> J-P Védrines, “Je pense que je vais tomber”

J-P Védrines, “Je pense que je vais tomber”

Par |2018-10-22T19:01:33+00:00 19 octobre 2012|Catégories : Critiques|

Entre poé­sie et fic­tion poé­tique J-P Védrines aime les exer­cices les plus périlleux. Il n'est donc pas absurde de voir son héros pas­ser du sta­tut de clown au cirque Romano à celui de funam­bule. Le poète trouve la par­faite situa­tion pour rendre l'authentique pen­sée d'un temps de crise. Apparemment le texte semble inti­miste mais le héros sort de l'intime pour rejoindre un uni­vers d'équilibre pré­caire. Ce n'est d'ailleurs plus lui qui est en péril (il est fort d'une tech­nique et d'une bonne fée Amour) mais ceux qui le regardent ou lisent sa tra­ver­sée.

L'écriture  poé­tique de J-P Védrines est comme son funam­bule : elle ignore les rhu­ma­tismes aux mains, aux pieds et aux reins. Son pas est assu­ré – pas n'importe quel pas. Dès lors elle comme lui offrent une ligne d'horizon que le com­mun des mor­tels ignore. A coup d'équilibres périlleux le texte rejoint une paix (pro­vi­soire mais paix tout de même) tan­dis que son héros ailé attend  qu'une femme le rejoigne sans être trop pres­sé. Même si le bord de sa petite jupe pour­rait déployer des jambes de reine. Dès lors et si pour beau­coup la vie n'est qu'un imbro­glio d'accrocs et de cou­tures,  le livre, par étapes fine­ment agen­cées, s'il croise le quo­ti­dien n'y demeure pas vis­sé. Et on lève les yeux face aux exploits du funam­bule celui-ci  a peu le  loi­sir de contem­pler les regards intenses qui se fixent sur lui.

L'art poé­tique nar­ra­tif est fait à la fois de contact et de dis­tance. Le nar­ra­teur est par son propre art hors du monde et il ne rejoin­dra le sol qu'au bout du fil, en bout de course. Sauf bien sûr acci­dent. Si bien que le funam­bule fait de son bain d'air un bain de révé­la­tion.

Dans le livre les forces s'équilibrent sous le sceau d'une légè­re­té qui tranche avec le pré­cé­dent  "Corps de Rimbaud, Carnet de Djami" (Editions Le Bruit des Autres, Limoges). Marcher sur un fil revient donc à faire que les choses se fassent sans sacri­fice. C'est aus­si faire que la vie s'use jusqu'à la corde au ser­vice des autres. Certains, de leurs mains habiles, créent un meuble par­fait mais il arrive que soli­de­ment cam­pé sur ses pieds un funam­bule enseigne la dou­ceur du geste juste et à l'amour des actes bien faits. Le funam­bule y aban­donne toute rou­tine. Fidèle à l'inconnu le temps est pour lui cares­sé par le vent d'un par­cours céleste. Preuve que la véri­té d'existence est un aller simple, une pul­sion de vie, un signe de liber­té vers un saut qua­li­ta­tif.

 

 

 

 

 

 

 

 

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