> Jean-Pierre Denis, Me voici forêt

Jean-Pierre Denis, Me voici forêt

Par |2018-08-15T19:16:12+00:00 23 novembre 2014|Catégories : Critiques|

 

             Jean-Pierre Denis et sa célé­bra­tion des arbres

 

     Célébrer les arbres. En faire les témoins (et les com­plices) de nos exis­tences. Relier, grâce à eux, la terre et le ciel. Les arbres n’en finissent pas d’interpeller les poètes. Arbres, soyez, titrait Anne Goyen dans un recueil publié, en 2013, chez Ad Solem. Me voi­ci forêt, s’exclame aujourd’hui Jean-Pierre Denis qui publie, chez Le Passeur édi­teur, une véri­table ency­clo­pé­die poé­tique de l’arbre (index à l’appui, de A comme Abricotier à V comme Vergne)

     Son livre, il faut l’aborder comme le ferait un enfant dans un arbre, sau­tant allè­gre­ment de branche en branche, s’attardant sur les plus belles ramures pour goû­ter, de ce per­choir, la saveur de l’air et se mettre à l’écoute des bruis­se­ments du monde (et des bat­te­ments de son cœur). Aussi ne doit-on pas s’étonner de décou­vrir ce poème dans cette ency­clo­pé­die : « Les arbres de l’Evangile/Entendu enfant je n’ai retenu/​Que Zachée descends/​De ce syco­more me dit Jésus ».

 

     Les arbres de Jean-Pierre Denis sont mul­tiples. Ils sont dans la forêt pro­fonde mais aus­si à la lisière des champs, sur les talus, dans les bos­quets, au bord des routes… Le poète ne méprise aucun lieu, aucun arbre. Il tra­verse avec eux les sai­sons. Il les envi­sage aus­si au cœur du cos­mos. « Les arbres les étoiles/C’est de leur rencontre/​Que naît vraiment/​Chaque bour­geon ».

      L’auteur a choi­si la forme du qua­train pour le dire. Il nous en livre plu­sieurs cen­taines (sou­vent aux allures d’aphorismes) dans un livre foi­son­nant qui nous fait, aus­si, visi­ter la France et le monde. En com­men­çant par les Pyrénées où l’auteur a ses racines et où il a sans doute connu ses pre­miers arbres (du côté de Saint-Bertrand de Comminges). « Dans mon pays/​Où crève la grisaille/​Il y a des palmiers/​Malingres et qui rêvent ». De son incur­sion en Bretagne, il ramène ce qua­train de l’abbaye de Landévennec (en le dédiant au moine-poète Gilles Baudry). « Combien de voyages/​Et je ne l’ai jamais quitté/​Ce ver­ger inté­rieur descendant/​Doucement vers la laisse des marées ».

     On l’a com­pris. Pénétrant dans les forêts ou se frayant un che­min dans les sous-bois, Jean-Pierre Denis se met en quête de lui-même. « Les arbres j’attends d’eux/Le poème qui ne vient pas/​Je l’attends comme en désert/L’ombre des mots me suf­fi­rait ». Posant la main sur l’écorce, il peut écrire : « Les arbres aux nœuds/​Cachés nous confions/​La dure énigme/​De notre cœur de bois ».

      Le poète le dit d’ailleurs lui-même en pré­sen­tant ce livre « déme­su­ré » qui n’était, au départ, qu’un simple car­net de notes. En effet,  il n’hésite pas à par­ler,  d’une « forme d’autobiographie » et de « por­trait de l’auteur en ver­ger aban­don­né, en cano­pée, en branche nue ». Aussi peut-il faire un rêve, et nous avec lui : « Vivre un jour/​De l’intérieur le déploiement/​Lent du bour­geon voilà/​Tout ce que je vou­drais ».

 

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