> Je t’écris fenêtres ouvertes

Je t’écris fenêtres ouvertes

Par |2018-10-16T18:51:21+00:00 25 janvier 2017|Catégories : Blog|

 

 

 

Parler de toi, te choi­sir un pré­nom, te nom­mer. 

Te nom­mer pour pou­voir par­ler de toi en ton absence, pou­voir te signi­fier, comme si je te savais. Pouvoir de signi­fier, de dis­cou­rir sur toi, en jouir à l’envi.

Te nom­mer pour te faire exis­ter, et te fai­sant exis­ter t’aliéner.

Te dési­gner d’un mot, et d’un mot te sou­mettre. Faire de toi chose ma chose, mar­quer mon pri­vi­lège Te réduire à un mot

T’assommer de ton nom

T’abolir, contre le mur du on

 

Ne plus par­ler de toi

 

Mais par­ler avec toi

 

Mais pas encore à toi

Et puis par­ler à toi. A ce toi qui ne sau­rait être un ‘on’ ou un ‘il’ mais un ‘tu’. Te par­ler vrai enfin. Sans rien anti­ci­per. Te lais­ser toute liber­té de dire, nul devoir de réponse.

 

Te lais­ser être ‘tu’, être ce ‘tu’ qui dis.

 

Te don­ner la parole. Une parole d’amour.

 

 

 

 

*

 

 

 

 

Un bras enve­lop­pant la tête

cette tête

Une main agrip­pant les che­veux

l’autre main

 

Et ce regard bais­sé

Porté vers le silence

Tendresse blot­tie dans l’intérieur

 

 

 

 

*

 

 

 

Les illu­sions bercent, c’est sou­vent ain­si que le som­meil peut venir. Mais par­fois il ne vient que très tard, long­temps après que la nuit ne se soit refer­mée sur elle-même. A l’heure mauve. L’heure qui tremble. L’heure dans laquelle tu te sens misé­ra­ble­ment nue, expo­sée. L’heure qui ne sait pas elle-même si elle est la der­nière de la nuit ou la pre­mière du jour. Mais peu importe, elle est.

Elle est l’heure qui parle. Sans mot, mais d’une voix aimante. Tu peux aller dor­mir le jour va se lever, semble-t-elle te dire, je t’offre un frag­ment de nuit contre une éclipse de mémoire. Et d’un mou­ve­ment ample et bien­veillant te recouvre de son man­teau mauve de som­meil et d’oubli.

 

 

 

 

*

 

 

 

 

Un silence en forme d’arbre ou de nudi­té je ne sais pas Je t’écris fenêtres ouvertes sur la nuit en atten­dant que s’ouvre l’arbre ou que se dévoile la plaine Cette nuit est trop chaude pour un homme qui marche depuis long­temps trop trans­pa­rente pour un homme nu trop enve­lop­pante pour un soli­taire Le monde ne sera plus le même.

Sans doute en va-t-il ain­si de toutes les mains et de toutes les peaux et de tous les corps que l’on a frô­lés ou cares­sés il arrive un moment où on ne les a ni frô­lés ni cares­sés Désormais c’est comme si je n’avais jamais frô­lé ni cares­sé Le monde n’est déjà plus le même.

 

(Extrait de Je t’écris fenêtres ouvertes, La Boucherie Littéraire, juin 2017)

 

 

 

*

 

 

 

 

Combien longues et oblongues ces heures du secret où la nuit nous confond. Où les corps co-errants cham­bou­lés de som­meil se diluent. La nuit sauve l’amour, un peu, elle qui sait que la femme n’est pas Une et que l’homme aus­si peut gémir.

Je me tais

Se tenir. Juste écrire. Des cieux obs­curs cer­nés de vide aux aubes cra­que­lées, juste écrire. Presque dire, ne pas dire. Laisser la plume aller. Laisser sur­gir le mot qui dit et qui tra­verse. Libérer, sous le vent. Inspirer. Emporter. Jusqu’à fendre la houle et défaire et le sang et le temps.

 

 

 

(Extrait de Je t’écris fenêtres ouvertes, La Boucherie Littéraire, juin 2017)

X