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La destruction du Parthénon

Par |2018-08-15T19:18:28+00:00 20 mai 2012|Catégories : Critiques|

La des­truc­tion du Parthénon est un roman – par bien des aspects. Et même un roman à la construc­tion très contem­po­raine : on y découvre le sujet et l’histoire au fur et à mesure de la lec­ture de bribes. Le lec­teur passe de la confes­sion d’un gar­dien du Parthénon à des témoi­gnages et, entre temps, plonge dans la prose poli­tique du groupe qui veut détruire le Parthénon, ceux qui veulent « faire sau­ter L’Acropole ». Ainsi les fils de l’histoire se tissent et appa­raissent pro­gres­si­ve­ment, ser­vis par le talent de Chryssopoulos, jeune écri­vain, une voix qui va indé­nia­ble­ment comp­ter en Europe, et aus­si par celui d’Anne-Laure Brisac, dont la tra­duc­tion sert brillam­ment son objet. Mais ce livre est plus et autre chose qu’un roman. Par son appa­ri­tion : voi­là un drôle de texte parais­sant au mois de mars 2012, en France du moins, tan­dis que la Grèce est dans la tour­mente des dingues qui « gou­vernent » l’Europe. Les foules dans la rue, un coup d’Etat finan­cier sup­pri­mant la démo­cra­tie dans ce pays, car c’est bien de cela dont il s’agit… Une rumeur selon laquelle un ministre alle­mand aurait conseillé de… détruire le Parthénon, lequel coû­te­rait trop cher aux finances publiques grecques. Il faut avoir tout cela à l’esprit en lisant le livre de Chryssopoulos. Pourquoi ? À prio­ri, qu’un anti héros de roman décide de plas­ti­quer l’un des plus anciens monu­ments euro­péens peut paraître fou. Ici, on ne sait plus très bien où est la réa­li­té : cette volon­té a-t-elle eu lieu ? Il semble que oui, puisque l’auteur évoque le cercle sur­réa­liste Les Annonciateurs du Chaos qui, en 1944, a eu ou aurait eu cette ambi­tion. Vrai ou faux, peu importe. L’ensemble du texte navigue entre réa­li­té appa­rente et réa­li­té qui se pré­tend évi­dente. Peut-être les choses se dévoilent elles, peut-être pas. Nous sommes ici dans un entre-deux qui est en soi pas­sion­nant, si bien qu’en moins de cent pages Chryssopoulos construit un texte qui a tout d’une épo­pée inter­ro­geant mine de rien nombre de nos mythes, en pre­mier lieu celui de notre état col­lec­tif de civi­li­sa­tion euro­péenne. Ce qui ne sau­rait mieux tom­ber en une époque où jus­te­ment une des rai­sons de la souf­france éco­no­mique de la Grèce est liée à un autre entre-deux : l’Europe se consti­tue dans l’apparence d’une com­mu­nau­té de des­tin et de civi­li­sa­tion et pour­tant cette image s’évanouit devant la réa­li­té au moindre sou­ci, créé d’ailleurs par cette même Europe. Ou plu­tôt par l’extraordinaire incom­pé­tence des « experts » qui dit-on agissent à sa tête. Les fous ne sont pas for­cé­ment ceux que l’on croit.

La qua­trième de cou­ver­ture du livre dit ceci : « La des­truc­tion du Parthénon est un objet lit­té­raire sin­gu­lier, qui ouvre des champs de réflexion sur l’art et la ville, sur l’histoire et l’identité, sur la jus­tice et le sacré ». Cela est vrai. C’est aus­si un livre /​ acte poé­tique por­tant sur un autre acte, réel ou ima­gi­naire, lui-même poé­tique. Et à ce titre Recours au Poème en recom­mande chau­de­ment la lec­ture. La des­truc­tion du Parthénon met clai­re­ment l’accent sur l’antagonisme véri­table qui divise notre monde en deux : la prose enva­his­sante. La poé­sie, la résis­tance.

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