> Je suis parfois cet homme, de Stanislas Rodanski

Je suis parfois cet homme, de Stanislas Rodanski

Par | 2018-02-26T00:23:16+00:00 10 novembre 2013|Catégories : Blog|

À l’orée de cette courte lec­ture de l’édition éta­blie et pré­sen­tée par François-René Simon de Je suis par­fois cet homme, texte essen­tiel de Rodanski, je veux convier nos lec­teurs à se repor­ter à ce très beau texte consa­cré par Christophe Dauphin au poète.

On sai­si­ra ici l’enjeu que repré­sente le main­tien en lumière de la poé­sie de Rodanski, et l’importance qu’il y a à ce que des textes tels que Je suis par­fois cet homme reprennent vie ici et main­te­nant.

Stanislas Rodanski, je l’ai ren­con­tré en le lisant, dans les pro­lon­ge­ments de mes pré­oc­cu­pa­tions sur­réa­listes de jeu­nesse, lorsque Sarane Alexandrian me rejoi­gnait à Bruxelles et que nous œuvrions de concert en faveur de quelques beau­tés (poé­tiques). Une autre époque. Je me sou­viens de ce que me disait le vieux bri­gand, puis de ce dos­sier qu’il concoc­ta pour sa revue Supérieur Inconnu. Rodanski est une figure à la Jacques Vaché, un homme mar­chant en per­ma­nence sur le pré­ci­pice. Bien sûr, il fut exclu du groupe en 1948, par Breton, peu après qu’Alexandrian y entre. Ce qui n’empêcha du reste pas tout ce petit monde de demeu­rer ami.

Ce volume est mis en œuvre par François-René Simon, fort connais­seur de l’œuvre de Rodanski, dont nombre de tra­vaux se trouvent à la biblio­thèque Jacques Doucet. Simon a d’ailleurs orga­ni­sé la rétros­pec­tive consa­crée au poète, à Lyon, en 2012.

Qui a lu Rodanski sait qu’il y a quelque chose d’un Artaud en ce poète. A moins qu’il n’y ait du Rodanski en Artaud. C’est de cette sta­ture-là dont nous par­lons. Du reste, comme Artaud, Rodanski a pas­sé une par­tie de sa vie dans un asile, écri­vant sur des car­nets. Il faut remer­cier les édi­tions Gallimard de publier ce volume de poèmes et de don­ner ain­si toute sa place à Rodanski, dans le pano­ra­ma des prin­ci­paux poètes du siècle pas­sé. En atten­dant que le même édi­teur se mette à (enfin) se pen­cher sur les prin­ci­paux poètes du temps pré­sent.

La plu­part des textes com­po­sant cet ensemble sont inédits et ont été écrits entre 1946 et 1952. On y voit pas­ser l’errance, la femme, la quête de l’être, le ques­tion­ne­ment méta­phy­sique, le cœur, les dif­fé­rents élé­ments for­mant vie… Toutes les pré­oc­cu­pa­tions qui agi­taient l’homme/poète.

« Je suis à la recherche du mot de passe », écri­vait-il.

Tout est dit en quelques mots.

Lire Rodanski, c’est ouvrir grandes les portes de l’énigme dans laquelle nous sommes plon­gés :
 

  Alors que par­tout alen­tour, c’est la nuit alors que vous croyez
y voir la cam­pagne végé­tale
  alors que par­tout où vous croyez voir l’espace inté­rieur de
votre esprit pre­nant sa mesure, c’est la nuit.
  Alors que par­tout c’est la nuit, le royaume illu­soire de ce qui
n’existe pas.
  Oui, alors que la véri­té est absente puisque tout [est] illu­soire
jusqu’au der­nier mot qui n’est pas.
  Puisqu’il n’y a rien, je refuse l’absence des choses, et je ne peux
rien pos­sé­der.