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Instantanés du temps de l’enfance

Par | 2018-02-22T09:35:15+00:00 18 mai 2012|Catégories : Blog|

Je me sou­viens… mal­gré ma mémoire infi­dèle :
L’herbe… Après : l’univers ! … Quelqu’un, là-bas, j’appelle.
Il me plai­sait ain­si, dans l’air, d’appeler loin…
Le thym embaume – et le soleil dort… dans le foin.

Et puis ? Quel rêve encor me vient du pre­mier âge ?
Le jar­din – fami­liers m’étaient feuilles, visages…
Feuilles, visages, seuls. Rien que feuillage, gens !
Bout de sen­tier : je ris ! S’en rete­nir ? Comment ?
Je cours, tête mêlée aux nuées, aux mur­mures.
 

Le souffle empli de ciel, l’œil – de hautes ramures !
Puis le ruis­seau, la digue où vont mes pas joyeux…
De si loin les entendre ! Un « si loin » mer­veilleux !
Retour à la mai­son par l’herbe où l’on gam­bade
Et l’escalier ravi d’un bruit de galo­pade !

La chambre débor­dant d’avrils, d’ardents juillets !
J’y traî­nais ce corps mien… Les lèvres j’appuyais
A la vitre… Partir… vers rien – la trans­pa­rence
Et sans limite, à fond, sen­tir… cette exis­tence.

 

dans Breuvages d’ombre (1936)
Traduction de Roger Legras.

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