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IMPROVISATIONS

Par | 2018-05-21T13:19:52+00:00 29 juin 2014|Catégories : Blog|

 

IMPROVISATIONS SUR UN
CHIFFRAGE HARMONIQUE

IN MEMORIAM IGOR STRAVINSKI

 

I.                    ALLEGRO

5.

 

je sai­sis un ban­jo au bois poli
par le sens des rayons de l’être
et petit à petit je me revois par­mi les
                                  comètes musi­cales
je suis mon unique pré­sent
je le répète et l’écho liqué­fie la lune et
                                  les mots
hier je suis l’avenir
répète mon image de l’au –delà
et les doigts irréels touchent l’horizon fré­mis­sant
                                  du monde
il y a une tor­nade entre toi et moi
à tra­vers laquelle je me cherche, une fleur –
                       oiseau du para­dis à la main
par­mi les visages sombres du pas­sé
qui tra­versent mon sang à la vitesse de la lumière
pen­dant que les corps déca­pi­tés
dansent la houle de l’autre côté du temps

je suis la mémoire néga­tive du ciel
je vou­drais pleu­rer mais le san­glot tombe écra­sé
dans le halo entre deux anges
je vou­drais crier mais les mots ont des sens de feu
qui se brisent au –delà des paroles
je vou­drais te tou­cher mais ma main glisse
sur la sur­face convexe du temps
hier je suis en train d’arracher mille lotus
à ma par­celle d’avenir
rou­lant dans les rues allu­mées de gui­tares
                       hawaïennes élec­triques
le sol­dat reste assis sur une vieille bouée qui lui
                       sert de chaise
dans la baraque de la laveuse aux cuisses trouées
                       par les mouches
la lumière soli­di­fiée fait cra­quer les murs
de planches sales
pen­dant qu’il lui caresse les seins mous
           comme des pou­pées de son
jusqu’à ce que les objets en bois décou­pé
les cordes jetées sur les cocons de vers à soie
les ané­mones arti­fi­cielles et les bas noirs
tachés de mazout
la cla­ri­nette moi­sis­sant sur de vieux jour­naux
tout cela se confonde avec un rag­time
pour onze ins­tru­ments

il est tard et les chauves-sou­ris tra­versent
“la struc­ture nette el lapi­daire des motifs
la linéa­ri­té sèche et tran­chante
des inter­jec­tions des cuivres
le mor­dant explo­sif des rythmes
et les fré­quents dépla­ce­ments des accents
les ellipses dis­cur­sives
les âpres oppo­si­tions du timbre”

je sai­sis un ban­jo au cuir poli

 

 

Traduit en fran­çais par
Elena Brânduşa Steiciuc et Jean François Duclos

 

II.                  ANDANTE

 

 

1.

tout ce que tu cherches se cherche en même temps que toi
jusqu’à ce que les che­mins se dépouillent
en cas­cades silen­cieuses
sur le côté lunaire de l’être

tout ce que tu vois se voit en même temps que toi
jusqu’à ce que la pluie de regards des­sine
des sens robustes
avec un aveu­gle­ment si frais

tout ce que tu entends s’entend en même temps que toi
jusqu’à ce qu‘un tour­billon d’oreilles
te sub­merge la tête
meur­trie par le silence

tout ce que tu effleures s’effleure en même temps que toi
jusqu’à ce que la peau en fébrile concen­tra­tion tac­tile
recouvre le sens des mots
de plaies lumi­nes­centes

tout ce que tu sens s’inhale en même temps que toi
jusqu’à ce qu’ une forêt de lilas
explose dans tes narines
atten­tives

 

 

Traduit en fran­çais par
Elena Brânduşa Steiciuc et Jean François Duclos

 

MENUET – TRIO

 

1.

le vieillard boit son café devant la machine de la biblio­thèque
et se laisse ensuite éven­trer par l’intimité quan­tique des feuilles
de son propre éloi­gne­ment

il épar­pille les cendres de sa ciga­rette dans une pro­po­si­tion sidé­rale
c’est un mes­sage qui aurait pu être
mais qui est dans le non- être
com­ment déta­cher les voyelles cen­tri­fuges
au fili­grane de l’informatière

la machine à écrire et l’ombre
frois­sée de la voix
la sombre inno­cence  de la courbe du mot “vie”
qui bien­tôt devien­dra fruits pour­ris

les mains à la peau enrou­lée sur l’écran de la fin
assom­bries radio­ac­ti­ve­ment dans les évé­ne­ments
seules comme la larve de l’image dans l’espace noir
lui seul avec la res­pi­ra­tion de pré­di­cat mor­bide

il vien­dra notre corps d’une langue morte
un mil­liar­dème de lettre
peut faire tour­ner le rêve en décom­po­si­tion
de l’autre côté

le len­de­main d’antan

Traduit en fran­çais par
Elena Brânduşa Steiciuc et Jean François Duclos

 

 

9.

ton rêve de bâtir une mai­son
dans une tor­nade de textes
lorsque les malaxeurs moulent des pay­sages de fièvre et d’or
-syn­taxe et ruine
répe­tant le bruis­se­ment des feuilles en automne-

l’herbe ne sup­porte plus la fic­tion du cube
dans la ville aux bars ciné­ma­to­graphes et aux sels de fer
le bon­heur est un masque de la musique
vér­ti­cale sté­réo­pho­nie de sang et d’esprit
une page ouverte entre n’importe quand
et la moi­tié du sablier dans le crâne des marion­nettes

passent  les voi­tures aucun ami
la soli­tude referme les nuits de tous les pas­sants
tout comme une goutte de sang fer­me­rait
le rayon d’une seconde

la musique sexe dia­phane du temps
passe la nuit dans le filet de la rai­son
aux points variables
-chaudes empreintes dans un retour-
dansent dansent les pas accé­lèrent
le mur­mure de l’invisible

les mots sont des lésions noires
dans le son pur
qui répète le bruis­se­ment
des feuilles l’automne

c’est en vain que tu regardes der­rière toi à tra­vers
                                              les buc­cins
ton front impri­mé sur les phases de la lune
aucun ami rien que des pas­sants
dans la tour ciné­tique sus­pen­due à un nuage
                                  d’insomnies auri­fères
des vau­tours à la puis­sance du nombre d’or
des cités en or des réclames en or
des roses en or et pour­tant
le pain en or a un goût de cendres

 

 

Traduit en fran­çais par
Elena Brânduşa Steiciuc et Jean François Duclos

 

 

 

 

IV PRESTO

                     

1.

aujourd’hui je n’écris plus
la plume dilate brus­que­ment
le ciel blanc entre les lettres

c’est la pre­mière nuit de prin­temps
un jazz-band d’anges illu­mine
les dimen­sions où je me réveille
comme du som­meil des objets para­li­sés dans une page

que fais-je par­mi ces pla­nètes
pho­né­tiques de la mort
moi peut-être toi seule­ment avec
ton corps d’avant la nais­sance
res­sus­ci­té  par le coeur répul­sif

-comme si je trans­cri­vais les entrailles des dieux
qui me lisent-

c’est la pre­mière nuit de prin­temps
une fièvre muette
et la souf­france pré­cède le sens

c’est la pre­mière nuit et
un vide de lettres
me rap­proche à une pro­po­si­tion
auprès des pierres

 

Traduit en fran­çais par
Elena Brânduşa Steiciuc et Jean François Duclos

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