> Jean-Vincent Verdonnet, à l’épreuve du temps

Jean-Vincent Verdonnet, à l’épreuve du temps

Par | 2018-05-22T06:35:53+00:00 27 décembre 2012|Catégories : Critiques|

Jean-Vincent Verdonnet ne s’est jamais lais­sé enva­hir par la déré­lic­tion en dépit de ses épreuves. Il a tou­jours trou­vé dans la beau­té des pay­sages de quoi trans­cen­der les abîmes de ses gouffres inté­rieurs. La caresse du Chablais, du Genevois comme aus­si les pay­sages du Quévec sont deve­nus sou­vent les pré-textes de sa poé­tique. Et ce dès les pre­miers temps non encore conta­mi­né par l'expérience de la guerre :

 

« Dans cet âcre ton­neau
qui conte­nait l'avoine des che­vaux
l'enfant voyait s'ouvrir
les grilles d'un jar­din de signes »,

écri­vait le jeune poète.

Automnales – ponc­tué par des pein­tures de Claire Nicole – ne déroge pas à la règle. Sous forme de ter­cets le livre évoque l’effet du temps sur le pay­sage et le mys­tère qu’il pro­voque l’âge venant.

 

« Précédant ceux de la lumière
les pas de l’indicible en marche
vers les bar­rières du cou­chant »
sug­gèrent une approche par­ti­cu­lière :
« Vient l’heure du regret des frasques
mais pour le par­don des étoiles
il te faut attendre la nuit ».

 

Rien ne sert de cou­rir. Le temps aura bien­tôt rai­son de nous :

« Les vagues du som­meil t’apportent
ces échos du pays d’ailleurs
dont nul n’est jamais reve­nu ».

Parvenue à ce point la poé­sie pose donc la ques­tion du sens de  la vie. Elle crée un pou­voir de connais­sance plus que de recon­nais­sance et  se situe à l'opposé de l’illusion pay­sa­gère “ réa­liste ” fidèle, objec­tive, “ natu­relle ”.  

 

Immergé dans la nature qui n’est pas encore celle des grandes Alpes le poète se sou­met aux élé­ments ins­crits dans un temps plus long. Il n'est pas l'homme des déchaî­ne­ments et des convul­sions qui déchirent l’homme. Il reste le poète de l’harmonie. La pos­ture peut sem­bler peu héroïque. De fait il est tou­jours plus facile de se lais­ser aller aux défer­le­ments des orages que de les domp­ter. L'artifice est facile sur­tout en lit­té­ra­ture !

Dans Automnales, le pay­sage n'est pas réduit à un objet pure­ment fron­tal  à la Poussin par exemple. Les évo­ca­tions pay­sa­gères mani­festent quelque chose du regard. La poé­sie regarde regar­der. La « béance ocu­laire » chère à Lacan s’y ins­crit. Le poète sug­gère  le rébus qui l'habite par l'œil qui se cherche en lui – comme on disait autre­fois que l'âme se cher­chait dans les miroirs.

 

Deux opé­ra­tions ont donc lieu en même temps : concen­tra­tion mais aus­si ouver­ture du champ. La contem­pla­tion poé­tique de Verdonnet fonc­tionne donc dans une dimen­sion struc­tu­rante. Elle  sub­ver­tit les notions habi­tuelles de dehors et de dedans pour atteindre

« ce monde autre en toi qui te hèle
aus­si­tôt qu'arrive à son terme
l'ivresse éparse des racines ». 

Ce n'est plus néan­moins et comme trop sou­vent la mélan­co­lie qui s'exprime par l'évocation de la nature. A une révé­la­tion roman­tique plus ou moins fée­rique est pré­fé­ré le désir de rapa­trier l'œil dans le regard et la chose dans la nature.  Tel Spinoza s'efforçant de polir avec patience jusqu'à la per­fec­tion ses len­tilles optiques pour affi­ner sa per­cep­tion de la nature – Verdonnet pro­pose de redon­ner à celle-ci non le  brillant fac­tice de l'illusion mais sa valeur d'instrument de rituel exis­ten­tiel.
 

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