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Il y a des jours comme ça (Fragments)

Par | 2018-02-21T14:13:03+00:00 14 avril 2013|Catégories : Blog|

 

Il y a des jours comme ça
toute une foule dévi­ta­li­sée
si grande dans sa misère
fonce tête bais­sée
salit les trot­toirs de la ville
arpente un deve­nir incer­tain
où bien des rêves sous ses pas
sont étran­glés

 

Il y a des jours comme ca 
de nou­velles gar­ni­sons d’Ernest Pinard
condamnent
jugent
intentent des pro­cès
comme en dix-huit cent cin­quante-sept

Il y a des jours comme ça
les gla­mours grap­pillent la nour­ri­ture jetée à terre
mangent dans les pou­belles des super­mar­chés

 

Des Madoff en liber­té
qui assoient leurs hégé­mo­nies par le facile
qui a le don de nous plaire -plai­sir en cati­mi­ni
brillant de tout son lustre-
où scie et rabot
se montrent ensemble pour amu­ser l’avenir

Il y a des jours comme ça
où nous aime­rions bien voir
ce que l’autre voit
com­prendre ce qu’il dit
de ce qu’il entend
pour­quoi il sou­rit
à ces mots-là
et pas à d’autres
et pour­quoi sou­dain
il se tait
quand nous sommes là

 

Il y a des jours comme ça
un ado­les­cent abu­sé
la sil­houette qui flotte dans un corps d’homme
marche comme une pou­pée cas­sée
glisse au milieu d’une foule
tel un mur­mure gla­cé
cherche un pays où l’on meurt
sans men­songe
regarde ses larmes tom­ber
comme des mots
parle tout bas
balance ses bras vers le ciel
puis tire

Il y a des jours comme ça
der­rière son éclat
une bou­gie pleure
dans son sang
coule un peu de cire
et beau­coup de mépris
que l’on ne voit
que trop tard

 

Il y a des jours comme ça
une sil­houette qui se défait dans la brume terne de la
ville

Un chien pro­mène son homme
près d’un han­gar désaf­fec­té
tombe sur un bam­bin
gisant sur le sol com­plè­te­ment dénu­dé

 

Il y a des jours comme ça
un couple qui se regarde à peine
de peur de se trom­per
leurs lèvres ne bougent pas
par peur d’effrayer
ils sont ailleurs dans des pay­sages
leurs esprits voguent sur d’autres mirages
ils sont tel­le­ment absents
que leurs corps se détachent puis
s’étranglent sous une cas­cade de pluie

Il y a des jours comme ça
les chô­meurs passent leur temps
à des­ser­rer les chaînes de l’inhumaine condi­tion
sur­vivent au brouilla­mi­ni
où même avec leur sup­plé­ment d’âme
tout leur espoir s’affaisse
s’affaisse comme ces mineurs
qui vont dans les puits de char­bon
igno­rant le dan­ger des parois
et le temps qu’ils pas­se­ront
à pin­cer leurs lèvres dans les pro­fon­deurs
sans être sûrs de remon­ter à la sur­face

 

Il y a des jours comme ça
des villes vouées à une vio­lence récur­rente
ne tiennent que par la rumeur des pas­tiches
des bruits en vase clos
d’humanoïdes dont la réa­li­té n’a pas la même constance
que leurs illu­sions ampu­tées de leurs rêves

Il y a des jours comme ça
où on est en tête à tête
sans ailes
avec soi-même
dans une chambre sans échos
dans le car­ré des mots
qui dévoilent leur quo­ti­dien de pierre
leur impuis­sance à dire l’indicible
à tra­cer une ligne de démar­ca­tion
entre palabre et action.

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