> Jean-Marc Proust, Insurrection de l’ordinaire

Jean-Marc Proust, Insurrection de l’ordinaire

Par |2018-10-20T17:32:21+00:00 7 octobre 2015|Catégories : Critiques|

 

Jean-Marc Proust vient de publier aux édi­tions Rafael de Surtis L’Insurrection de l’Ordinaire. Cet ordi­naire qui s’insurge, par­don cet Ordinaire majus­cule, se lit tout d’abord dans un bel objet, un ouvrage illus­tré de 6 encres de Joële Fontaine, relié d’un fil, cou­ver­ture mar­brée. Objet que l’on aime tou­cher, cares­ser, feuille­ter, sen­tir du bout des doigts tout en lisant, cal­me­ment.

Jean Renaud, dans sa pré­face, écrit que Jean-Marc Proust ne dit rien mais cite. Il parle d’un recueil de mots, de phrases, de slo­gans, et il est vrai que l’essentiel du texte se consti­tue d’emprunts à la logor­rhée ambiante mise ici en avant, en exergue, en confron­ta­tion dans un savant col­lage.

Le poète, car il s’agit bien de poé­sie, par son tra­vail de choix, de coupe, de répé­ti­tion, d’insertion de mots propres bien sûr aus­si, extrait de l’ordinaire, geste qu’il nomme insur­rec­tion, un regard sal­va­teur sur notre socié­té, sur nous-mêmes. Salvateur car pro­pice à la luci­di­té, à l’éveil des consciences !

Jouons donc son jeu ! Empruntons nous-aus­si :

 

sou­tiens-gorge de ma mère bas nylon
frap­pé de sa baguette
et sou­dain ce pro­dige
d’homme qu’il était devint femme

un tas de chif­fons des ordures j’aurais vou­lu
voir com­ment on meurt avez-vous ajou­té

 ils ont peur que l’eau chaude réduise
les effets de la mus­cu

 moi pré­sident de la répu­blique
je ne serai pas le chef de la majo­ri­té

LES PATRONS SONT LES LICENCIEURS
LES POLITICIENS A LEUR SERVICE

a gémi dou­ce­ment
sa main blot­tie dans la mienne
une incroyable ten­dresse

 

Emprunt presque de hasard, mais très objec­tif aus­si que le mien ; emprunt fidèle à celui du poète qui remue, remue à grands mou­ve­ments comme si de l’informe Jean-Marc Proust sor­tait le cœur impur et pur des choses, comme si L’Insurrection de l’Ordinaire révé­lait à sa manière, brute en façade, l’exigence d’un œil de poète pour affir­mer notre hon­nête luci­di­té.

X