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La musique inconnue de Maulpoix

Par |2018-08-21T04:58:50+00:00 19 juillet 2013|Catégories : Critiques|

 La Belle incon­nue  ou la Voix d’Orphée !

 

      Lorsqu’il s’exprime, Jean-Michel Maulpoix le fait à voix basse, sou­pe­sant et jau­geant les mots avec une sorte de res­pect, d’étonnement pour déjouer les chausse-trappes d’une pré­ten­due com­mu­ni­ca­tion éri­gée en modèle, ain­si son essai se pré­sente d’emblée comme un poème de prose, dans son écri­ture comme dans son orga­ni­sa­tion, et se construit comme une gale­rie de por­traits qui choi­sit pour ins­pi­ra­tion la gra­ci­li­té et la déli­ca­tesse de l’existence, l’écrivain pré­fé­rant l’enchantement secret et les chants silen­cieux, mais en mode majeur. Les mots de Maulpoix croquent des éclats de musique, col­lec­tant des éclats de beau­té, des éclats sub­ti­le­ment retis­sés, que vient nour­rir l’ombre des mots tan­dis que la mélo­die des âmes essaime des ter­ri­toires poé­tiques en les nouant les uns aux autres, et cela, afin d’offrir l’exaltante pluie ryth­mique de son style propre à trans­cen­der l’exercice cri­tique. Une res­pi­ra­tion entre puis sort par les phrases ain­si dis­po­sées et l’ensemble crée un mou­ve­ment véri­table du souffle puisque tout peut être enten­du comme une lec­ture à haute voix. La jus­tesse de ton est telle que l’essai entre­lace ora­li­té et pas­sion, frag­ments et uni­tés, sac­cades et flui­di­té, afin de déver­ser une réflexion tout en balan­ce­ments lyriques et cadences pal­pables. Maulpoix lance assu­ré­ment un regard juste sur un monde de contra­dic­tions grâce au charme de figures visuelles et sonores, le poète est habi­té par le ruis­sel­le­ment sen­sible de son sujet, tan­tôt heur­té de bleus à l’âme, tan­tôt fluide comme le chu­cho­te­ment des songes, lais­sant éclore, à son rythme, l’image sal­va­trice de la musique. Et cette par­ti­tion, éra­flant ou apai­sant le cœur d’un même élan, pro­voque, chez le lec­teur la sen­sa­tion de tenir, dans la paume de ses mains, des bribes de vie tant la sen­si­bi­li­té n’est jamais bri­dée par l’analyse cepen­dant omni­pré­sente.

 

   En effet, la mani­fes­ta­tion lit­té­raire qu’admire le plus l’auteur, nous le savons, est celle du mys­tère lyrique de l’écriture ou, plus pré­ci­sé­ment, ce faire-corps avec la langue qu’est la musi­ca­li­té, aus­si les écri­tures tra­ver­sées de Baudelaire, Rimbaud, Rilke, Proust, Mallarmé, Valéry, Claudel, Bonnefoy, Jaccottet (pour ne citer qu’eux !) s’apparentent alors à une sorte de transe qui, comme l’étymologie l’indique, fait effec­tuer à l’initié non pas un bond en avant, mais un néces­saire bon en arrière de soi-même. La suite d’exemples étu­diés, à l’instar de micro-fic­tions,  lutte donc contre le lan­gage col­lec­tif qui ment et trompe, s’érige contre l’absence de poro­si­té entre le réel et l’imaginaire, refuse le cli­vage entre le lyrisme inté­rieur et celui du monde. Seule la Voix semble appar­te­nir à un Verbe qu’elle rompt tout en recher­chant à la fois l’affinement de l’écoute et une forme de lit­té­ra­ture uni­que­ment ten­due  vers la musique, fai­sant ain­si sienne les ver­tus ensor­ce­lantes ou exta­tiques des mélo­dies les plus secrètes : « N’étant nulle part, la musique est trans­port, souffle, fièvre, émo­tion de voix » (p 39).

