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J’Œil change les rêves

Par | 2018-05-27T03:06:09+00:00 25 juin 2017|Catégories : Blog|

tra­duc­tions Chantal Bizzini
 

 

pour Joe Overstreet, Corrine Jennings & George Lewis

 

 

j’œil change les rêves à la 42ème rue, times square

tandis que, tourbillonnants dans leurs attitudes technicolor, des gens foncent à travers les jours affairés, portant des paroles qui mitraillent

à un rythme égalant celui dont ils détournent leurs regards des cadres même singent avec des gestes vifs

une désinvolture affectée, tandis que dhabiles arnaqueurs roulent des yeux

comme des billes alentour, cherchant des coups, se lèchent les babines, laffaire faite avec un bouseux pas fût-fût et, les vres dégoulinantes de bave,

en mangeant des hotdog payés avec des billets de cinquante dollars au grand jour

ouais, tu métonnes, cousin —

des trottoirs roulants transportent tout

si vite que chacun pense que cest ses pieds qui portent son corps, en dansant, sur une chanson différente

que, disons, à gloster, mississippi

le temps est une tortue qui remue après quune inondation a reflué à lendroit même doù elle était venue

tentends pas dappels ici

à gloster, nulle part de téléphones portables paniquer

seul le constant et lent bourdonnement du plané de moustiques bouffis glissant à travers lair pour se gorger de carnages de sang frais

guidés vers leur cible par leur langue rodynamique ils oscillent dans leur course en zigzag audessus diris barbus qui agitent leurs feuilles en épée dans la brise

comme s’ils se préparaient à mener un juste combat contre nimporte qui ou quelque chose comme les gens qui vivent dans la grosse pomme (leurs masques sinistres toujours ajustées quils portent même aux toilettes, effrayés à mort quils sont

de tomber sur un requin au sang froid

calculant, , ce quils tiennent personnel­lement pour leur territoire) essaient de garder leurs rêves fluctuants en phase avec la vitesse accé­lérant sans cesse & à chaque instant, dans midtown manhattan camé­léons affos

partout, ici, changent de visage en plein midi, disons,

au croisement de la 42ème rue & de la 8ème avenue, alors que des foules claustrophobes dégoulinant de sueur, en at, verrou fer sur la chair, froids, comme un type qui a eu triple perpét à comstock —

les gens ici changent de vitesse, pour tenter desquiver la panique au milieu de ces rêves de bouffons

& au centre de tout ça

un arnaqueur qui ressemble à lazare le rapide, feu lagent dhollywood, rôde en rolls royce blanche, colportant des attrapenigauds pour vieilles

gendes à dentiers,

qui ont lair si bizarres en public dépourvues de leur épais maquillage — comiques, même sorties de leur machines à rêve, à illusions — mémentos en lambeaux que lescroc colporte vers un bazar miteux

dans un tau­dis, une pièce avec des toiles d’araignées, où il revend les pho­to­gra­phies déco­lo­rées de

zsa zsa gabor dans la fleur de l’âge, avant qu’elle ne com­mence à se décom­po­ser sous nos yeux, por­tant tout ce maquillage inquié­tant et pit­to­resque ce

fond de teint blanc sur ses lif­tings éter­nel­le­ment chan­geants, mas­quant les rêves que nous por­tons nous-mêmes, en nos ima­gi­na­tions déri­vantes, déli­rantes

nous ensor­ce­lant ici alors que nous tra­ver­sons times square

satu­rés par la charge éner­gé­tique des cou­rants

élec­triques que j’œil ima­gi­nait que ce poème avait quand j’œil com­men­ça d’abord à l’écrire puis ayant à com­po­ser avec la manière dont il ralen­tis­sait à mi-course,

quand j’œil est tom­bé sur ce pas­sage sur glos­ter, à un tiers de la page, & a ten­té d’éviter tous ces mous­tiques zig­za­gants

atta­quant en piqué en vue d’un car­nage de sang frais —

mon par­cours s’étendant à la place entière après ça, réglant la focale,

de rythme, la manière dont mes vers idiots avaient com­men­cé à s’organiser — à ce moment même, ils ont com­men­cé à l’inventer en entier

en avan­çant, comme dif­fé­rents musi­ciens impro­vi­sant

ce poème — comme le double de lazare le rapide col­por­tant les mer­veilles

du vieil hol­ly­wood avant la chute, avant qu’elles ne deviennent des légendes éden­tées, avant qu’elles ne deviennent zsa zsa gabor

ce pilon ver­bal de spout­nik, une chose qui se mange

après tout — pro­met fou­tre­ment plus qu’il pour­rait jamais don­ner voya­geant à la vitesse des par­faites conne­ries, qu’elles sont —

une atti­tude tech­ni­co­lo­rée de times square, sans rime, arri­vant à che­val sur un balai, écœu­ré & caus­tique,

avec le mal du pays pour cette éner­gie : la bonne vieille grosse pomme

 

 

 

 

   poème tiré du recueil Transcircularities : New and Selected Poems (Coffee House Press, 2002)

 

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