> Je suis rare et définitif (extraits inédits)

Je suis rare et définitif (extraits inédits)

Par |2018-10-15T17:09:38+00:00 20 mars 2017|Catégories : Blog|

 

 

 

1

 

je suis rare et défi­ni­tif
pouilleux, véro­lé
bibe­ron­nant l'affreux sau­vi­gnon

la vie serait si réjouis­sante
qu'on n'en puisse déni­grer les roses tré­mières
vaste entour­loupe !

la fougue des gri­maces m'a empoi­gné
et les éten­dues déses­pèrent
nous ne vou­lons plus
ni chant de sirènes ni rythme qui lan­cine
tilleuls, mar­ron­niers
m'ont la citrouille en humus trans­for­mée
où dorment des vipères

 

 

 

2

 

en lieu et place d’ostensoir
nous pré­fé­rons une effi­cace et durable anes­thé­sie
les alam­bics chuintent
ô chauves-sou­ris, la des­ti­née
vous a-t-elle mises en son sac ?
pour mon propre caté­chisme
tout ou rien en égale fra­ter­ni­té
je veux mordre aus­si bien le libre le fatal
certes je n'oublierai pas de mou­rir
vilain jeu de quilles

c'est un long bavar­dage oui da
moi rare tou­jours vivant
capi­taine de rien, capi­taine de long temps

 

 

 

3

 

qu'on par­donne si je dérange
si je m'attarde
le tym­pan déchi­ré
les gen­cives qui saignent
ô chauves-sou­ris, dans l'absence du matin
ma caboche gré­sille, tout tremble
la clope incan­des­cente
poin­çonne la che­mise et le pou­mon
la vie serait si réjouis­sante
qu'on n'en veuille les cendres ?

au che­vet du vivant :
un Graal absurde, l'ennui

 

 

 

 

4

 

je suis rare et défi­ni­tif
à le répé­ter me contre­dire
plu­tôt je vais le monde écrire
comme moi dor­lo­té par les fer­railles
les salves, les cra­chins
ah oui les che­vaux inquiets
la vapeur qui s'échappe de leurs naseaux
les grandes plaines givrées
mais moi j'habite mon pyja­ma
quand encore sonne la cloche de l'église

 

 

 

 

5

 

la fief­fée lumière
badi­geonne les rous­seurs
aus­si les catal­pas
voi­ci ma caboche qui fré­tille
comme au centre d'un cime­tière de camions
le lyrisme darde ses asti­cots
sur la car­casse de la beau­té
laquelle ne veut point s'asseoir
sur mes genoux – dom­mage
moins amère que la fée verte
elle empor­te­rait mon suf­frage

fina­le­ment il est vingt heures
est-ce que la France a peur ?

 

 

 

 

6

 

faire ce que l'on peut
ah plu­tôt fi que feu
la sale petite pluie
cam­briole le bleu

 

 

 

 

7

 

chien­dent des jour­nées
les unes après les autres
tenaces
on ne sait si l'on pré­fère
le bruit le silence
ou toute autre for­mule
un Zut ! for­mi­dable par exemple
capi­taine de rien, capi­taine de long temps
je jau­nis avec mes dents
tout semble ruis­se­ler
entre les berges de la las­si­tude

 

 

 

 

8

 

j'ouvre la fenêtre :
novembre est tel­le­ment bleu
qu'on en res­pire des miettes de plai­sir
mal­gré soi

embus­quées der­rière les mots
non­obs­tant
gnark
la folie, l'inquiétude
gnark
les miettes ran­cies

 

 

 

 

9

 

les cris des éco­liers
frac­turent l'espace
le chat hésite entre la sieste
et la chasse aux sty­los
le ther­mo­stat est réglé sur 19° C
j'empile ou face
des syl­labes
avec/​contre la pous­sière

 

 

 

 

10

 

je suis rare, la table de cui­sine
au bois ron­gé
par des insectes xylo­phages
l'ignore sous sa toile cirée
le pain d'hier dur­cit, la pou­belle déborde
les phrases se tor­tillent sur les murs
sco­lo­pendres d'un deli­rium
for­mi­dables tenailles autour de la gorge

rideaux (nou­vel­le­ment ins­tal­lés)
par­quet (taché)
éta­gère (en fouillis)
cen­drier (taber­nacle?)
mouche (des­sé­chée) au pied d'un radia­teur
Steve Mac Queen trône sur sa moto :
la grande éva­sion

 

 

 

 

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