> La grande énigme, Tomas Tranströmer

La grande énigme, Tomas Tranströmer

Par | 2018-05-24T00:19:13+00:00 2 juin 2013|Catégories : Critiques|

      Ah ! La bonne nou­velle. Le prix Nobel de lit­té­ra­ture a été attri­bué à un poète. Et (« cerise sur le gâteau ») à quelqu’un qui, au sein de son abon­dante pro­duc­tion lit­té­raire, publie des haï­kus. Le Suédois Tomas Tranströmer (80 ans), poète contem­po­rain le plus tra­duit au monde, rédige en effet ces poèmes courts de trois vers, d’origine japo­naise, aujourd’hui lar­ge­ment mon­dia­li­sés. Sous le titre La grande énigme, Le Castor astral réédite 45 de ses haï­kus, adap­tés du Suédois par Jacques Outin.

     On y trouve tout ce qui fait la spé­ci­fi­ci­té et la force du haï­ku : la sen­si­bi­li­té, l’émotion, la sur­prise, le fré­mis­se­ment, l’ouverture aux « figures » du dehors…
                       Fredonne dans la brume.
                       Au loin un bateau de pêche –
                       tro­phée sur l’eau.

     Dans une lumi­neuse pré­face au recueil, Petr Kral, parle, à juste titre, de cette « écoute impar­tiale » du monde qui carac­té­rise le haï­ku de Tranströmer, comme ici :
                       Ombres ram­pantes…
                       nous sommes per­dus dans la forêt
                      dans le clan des morilles.

      ou encore là :
                        La mer est un mur.
                       J’entends crier les mouettes –
                       elles nous font signe.

     Mais il y a aus­si, chez Tomas Tranströmer, comme chez tout poète qui mérite ce nom, une atten­tion au mys­tère, une attente de la révé­la­tion. Jusqu’à poin­ter du doigt (mine de rien) l’énigme de l’existence. La grande énigme.
                       Quand l’heure vient
                        le vent aveugle
                        repose sur les façades.

     L’auteur sué­dois le dit sans prendre la pose du poète. Aucun exhi­bi­tion­nisme. Plutôt des haï­kus à hau­teur d’homme – comme il sied au genre – dans cette célé­bra­tion quo­ti­dienne de la nature, à l’écoute des signes qu’elle nous adresse. Au bord de la mer, en ville, dans la forêt…
                     Ces feuilles brunes
                     sont aus­si pré­cieuses
                     que les manus­crits de la mer Morte.

    
     Bien vu, mon­sieur Tranströmer.
 

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