       De cette façon, toute parole, cher­chant à joindre quelque chose qui s’échappe, semble incom­plète sans la musique ori­gi­nelle, tout lec­teur qui se plonge dans l’essai de Maulpoix doit se faire à l’évidence, celui-ci n’écrit pas d’abord avec sa main ou avec son esprit, mais comme un com­po­si­teur, avec son oreille. Il guette d’ailleurs ses auteurs fétiches comme un musi­cien, doué d’une forme d’oreille d’absolue qui l’autorise à entendre des voix fluettes, chu­cho­tantes, pro­fon­dé­ment oni­riques comme les voix les plus toni­truantes, tapa­geuses ou écla­tantes de dési­rs,  toutes celles  qui révèlent sous une musique l’hors-commun du lan­gage.

    Voilà pour­quoi, Maulpoix débusque l’élément vocal dans l’usage que les écri­vains peuvent faire de la langue, les mots qui sont ici pro­non­cés aiment la masse des voix, ces voix qui créent un sen­ti­ment d’une inso­luble étran­ge­té parce que celles-ci nous viennent de l’au-delà, non du royaume des morts, mais d’un au-delà de nous-même, du fin fond d’une musique anté­rieure à tout lan­gage, et l’auteur cherche à retrou­ver ce stade de l’ouïr spé­cu­laire qui fonc­tionne comme une entre­prise de désub­jec­ti­va­tion ; par consé­quent, le cri­tique s’essaye sur la musique d’autrui afin de se décou­vrir mul­tiple, pour exhu­mer en lui, à chaque lec­ture, de nou­velles voix, ce son étant lui-même un rêve qui fait venir dans le corps d’autres corps que le sien. En fait, pour Maulpoix, l’écriture poé­tique est fas­ci­nante et périlleuse parce qu’elle est du lan­gage fait corps, de la voix incor­po­rée ou plu­tôt incar­née. Faire ain­si par­ler la musique, c’est faire par­ler l’oreille, c’est s’approprier un silence mis en mots. Pour toutes ces rai­sons, le poète-cri­tique recherche et reven­dique le modèle d’écrivains-musiciens, ses seuls véri­tables men­tors. Il cherche dans les mots de tel ou tel un sub­sti­tut de la voix humaine, mais si les musi­ciens dési­rent s’affranchir de la voix bri­sée par la mue dans le chant et la voix de basse, les poètes, eux, s’enracinent dans la déchi­rure du lan­gage. En ce sens, l’évocation inau­gu­rale « du blanc sur blanc » n’est donc pas inno­cente, elle dit l’impérieuse néces­si­té d’affûter le lan­gage pour lui confé­rer le pou­voir envoû­tant d’une musique, pour être à même de dire et pour accé­der au pou­voir de nom­mer. Il faut se taire, refu­ser de par­ler, accep­ter d’écouter afin de per­ce­voir les conver­sa­tions qui lézardent le silence et rede­ve­nir un Infans :  « je rêve par­fois d’une écri­ture autre ( …) une écri­ture de pas sur la neige, traces à peine, blanc sur blanc, et qu’aurait lais­sée, plu­tôt que le labeur des signes, la course légère ou le pas­sage pesant d’un corps, sa pré­ci­pi­ta­tion enfan­tine ou sa vieille fatigue, comme dans un lit d’empreinte de son insom­nie ou de son som­meil et celle, plus invi­sible encore, de ses rêves  » (p13) .

