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La brisure de tes mots

Par | 2018-05-23T05:29:15+00:00 5 mars 2016|Catégories : Blog|
Reine d’automne
 
 
 
Je longe une forêt qui n’en finit pas.
Forêt d’automne, rou­gie au fer 
pourpre de l’aurore, semée
de glands morts, de phy­sa­lis,
de cham­pi­gnons, de fou­gères 
dont  la rouille me souille déjà les doigts.
 
Je longe la mer cou­leur d’orange,
lorsqu’en novembre, le soleil 
se couche, repu sur son lit d’eau pâle.
Le sable rouge cli­gnote comme 
un phare dans sa nuit blême.
 
La grève que borde la mer
a un par­fum de soli­tude salée
et d’eau tiède presque chaude.
J’y cueille quelques coquillages
trem­pés de nuit que 
l’or du soir écha­faude.
 
Je les porte à ma che­ve­lure
pour en faire 
une cou­ronne de lau­riers 
presque de lau­riers roses, 
Je les porte sur ma tête,
ces coquilles moi­rées,
avec des herbes rousses
cueillies tout à l’heure
dans ma rouge forêt 
de brous­saille et de rouille.
 
Elle scin­tille ma cou­ronne
comme un bijou, un col­lier
de den­telle et de nacre
dans ce soir de poix.
 
Elle scin­tille ma cou­ronne
comme un dia­dème
dans cette nuit de novembre
où je serai sacrée reine
près de mon roi.
 
 
 
 
 
***
 
 
 
 
 
Rouge à lèvres
 
 
 
 
 
Lorsque le bai­ser de la lune
a tou­ché l’inflorescence 
de tes lèvres pourpres,
du même rouge 
que le baume de l’aurore
 
dont tu t’es ser­vie, mer, 
pour macu­ler ta bouche 
pleine du fiel de ce jour
où tu m’as vu émer­ger,
algue soli­taire, de tes reins ;
 
Lorsque le bai­ser de la nuit
a effleu­ré l’incandescence
de ta braise, comme une ciga­rette
que tu tien­drais, nuit marine,
dans tes flancs aqueux,
 
comme un phare à l’horizon
qui cli­gno­te­rait de plus belle
pour te mon­trer le che­min
de ma frêle, infime des­ti­née,
 
pour m’égarer loin de tes flancs
siru­peux et salés, 
pour me perdre infi­ni­ment ;
 
Lorsque le bai­ser de l’aube,
mer, t’a frô­lée pour te redon­ner
ta robe d’apparat 
pleine de l’or du soleil
et du rouge du jour nais­sant,
 
j’ai vu tes lèvres cruelles
bles­sées par l’incandescence
du ciel me faire la moue
et me dire de te quit­ter.
 
 
 
 
 
***
 
 
 
 
 
Le grand soir
 
 
 
 
 
Je toque à la porte du soir
encore silen­cieux de cigognes
encore bleu soli­taire, 
déjà inouï de recueille­ment, 
dans l’entonnoir de notre nuit
qui rugit, qui jouit 
de l’hiver encore noir.
 
Je toque à la porte du soir
déjà vibra­tile 
des noc­tules bleues
et de notre nuit,
déjà pul­sa­tile du rythme infi­ni
du désert noc­turne
et de ses fruits d’or ense­ve­lis :
 
Croissant lunaire, étoiles
blondes et trem­blantes,
bijoux éva­nes­cents que je porte
en col­lier comme une sirène,
une prin­cesse pro­mise
à la suie per­pé­tuelle
qui renaî­trait de ses cendres.
 
 
 
 
 
***
 
 
 
 
 
L’oiseau lyre
 
 
 
 
 
J’arpente les sen­tiers de rocaille, 
la tête dans les étoiles et les débris de lune. 
Mes oreilles bour­donnent dans l’immensité
des champs de blé et de lavande.
 
Je foule les orties bles­sées, 
les fétus de paille sèche et d’herbe cal­ci­née.
Un merle bleu me regarde, me tend une aile
et m’exhorte à voler comme une mère
qui pren­drait, par la main, son enfant.
 
Je pleure de joie, de tant de sol­li­ci­tude.
Cela fait si long­temps que je n’ai reçu
autant de  signes de ten­dresse :
traces infimes, caresses de plumes…
 
Et cet oiseau m’en offre d’inestimables :
tré­sors d’aube, pré­sents de l’aurore.
que je thé­sau­rise intacts 
dans mon coffre-fort  plein de rêves.
 
Mon cœur s’est per­clus un jour de sep­tembre
mais l’oiseau lyre, merle enchan­teur, l’a réveillé,
rani­mé du désir de vivre par­mi les roses rouges,
de fou­ler, soli­taire, le sable bleu 
et ma douce, ma très douce folie,
rani­mé du désir de fendre la mer blême.
 
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