Et puis toutes ces images de guerre, de gens sans nourriture
Sans eau, sans hygiène
Pas de toi­lettes, pas assez à manger ;
Apparem­ment deux tiers de la pop­u­la­tion africaine
Meurent de faim et la moitié du monde est famélique.
Je suis cen­sée être une jour­nal­iste de guerre qui envoie
Des infor­ma­tions sur les blessés, les morts et les mourants.
Je devrais être ce pro­fesseur        cen­sée intel­li­gente qui enseigne
aux gens à vivre et à mourir, mais le suis-je vraiment ?
Je suis cen­sée penser Nord quand je dis « Ouest »,
Je suis cen­sée faire le point sur la peste
Qui est la souil­lure de nos esprits, notre univers quotidien
Ne s’accorde pas avec les nou­velles quotidiennes
dont n’émanent qu’absurdités
Plus j’écris et moins j’ai foi dans les nou­velles et  dans la presse ;
Et si je me fondais dans le ciel bleu,
Et si je ne prê­tais pas atten­tion aux armes
Et si j’oubliais qu’on est en guerre.
L’eau que je vois est en bouteilles,
Pas d’eau pen­dant des jours dans le désert ; la température
Me rend malade et me fait penser à Lawrence d’Arabie
Me fait penser d’une manière anglaise que je con­nais si bien
Que j’exècre et dont j’admire la constance.
Et si j’arrêtais de lire la presse,
Deviendrais-je aus­si tran­quille qu’un lac sacré ? Vivrais-je
Assez pour voir un obélisque érigé sur ma tombe dans une
Petite ville proche du désert, loin de ma Méditer­ranée bleue ?
Plus j’écris et moins j’y vois,
Je suis cen­sée voir peu de choses et écrire à leur propos,
Je suis cen­sée me diriger vers la poste la plus proche
Et envoy­er mes reportages sur ce ciel bleu et clair ;
D’une façon ou d’une autre je pense toujours
Au ciel sans parvenir
à m’unir à lui, je suis cen­sée faire la somme des sumériens
je suis cen­sée avaler les gènes d’une civil­i­sa­tion entière
et don­ner un titre, là par exemple,
j’ai inven­té les bains chauds et l’Empire Romain
par exem­ple, j’ai inven­té les amibes et la malaria
par exem­ple, j’ai inven­té la coloni­sa­tion, par exemple
m’apparaissent ces images de terre aride, ces images de Ka et de Ra
images de ce soleil tout puis­sant qui brille
sans cesse,  en dépit de tout,
Il  con­tin­ue à briller.

 

Traduit par Vin­cent Broqua
 

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