N’a-t-on pas sou­vent écrit que la com­po­si­tion de la musique et que l’attrait qu’elle exerce repo­saient pour une part sur la quête sans terme au fond de soi d’une voix per­due, voire d’un songe ? En défi­ni­tive, Maulpoix parle peu, dépla­çant l’harmonie de ses mots dans ceux d’autrui, d’abord parce qu’il sait que le lan­gage n’a rien de natu­rel et que la perte le guette, et parce qu’échanger, c’est bien sou­vent apprendre à se taire. Si c’est autant sa voix pen­sante que sa voix par­lante qu’on entend dans ce sin­gu­lier essai, il fau­dra se conten­ter de déchif­frer comme on déchiffre la musique, et même si l’écrivain com­pose ses cadres, éclaire ses espaces, mai­trise son décou­page avec une ins­pi­ra­tion constante, qui l’autorise à tous les excès for­mels du frag­ment, jamais la poly­pho­nie à l’œuvre ne nuit à la net­te­té du pro­pos. En effet, les images qu’il nous montre, les rup­tures de tons qu’il sait orches­trer, les chan­ge­ments de points de vue qu’il nous pro­pose, sans jamais contre­dire l’unité de sa réflexion, sont en pleine har­mo­nie avec le thème prin­ci­pal qu’il déve­loppe. Le jeu de pistes se pour­suit jusqu’à l’infini, l’œuvre musi­cale reste pro­fon­dé­ment énig­ma­tique tout en affi­chant son aveu­glante clar­té, l’émotion pro­fonde que cet essai sus­cite n’étant pas étran­ger au para­doxe du lyrisme dont Maulpoix sait fait porte-voix ; sou­li­gnons éga­le­ment la sim­pli­ci­té avec laquelle tant de beau­té nous est pré­sen­tée, le Poète, par un ingé­nieux sys­tème d’échos et de ren­vois, de clés musi­cales, boucle toutes ses boucles…..jusqu’à la voix des pro­fon­deurs, celle des ori­gines. Transparait davan­tage alors une Sensibilité qui laisse jaillir une musique, nous pla­çant au cœur de l’être, à l’intérieur de cette mem­brane pourpre qui méta­pho­rise l’âme des écri­vains : « Le poète, volon­tiers, parle tout seul. Il s’adresse aux arbres, aux morts, aux dieux. Autant dire à per­sonne. (…). Il est avant tout une voix. Tel Orphée, une « belle voix ». (p69)

    Maulpoix dévoile ain­si le monde inté­rieur de ces poètes ani­més par la musique qui hante leurs mots comme une veine fan­tas­tique dans laquelle la vie se dédouble, dans un art qui lui-même bou­le­verse l’existence, trans­forme les dis­cours en ombres, en esprits, en spectres. Le fan­tôme que porte en eux les poètes nait de cette musique incon­nue, il appa­rait comme une ombre chi­noise, comme si une voix off tenue par un ins­tru­ment se sub­sti­tuait aus­si bien à leurs corps qu’au corps des mots, ces cor­res­pon­dances font des textes cités, le pré-texte et l’objet d’une séduc­tion atem­po­relle. Il s’agit d’une façon de réins­crire dans le pré­sent une parole ori­gi­nelle, de marier l’illustre et le minus­cule, de voya­ger dans des contrées ensom­meillées du sou­ve­nir, celles des eaux de l’endormissement et du rêve, celles qui font du poète un regard qui se remé­more et qui voit s’épanouir un poème dans l’eau trou­blée de ses songes. Cette musique seule per­met aus­si l’entrelacement de sou­ve­nirs de lec­tures et de sou­ve­nirs intimes, l’attachement de mots et mer­veilles, rapa­triant l’invisible dans le visible, le loin­tain dans le proche et le pro­fond à la sur­face ; l’essai relève à son tour d’une alchi­mie sans acces­soire, il suf­fit de prendre conscience de la fécon­di­té des ana­lo­gies ou des secrètes cor­res­pon­dances qui unissent la musique et l’écriture pour que les tour­billons de la res­sem­blance nous entrainent dans le double fond de la Mémoire.

 

    La voix de Maulpoix est, à l’instar de Baudelaire, « la  voix affai­blie d’un  bles­sé qu’on oublie (…) une voix qui ne s’impose pas mais qui implore, éga­rée au milieu de voix rêveuses (…) , elle ne peut que rêver de loin à la musique, art suprême qui « creuse le ciel », comme à un para­dis per­du » (p 61) ; elle est une voix frag­men­taire dans une vaste mer, cher­chant à tra­vers la nuit des éclats de lumière, une mélo­die par vagues, vague écra­sante et vague à l’âme, qui, en s’emballant, s’échoue autant en points d’interrogations que de sus­pen­sion. Le Chant impos­sible reprend, dès lors, sa fonc­tion pre­mière, celui d’une musique qui ne prend forme que dans la perte. C’est cette jonc­tion d’Eros et de Thanatos qu’il faut com­prendre au sein des textes, ce pou­voir à la fois de créa­tion et de per­di­tion mor­ti­fère que l’œuvre pose à chaque cha­pitre. Maulpoix veut remon­ter à la source de l’art musi­cal, voir ce qui se joue dedans, ce qui s’y cache, ce qui nous y attire, on retrouve là une véri­table figure orphique, un rap­pel de la perte, et l’auteur rap­pelle alors que la  musique est véri­ta­ble­ment ce qui retranche du lan­gage et « ouvre en fin de compte au désir de vivre et de mou­rir » (p 80).  C’est pour­quoi l’origine de la musique peut aller plus loin que l’origine du lan­gage, parce qu’elle lui pré­existe et qu’elle est, dans l’écriture poé­tique, ce que l’on pour­rait nom­mer une  « nudi­té sonore », ce qui reste caché au fond des mots, comme quelques sons et quelques gémis­se­ments plus anciens, en un charme enfin retrou­vé,  un  « souffle autour du rien ». (Blanchot, p 86)

