> Jean-Jacques Marimbert, “Destin d’un ange”

Jean-Jacques Marimbert, “Destin d’un ange”

Par |2018-10-16T20:57:57+00:00 27 janvier 2013|Catégories : Critiques|

Les poèmes de Jean-Jacques Marimbert racontent des his­toires. D’une curieuse façon. Les textes donnent quelques indi­ca­tions et le lec­teur doit, à par­tir des petites touches que l’auteur a posées sur sa toile, ten­ter de per­ce­voir la scène, ce qui s’y joue. On passe d’une nar­ra­tion clas­sique :

Il suit un che­min de terre

à une langue détra­quée, clau­di­cante, qui rend ici et là l’accès au sens plus dif­fi­cile :

grange mai­sons col­lées voi­ture

Déterminants et pro­noms per­son­nels se sont effa­cés, ce qui fait naître une sen­sa­tion de dés­équi­libre. Dans Destin d’un ange, une phrase peut s’arrêter bru­ta­le­ment. Comme si les mots man­quaient. Comme si, arri­vée au bord d’un gouffre, la femme qui se raconte pré­fé­rait s’en remettre au silence. Ce qu’il y a à dire s’avère par­fois trop dou­lou­reux. Cependant, ici, le silence ne dis­si­mule rien ; il rend au contraire pal­pables la vio­lence et la peur.

Un jour, le non-dit est expul­sé à l’extérieur.

 

Voilà doc­teur c’est
mieux je l’ai trop tenu
dedans à me ron­ger les
nuits.

 

Mais le mal-être reprend le des­sus. Pèse des tonnes. Certes, d’autres sou­ve­nirs émergent aus­si, qui sont comme de joyeuses petites bulles à la sur­face de l’eau pro­fonde – et trouble : la mon­tagne, les arbres, le ciel qu’on peut tou­cher… Ils n’arrivent pas à faire pas­ser le goût des tra­gé­dies anciennes. Les drames s’inscrivent dans la chair, dans les vis­cères. La parole devient de plus en plus hachée.

 

La fourche est assez proche de Destin d’un ange sur le plan for­mel.          

 

à l’abri des saules
vête­ments éta­lés
chu­cho­ter des secrets.

 

Mais les sou­ve­nirs pla­cés ici au centre sont plus lumi­neux.

 

On res­sor­tait de
l’eau lèvres bleues
vio­lettes le bout des
doigts plis­sé pâle
petits mor­ceaux de feuilles
brins de paille col­lés
sur le dos les fesses
les cuisses la peau brillait

 

C’est le pré­sent qui pèse lourd, celui qu’on passe à l’hôpital en fin de vie, la proxi­mi­té avec cette voi­sine de chambre qu’on n’a pas choi­sie et qui n’a plus toute sa rai­son.

Finalement les deux ensembles de ce recueil sont comme deux varia­tions à par­tir d’un même thème musi­cal. Si on recon­naît le com­po­si­teur, la cou­leur de chaque mor­ceau est dif­fé­rente de celle des autres.

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