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Jour de Jean-Jacques Marimbert

Par | 2018-05-26T23:33:20+00:00 29 septembre 2013|Catégories : Critiques|

Le titre du recueil, Jour, pour­rait faire croire que cette fois, le poète a convo­qué la lumière. Mais c’est dans la nuit que nous péné­trons.

 

[…] le matin
est une écaille de temps
éga­rée
dans le noir.
 

Celui qui tra­verse la nuit cherche cette écaille dans son pas­sé. Comme sou­vent, la poé­sie de Jean-Jacques Marimbert prend sa source dans les sou­ve­nirs. Il est ques­tion ici de sou­ve­nirs de la femme aimée. Ils sont fugaces : une parole, un regard. Celui qui se sou­vient erre dans les rues, s’assoit sur un banc, mais ce sont les méandres de sa mémoire qu’il arpente. Il rêve aus­si.

 

Je déci­dai de me lever
et de cou­rir vers elle,
de l’emmener,
au fond des criques,
loin de nous sous les mers

 

S’il semble empê­ché de vivre dans le pré­sent, son regard bute sur des êtres bien réels : un homme cou­ché sur le sol, contre un mur, un oiseau sau­tillant – l’inerte et le vif. L’homme cou­ché est-il un miroir ten­du ? L’oiseau, lui, parce que tou­jours prêt à prendre son envol, res­sem­ble­rait davan­tage à la femme dis­pa­rue. Mais ce sont peut-être plu­tôt les deux ver­sants de toute inté­rio­ri­té. L’homme errant dit d’ailleurs : je guette /​ bec béant une image /​ de toi de moi.

La chasse au sou­ve­nir l’amène à che­mi­ner aus­si par-delà sa propre his­toire : il se sou­vient des enfants d’Amérique des années trente.

Les deux der­niers textes du recueil nous font sor­tir de la nuit. L’envol des mouettes, le départ d’un car­go, le vent et la lumière per­mettent à l’homme de reprendre contact avec le monde et ses pro­messes. L’horizon s’ouvre.

Les poèmes de Jean-Jacques Marimbert sont pré­cé­dés d’une très belle pré­face d’Anna de Sandre.

 

       Poème :

 

Au pied du mur d’enceinte
tour­né vers les pierres
il a jeté son corps.
Une tache de lumière glisse sur
ses épaules.
Il dort par à-coups au hasard des apnées,
bou­let dans un som­meil gluant.
La mer souffle et mur­mure.
Soudain mû par une lame,
hir­sute il resur­git
hap­pant l’air
à grands traits, la gorge
lacé­rée par le feu
des étoiles.
 

Je le vois.
Il lance des regards comme aux chiens
des cailloux.

Poème extrait de Jour, Éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2013.

 

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