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Jean-Pierre Védrines

Par | 2018-02-20T12:27:29+00:00 26 septembre 2012|Catégories : Blog|

Jean-Pierre Védrines est né en jan­vier 1942 à Lunel (Hérault). Poète et roman­cier, il est Président de l’association la main mil­lé­naire et dirige la revue du même nom. Ses der­niers ouvrages : Passeurs d’humanité, le bruit des autres (2011) et Terres de sel, Editions Lucien Souny (2011).

Jean-Pierre Védrines

Par | 2018-02-20T12:27:29+00:00 26 mai 2012|Catégories : Critiques|

Passeurs d'humanité. Derrière ce titre poly­pho­nique se cache un regard humble sur les êtres et les choses, un regard dis­cret et bien­veillant, atten­tif aux détails qui révèlent beau­coup, atten­tion­né envers les tré­sors presqu'invisibles que les hommes et les femmes portent dans leurs silences et leurs gestes de peu.

Les pas­seurs dont parle le poète Jean-Pierre Védrines, ce sont les per­sonnes croi­sées au fil du quo­ti­dien, le vieux tai­seux affai­ré à répa­rer les filets de pêche, et met­tant un point d'honneur à accom­plir sa tâche dans la digni­té de sa soli­tude ; c'est la dame au fagot char­riant dans son sillage la charge de l'hiver ; c'est le liseur psal­mo­diant son rythme inté­rieur à la ter­rasse du café, c'est la ber­gère heu­reuse de par­ler dans ce que l'on nomme un patois et qui est une langue, c'est le visage dénué de la mar­chande d'anguilles, etc…

Ces pas­seurs, ils sont ceux qui trans­mettent la part quin­tes­sen­tielle de leur huma­ni­té indi­vi­sible. Ce sont aus­si, dans une accep­tion plus clan­des­tine, ceux qui, noc­turnes, conduisent à l'abri et sauvent la meilleur part de l'homme.

Dans cette ver­sion des choses, c'est le silence qui prime sur le dis­cours, c'est la preuve du geste sou­ve­rain et noble qui ouvre l'espace contre les fausses huma­ni­tés, ce sont les regards, les sou­rires, la pau­vre­té consen­tie comme un tré­sor, les paroles choi­sies qui inves­tissent les êtres dans le grand corps humain.

Ces cro­quis en prose de Jean-Pierre Védrines disent en réa­li­té beau­coup sur ce qui arrive en ce moment même au monde. Ils disent la part insé­cable dres­sée au fond des êtres sur­gis de la terre comme des arbres, façon­nés sur le tour des sai­sons, polis aux vents, cette part qui est une épée rele­vant l'homme, cette part qui est une petite flamme pro­je­tant sa lueur contre tout ce qui tente d'atteindre le cœur humain des hommes.

Védrines dit, en contre­chant d'un monde bou­le­ver­sé, à contre­jour d'un monde bous­cu­lé en son huma­ni­té même, en ce qui éta­blit l'humanité du monde. Cette parole est poème en son appa­rence de retrait. Elle ne bal­bu­tie pas, elle mur­mure, chu­chote à l'oreille com­pagne qu'elle ne par­vient pas à atteindre les mots pour com­po­ser le chant. Et ce fai­sant, elle devient chant.

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