, L’étoffe de l’univers, et au détour d’une page je suis tom­bé (c’est le mot juste) sur sa terre aimée, per­due puis retrou­vée, au cœur du recueil. Je l’ignorais mais en février 2004, Andrée Chedid m’avait dédi­ca­cé un des poèmes de cette terre, de sa terre. Il est dif­fi­cile de dire l’émotion que l’on res­sent, cette page dans la main. Non pour de banales rai­sons d’égo. Pour la bouf­fée de sou­ve­nirs qui sub­mergent, sou­ve­nir de la sil­houette de la femme, du poète (et « non pas poé­tesse » disait-elle, et il faut être une femme de tête aujourd’hui pour dire cela) et sou­ve­nir des poèmes lus, des poèmes qui res­tent en dedans de nous, por­teurs de vie, de fra­ter­ni­té, de soleil. De l’être poète. De tout ce qui fait la beau­té de l’orient, du Liban, de l’Egypte, du lien au tra­vers d’Andrée Chedid entre nous et ces endroits, entre elle, nous et ces espaces.

Elle était « écri­vain », c’est vrai ; de cela, je n’ai pas envie de par­ler aujourd’hui. Elle était poète. Avait vou­lu être poète dès l’enfance, entrant en conflit à cause de cela avec l’une des sœurs de l’institution où elle étu­diait. Un poète habi­té de plu­sieurs langues. Et por­teur d’une parole éga­rée, main­te­nue en vie en elle – par elle. Dans ses yeux, quand elle ouvrait la porte de son appar­te­ment, près de la Seine, à deux pas de la Maison de la radio. Une parole qui cir­cu­lait, invi­sible, tan­dis que la tasse de thé venait aux lèvres. On ne mesure pas sur le moment ce que cela signi­fie, prendre le thé en com­pa­gnie du poète Andrée Chedid. Ensuite, on ne sau­rait pas dire « en quoi » cela « importe ». Il y a des moments, des ins­tants sou­vent, et des per­sonnes comme elle, comme Andrée Chedid, des per­sonnes en com­pa­gnie des­quelles vous êtes plus vivants. Et la phrase, sa phrase por­tée en titre de cet hom­mage dit Andrée Chedid.

Lisant sa poé­sie, je ne peux m’empêcher de pen­ser qu’elle est pour beau­coup dans l’existence du Recours au Poème.

 

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