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Instants incertains

Par | 2018-02-23T09:39:48+00:00 23 octobre 2014|Catégories : Blog|

 

     C’est cette ondu­la­tion qui sou­dain fait signe. Et le pas se sus­pend. Je mar­chais sans rien voir, le long de la route, au bord de l’ornière que juin a jau­nie. Quelque chose bouge à ma gauche, entre les mon­tagnes loin­taines et mes pas. Et le regard endor­mi s’anime, s’oriente autre­ment, glisse vers ce qu’il négli­geait, qui était là pour­tant et se mani­feste à peine davan­tage, sus­cite cette éclo­sion légère à l’intérieur de soi. C’est ample et lent et doux comme une toile, un drap de lumière blonde sur une prai­rie qui va séchant. Un souffle de lumière qui court sur les épis avec les mots qui ne se posent, res­tent incer­tains : blé orge seigle sont empor­tés. Ne but­tant pas même sur des bottes éparses, déjà rou­lées : de la lumière amas­sée où passe un souffle.

Juin

 

 

 

 

 

 

     La pluie, exces­sive cet été, use nos forces, insis­tante comme un mal qui veut son temps et son lieu – des amis sont dans la peine, la mai­son, où les bruits de l’été se sont éloi­gnés, à demi refer­mée, je les ima­gine dans l’abri de leurs bras, elle som­nole assise près d’une fenêtre, lui la regarde, s’il voit la pluie ? mais pas le livre ouvert sur ses genoux – on, mélan­co­li­que­ment, regarde les grains – la pluie cré­pi­tante, ses mil­liers de pieds petits intem­pes­tifs, mil­liers de doigts d’eau frap­pant leur tam­bou­rin hos­tile – je l’écoutais cette nuit, et lui, éveillé, l’écoutait-il aus­si, la pluie si proche sur le jar­din, presque là, entre­rait dans la chambre s’il ne veillait, atten­tif au souffle de l’aimée dolente – la pluie, déchi­rante.

 

25-26 août 2014

 

 

 

 

 

 

     Une fou­gère est venue sur le chêne, petites mains bat­tantes à pal­pi­ter contre le grand corps où monte aus­si un lierre, elles empê­che­raient l’étouffeur, cris­pant leur maigre chair sur le vieux torse.
     Sur ce che­min où vont mes pas de peine, les incer­taines paroles de l’eau à ce point où le tor­rent vient rebon­dir.
    Dans les ramilles que l’été désèche déjà, le vieux tronc offre à la pluie au vent ses grosses branches comme noueuses épaules.
     Haute silen­cieuse une cor­neille par deux fois tra­verse la faïence cra­que­lée pâle du ciel.

 

août 2014

 

 

 

 

 

 

 

     Dans la buée fine qui sert de lumière au matin, à la nuit du matin, deux che­vreuils sou­dain sur le bas du jar­din, tran­quilles, pru­dents. Les maïs laissent peu de place à leurs pas mais leur offrent aus­si des nids, j’en ai vu le ber­ceau, chaud de leur fuite, entre des bois et des épis fau­chés. Corps clairs contre les tiges hautes, légers. Et tout aus­si sou­dains, ils dis­pa­raissent. Ils ne s’enfoncent pas dans les plants, mais, comme les fées, ils s’évaporent à la lisière.

 

13 sep­tembre 2014

 

 

 

 

 

     Moinillons fur­tifs et agi­tés sur l’herbe ras ton­due. Une déban­dade. Une récréa­tion irré­gu­lière. Et, comme d’une sou­tane sou­le­vée, les ailes à ras du sol vont à peine plus loin voler leur fes­tin de larves. Bien nom­breux ce matin. Arrêt sou­dain. Piqué. Se croisent sans salu­ta­tion. L’heure est au butin. Chacun pour soi.
     Un radian de lumière sur les maïs plus chauds, et il n’y a plus per­sonne. Le rouge-gorge a-t-il son­né le rap­pel ? Le soleil allume d’un coup les petites lampes de l’abutilon. J’entends cra­que­ter le papier sec des maïs.

 

28 sep­tembre 2014