> Jacques d’Adelswärd-Fersen, “Ainsi chantait Marsyas”

Jacques d’Adelswärd-Fersen, “Ainsi chantait Marsyas”

Par |2018-10-23T05:14:41+00:00 11 octobre 2012|Catégories : Critiques|

 

Le nom du baron Jacques d’Adelswärd-Fersen reste dans cer­taines mémoires comme lié à l’affaire dite des « messes noires », scan­dale qui secoua la chro­nique à la fin du 19e siècle. L’homme orga­ni­sait des fêtes poé­tiques à l’antique, dans son appar­te­ment, durant les­quelles de jeunes hommes et des enfants défi­laient en cos­tumes grecs, aux sons des vers du poète et de ses amis. On l’accusa d’organiser plu­tôt des orgies et l’affaire condui­sit à un pro­cès. Fersen a été condam­né à une peine de six mois de pri­son.

Né en 1880 et mort en 1923, poète et dan­dy, consi­dé­ré comme l’un des pre­miers écri­vains homo­sexuels enga­gés en faveur de la « cause », pour laquelle il a fon­dé la pre­mière revue homo­sexuelle, Fersen s’est vu consa­crer un livre par Roger Peyrefitte, sous le titre de L’exilé de Capri. L’écrivain connaît tou­jours aujourd’hui un beau suc­cès de librai­rie, du côté des col­lec­tion­neurs : les édi­tions ori­gi­nales ou anciennes de ses livres sont fort deman­dées. Il est une icône des milieux cultu­rels et artis­tiques gays. Fersen fut un acti­viste, au moment où nais­sait la pré­misse d’un état d’esprit com­bat­tant et reven­di­ca­tif dans les milieux homo­sexuels fran­çais et euro­péens. C’est ce trait qui explique la pré­sence tou­jours impor­tante du dan­dy dans la culture gay, plu­tôt que la qua­li­té de sa poé­sie, mar­quée par l’époque et le mili­tan­tisme :

 

Ô beau­té ! Comment donc m’as-tu fait ton esclave ?
Par quelle aube d’amour, par quel soir, par quels sorts
Ai-je été lan­ci­né d’une émo­tion grave,
Et condam­né, depuis, à souf­frir de l’entrave
D’un beau visage ou d’un beau corps ?  

 

L’intérêt de cette publi­ca­tion réside dans l’exploration en cours, sous l’égide de Patrick Cardon et de sa col­lec­tion, des ori­gines his­to­riques du com­bat homo­sexuel, dans les milieux lit­té­raires, et des débuts de la pen­sée fran­çaise autour de la ques­tion de genre. Le néo­phyte appren­dra beau­coup en ce domaine en lisant ces pages, tant sur Fersen que sur l’ambiance de l’époque. Ainsi, la seconde par­tie du volume contient un impor­tant dos­sier consa­cré à la revue Akademos, fon­dée par Fersen en 1909. C’est la pre­mière revue homo­sexuelle de langue fran­çaise. Au cours de sa seule année d’existence, Akademos publia des écri­vains comme Colette, Anatole France, Marinetti ou Péladan. Elle posait ouver­te­ment la ques­tion de la dis­cri­mi­na­tion de ce que l’on nom­mait encore à l’époque « pédé­ras­tie ». Le dos­sier conduit ici par Mirande Lucien est d’un grand inté­rêt, don­nant un choix des textes et poèmes impor­tants publiés là.  

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