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La correspondance entre Char et Aguire

Par |2018-09-23T16:22:11+00:00 14 avril 2014|Catégories : Blog|

Correspondance entre Char et Aguirre

 

Au début des années 50, le poète et tra­duc­teur argen­tin Raul Gustavo Aguirre, acteur de la forte revue poe­sia bue­no aires, entre en rela­tions avec René Char, poète dont il admire vive­ment l’atelier. C’est le point de départ d’une longue cor­res­pon­dance et d’une grande confiance mutuelle : Aguirre tra­vaille avec constance à la tra­duc­tion et à la dif­fu­sion de l’œuvre du poète de L’Isle-sur-Sorgue de ce côté-ci du monde his­pa­no­phone. La lec­ture de cette cor­res­pon­dance, 30 ans après la dis­pa­ri­tion d’Aguirre, donne à voir deux poètes et deux hommes ayant du res­pect et de l’admiration l’un pour l’autre. La paru­tion du volume vaut, à juste titre, recon­nais­sance, celle que l’on doit à Aguirre pour avoir défen­du la poé­sie de Char (comme une sorte d’apôtre, écrit l’épouse d’Aguirre). C’est aus­si un double éclai­rage : sur l’atelier de Char et sur l’histoire récente de la poé­sie, fran­çaise autant qu’argentine. Car si cette cor­res­pon­dance éclaire au sujet de Char, elle le fait tout autant à pro­pos de la revue d’Aguirre. Du reste, l’avant-propos de cette édi­tion est don­né par Rodolfo Alonso, poète argen­tin qui fut le plus jeune contri­bu­teur de la revue poe­sia bue­no aires lors de sa nais­sance. Alonso rap­pelle qu’Aguirre fut le pre­mier tra­duc­teur de Char en langue espa­gnole, tant en revue qu’en ce qui concerne les livres. Poesia bue­no aires est née en 1950 et a connu trente numé­ros jusqu’à 1960, ain­si que 33 livres, nombre tout à fait évo­ca­teur. Le rôle d’Aguirre ? La che­ville ouvrière de la revue ; il n’est, jamais, aucune aven­ture édi­to­riale en poé­sie sans une ou deux che­villes ouvrières. De quoi s’agissait-il ? Selon Alonso : « poe­sia bue­no aires a main­te­nu son objec­tif cen­tral : la rébel­lion ouverte contre les pré­sup­po­sés for­mels de la poé­sie, contre les formes soi-disant ins­pi­rées, contre les conven­tions lit­té­raires. Mais sans jamais retom­ber dans un nou­veau dogme, dans aucune recette pré­ten­du­ment défi­ni­tive. En bou­clant le numé­ro 25 (automne 1957), Aguirre a confir­mé son pari : « aucune for­mule, aucune recette, en conclu­sion, ne peut être tirée de ces années. Une fois encore, il faut le dire : nous ne savons pas ce qu’est la poé­sie, et moins encore com­ment on fait un poème ». C’est ce que l’on affirme tou­jours en ter­ri­toire poé­tique lorsqu’en réa­li­té on défend de vraies convic­tions.

Qui croise-t-on dans cette revue, outre Char ? Aguirre, Bayley, Trejo, Madariaga, Nicolas Espiro, Urondo, Vanasco, Giribaldi, Alonso, Alejandra Pizarnik, Macedonio Fernandez, Drummond de Andrade, Huidobro, César Vallejo, Elytis, Néruda, Pasternak, Montale, Ungaretti, Cummings… Ici, René Char est un « cas par­ti­cu­lier », par sa pré­sence, dès l’incipit de la revue, laquelle s’ouvre sur les mots du poète.

C’est un vrai bon­heur de plon­ger dans la cor­res­pon­dance entre René Char et Aguirre, on se pro­mène dans toute une époque, dans la vie vivante de la poé­sie. Et quelle époque ! Cela revien­dra, nous y tra­vaillons. Tout n’est pas « rose » bien sûr : au tour­nant des années 60, la cor­res­pon­dance est sous-ten­due par la vio­lence à l’œuvre en Argentine, entre restes du péro­nisme et approche des géné­raux. Mais l’on croise aus­si la sil­houette de Juarroz, de retour de sa visite ren­due à Char, puis des pho­to­gra­phies d’Aguirre et Char aux Busclats, puisque le poète argen­tin vient chez son ami en 1974, 1979 puis en 1980. La der­nière lettre est ter­rible, lettre par laquelle Marta, épouse d’Aguirre, annonce la récente dis­pa­ri­tion de son mari. On ne peut que remer­cier Marie-Claude Char d’avoir orches­tré ce volume et les édi­tions Gallimard de nous per­mettre de lire cette cor­res­pon­dance.

   

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