 

 La parole s’appartient enfin chez Maulpoix quand la touche enfon­cée du sou­ve­nir se remet à vibrer, ce qui d’un sens peut pas­ser dans un autre, ou encore ce qui nous emporte dans le ver­tige d’un chant inves­ti de dési­rs ou dans une parole iro­nique qui dis­sipe les illu­sions, en don­nant à voir le déploie­ment de l’imaginaire à par­tir du réel, en mon­trant toute l’étrangeté du fami­lier, en ouvrant la porte des chambres inter­dites. En effet, si cet essai s’efforce de cla­ri­fier la paren­té du geste musi­cal et du geste poé­tique, il ques­tionne éga­le­ment dans la pro­fon­deur des traces les rela­tions res­pec­tives qu’entretient l’art musi­cal avec le lan­gage oral et avec l’écriture plu­rielle. Voilà l’ultime clé du rap­pel musi­cal que la réflexion éclair­cit promp­te­ment, en une cen­taine de pages : la musique ren­voie aux pre­miers per­cepts audi­tifs qui nous affectent alors même que nous ne sommes pas encore au monde, elle ramène à la sur­face de l’affect l’écho d’un vécu oublié pour­tant inou­bliable, elle désigne enfin la place d’une perte que nous ne fai­sons que taire. Ainsi conçue la musique est liée à l’histoire de la voix, du lan­gage en nous, à toute l’histoire du sujet dans ses muta­tions, dans ses « mues » suc­ces­sives, maté­ria­li­sant l’absence et com­mé­mo­rant le per­du. En même temps, si la Voix évoque un son élé­giaque ou fra­cas­sant parce qu’il est appel au silence, les poètes ne se méprennent-ils sur leur propre silence ? Le cri­tique cherche jus­te­ment à héler jusque dans ce silence une voix qui pré­cède, une voix le plus sou­vent morte, mais tou­jours signi­fiante ; les poètes, et Maulpoix avec ou à tra­vers eux, cherchent à se déprendre de la « voix-loi », de la voix du logos qui double toute parole, les livres de Maulpoix, parus à ce jour, attes­tant d’ailleurs que la seule corde de rap­pel pos­sible n’est jamais qu’une corde de langue à laquelle la musique donne voix, tous ses textes étant d’une sublime redon­dance, comme l’éternel retour d’une Présence. De même que toute musique cache un son étouf­fé, l’écriture de Maulpoix ramène et pro­tège la source natu­relle, la nuit pri­mi­tive, la part obs­cure et archaïque, le réel dans son inac­ces­si­bi­li­té, comme l’indique le che­mi­ne­ment de la rêve­rie ori­gi­nale de cet ouvrage. Effectivement, sans le sens impli­cite du son musi­cal, sans sa lamen­ta­tion ou son illu­mi­na­tion du per­du, sans la convo­ca­tion qua­si immé­diate de l’ici mys­té­rieux, sans l’émotion de la Mémoire, l’écriture poé­tique n’aurait peut-être pas trou­vé autant de réso­nances infi­nies ; Maulpoix, nous l’avons déjà sou­li­gné, tra­vaille à l’oreille, dans l’extrême silence, une très fine oreille sans volon­té arrê­tée, sans pré­sup­po­sé idéo­lo­gique, sans autre thèse que tou­cher, sans autre espoir que rete­nir l’attention.

