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LA BRÊCHE

Par |2018-10-16T19:12:34+00:00 10 mars 2013|Catégories : Blog|

 

Le maigre bos­quet n’a pas fleu­ri, le tilleul non plus.
On cherche plu­tôt les arbres jeunes – mais pas trop :
avec leur tronc en sueur, on se fait des arcs.

À la lisière, les bûche­rons sont pas­sés à l’acte.
Bientôt on se perd dans la nécro­pole rousse.
Où se dressent les solides branches ? Sur la car­casse mam­mouth.
Les tiges légères, on en fait des flèches.

Ce sont les arbres qui nous four­nissent en armes,
car il y a tou­jours quelqu’un qui nous menace.
Mais vite, nos traits à peine biseau­tés, on se dégonfle.
On ne joue plus, il faut pas­ser à table,
et rava­ler sa colère et sa peur avec la soupe.

 

 

Extrait de D’une Craie qui s’efface, L’Harmattan, 2009 (pré­face de Pierre Dhainaut).

 

La brèche

Par |2018-10-16T19:12:34+00:00 1 juillet 2012|Catégories : Blog|

Au cœur de la mai­son, dans la grande pièce, il y a la brèche. À vrai dire ce n'est qu'une mince fis­sure dans le plan­cher, presque invi­sible. Rien d'inquiétant. Sinon le fait que cette fente n'est pas inac­tive. Souvent un cou­rant d'air en sort, qui sent la pous­sière et la rouille. Et autre chose qu'on ne peut défi­nir. Et qu'elle a une voix. La plu­part du temps elle est muette. Mais par moments elle émet un son.
Parfois il y court, s'agenouille et flaire comme un chien. Puis il s'éloigne len­te­ment, souillé par une veine ter­reuse, clan­des­tine.
Alors il met son man­teau, ouvre la porte.
Plus dan­ge­reux, âpre et tran­chant comme une lame, il marche.
Il fauche les regards. Tourne la clé de la chan­son des rues.
Aspire la moelle du soir.
De son os creux il fait une flûte et comme un assas­sin très vite
la fourre dans sa poche.
Ses doigts caressent les trous.
Mais il n'ose pas jouer.
Ce n'est pas encore le temps de l'expiration.

 

extraits de Monsieur T.,
[Melani ed. 2007]

Poèmes tra­duits du grec par Michel Volkovitch

 

 

ΤΟ ΡΗΓΜΑ

 

Μέσα στο σπίτι, στο κεντρικό δωμάτιο υπάρχει το ρήγμα. Στην πραγματικότητα πρόκειται για μια λεπτή ρωγμή στο πάτωμα σχεδόν αόρατη. Τίποτε το ανησυχητικό. Εκτός από το γεγονός πως η σχισμή δεν είναι αδρανής. Συχνά ένα ρεύμα εξέρχεται από αυτήν που μυρίζει σκόνη και σκουριά. Και κάτι άλλο απροσδιόριστο. Επίσης πως έχει φωνή. Το πιο πολύ είναι μουγγή. Όμως αραιά και που παράγει έναν ήχο.
Καμμιά φορά τρέχει εκεί, γονατίζει και μυρίζει σαν σκύλος. Ύστερα απομακρύνεται αργά μολυσμένος από μια φλέβα χοική, παράνομη.
Φοράει τότε το παλτό του και ανοίγει την πόρτα.
Επικινδυνότερος, αψύς και κοφτερός σαν λεπίδι περπατάει.
Θερίζει τα βλέματα. Κουρντίζει των δρόμων το τραγούδι. Ρουφάει το μεδούλι της εσπέρας
Από το κούφιο κόκκαλό της φτιάχνει έναν αυλό και σαν φονιάς τον χώνει βιαστικά στην τσέπη.
Τα δάχτυλα χαιδεύουν τις οπές.
Μα δεν τολμά να παίξει.
Δεν ήρθε ακόμα ο καιρός της εκπνοής.

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