 

   C’est donc un livre étrange où plu­sieurs voix coha­bitent en sur­im­pres­sion, pour ne pas dire en super­po­si­tion, un livre où l’empilement des textes n’est pas une inter­pré­ta­tion unique plus ou moins obs­cure, mais au contraire, une sorte de « démem­bre­ment », l’écriture s’écoutant en mille autres langue, langues qui par­fois se contre­disent, jouent, s’égarent, choi­sissent, riment ou chantent, en défi­ni­tive, révèlent cette incon­nue qui hante l’essai. C’est la leçon de cette lec­ture-écri­ture, peu importe le fond, il est acquis, il est enten­du, peu importe aus­si l’aboutissement, le tra­vail à l’œuvre ici est d’ordre poé­tique, la réflexion ne pas­sant pas, mais lais­sant pas­ser. L’objet du poète est-il de confi­ner à l’ineffable ? À l’indicible ? Aux cris, aux vio­lentes déchi­rures des voix ? Aux souffles, aux bruits et mur­mures des âmes ? Pas for­cé­ment. Plutôt à la bou­chée bée, au nuage de fumée qui l’hiver se fige dans l’air, un champ pour du non-mot, un espace déli­mi­té pour le vide : une pré­sence de l’Absence. Alors quel uni­vers de pro­fu­sion se déploie sous nos yeux ? Quelle musique résonne sur la page ? Celle d’une écri­ture propre à s’élancer dans les pro­fon­deurs musi­cales des choses lues, dans leurs inces­santes méta­mor­phoses et ce qu’elles donnent à entendre. Maulpoix convoque des poètes pour qui le texte, ten­du et intem­po­rel, fait bruire la déses­pé­rance comme l’espérance : « La plume qui écrit est une espèce de flûte qui appri­voise un peu le monde. Et c’est ain­si seule­ment que mou­rir peut être sup­por­table… » (p 102)

    En somme, qui­conque se penche sur cette œuvre, se doit de prê­ter l’oreille pour entendre mais aus­si être à l’écoute afin de mieux sai­sir les vibra­tions de l’être. Et si poser la ques­tion de l’inconnue n’est pas y répondre en tota­li­té, c’est déjà com­prendre la com­plexi­té que pose l’écriture poé­tique toute entière. En ce sens Maulpoix pro­pose, sans doute, la plus belle illus­tra­tion à ses recherches, quand l’essai prend les contours d’une par­ti­tion, la réflexion poé­tique appli­quant ce qui lie mots et musiques en une Voix étran­gère. L’œuvre que pro­pose l’essayiste pose d’emblée un mys­tère et y répond seule­ment en par­tie, à tra­vers l’exemple réin­ven­té de la quête des ori­gines jusqu’au lyrisme expli­ca­tif qui en épouse la forme, rap­pe­lant avant tout avec force et sub­ti­li­té qu’ « Il y a de la musique dans le sou­pir du roseau ; il y a de la musique dans le bouillon­ne­ment du ruis­seau ; Il y a de la musique en toutes choses ». (Lord Byron). Les écrits de Maulpoix donnent réel­le­ment à entendre une parole poé­tique à la fois dila­tée et ellip­tique, inner­vée par un ton et une voix unique, loin­taine et offerte, une voix qui trans­forme une lec­ture en expé­rience audi­tive, le point de départ et d’arrivée de l’essai étant une into­na­tion à trou­ver autant qu’un silence à déli­vrer. L’espace lit­té­raire de Maulpoix est rem­pli de cette voix, espace com­pa­rable à une chambre d’écho où la lit­té­ra­ture s’écouterait, tou­chant lon­gue­ment l’oreille interne et l’esprit du lec­teur. L’écrivain incarne aus­si les mul­tiples voix citées, elles prennent chair en lui, elles reten­tissent à tra­vers sa main, laquelle devient un ins­tru­ment de musique à la mélo­pée entê­tante. Et même si la poé­sie n’est par­fois qu’un filet de voix dans le tumulte du monde, il faut saluer ceux qui, comme Maulpoix, entre­tiennent encore cet invi­sible foyer de dou­ceur amère, ceux qui suivent en mots « la belle incon­nue qui s’éloigne », ceux qui enfin nour­rissent tou­jours ce phra­sé énig­ma­tique et fas­ci­nant dont le secret échappe mais dont la magie reste. 

 

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