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La nuit aiguisée (fragments)

Par | 2018-02-24T06:52:00+00:00 14 avril 2013|Catégories : Blog|

 

 

La nuit est entrée
mais qui donc vient avec elle
pro­lon­ger encore la folie des jours et poser d'autres oiseaux noirs sur nos fronts ?
 

La porte du bon­heur
aigu et concen­tré de joie se referme
 

Vois-tu
on mas­sacre nos rêves 
 

Car voi­ci la sai­son des bombes
on les igno­rait dans leurs casernes
elles sont main­te­nant deve­nues les visi­teuses
de chaque regard d'enfant
chaque soir 
 

Vois-tu
on mas­sacre nos rêves 
 

La nuit est entrée
Mais qui encombre nos jours
ter­nit notre lumière ?
 

Cauchemar effrayant
ven­trus
ils arrivent du fond des sou­ve­nirs
et leurs voix mettent déjà dans mon silence
des fré­mis­se­ments
 

Il faut que j'écarte ces intrus
qui me forcent à retour­ner sur mes pas
 

Mutilé  
je guette
 

Ils reviennent
et la cloche du mariage
ne
sonne
plus
 

Vois-tu
on mas­sacre nos rêves 
 

Quel mot
quel poème pour qua­li­fier la bar­ba­rie répé­ti­tive qui s’essouffle dans la vul­ga­ri­té de la rue ?
 

Ils reviennent
raides
sous leurs habits
sur le
pays de tous les
ponts
 

Ils reviennent
ils reviennent en ran­gées
d'arrogance en gar­ni­sons de frayeurs
de fureurs
en stri­dences du monde
pour nous frois­ser les tym­pans
 

Vois-tu
on mas­sacre nos rêves 
 

Ils reviennent
ivres de haine
sans

visages

sans
….
insul­ter nos morts

 

Ils arrivent
affluant de par­tout
les masques de l’épouvante
ils poussent et en ce monde
ils marchent
comme de vul­gaires hélices
pour ne pas tom­ber
 

Vois-tu
on mas­sacre nos rêves 
 

Ils arrivent
larguent à haute alti­tude
tirent à bout por­tant
et je per­çois dans leurs nuits
les clai­rons de la déroute
qui font mon­ter jusqu'à mes oreilles
les hur­le­ments de chiens car­nas­siers
 

Vois-tu
on mas­sacre nos rêves
 

Ils reviennent
ils arrivent de par­tout le
ciel est plein
d'eux la
mer et le

désert et dans leurs
poches que de morts à pro­pa­ger 
 

Vois-tu
on mas­sacre nos rêves 
 

Ils se massent
et leurs car­gos se confondent
avec les vagues monstres des sables
dans leurs danses mor­tuaires
 

Ils avancent
avancent vers le large qui se retire
ils viennent de par­tout
rugis­sant
la rage colos­sale au regard
le masque anthro­po­morphe
allure ter­ri­fiante
 

Vois-tu
on mas­sacre nos rêves 
 

Ils reviennent
avec les machines à déci­mer
et sur leurs visages
rien
pas même un
regard
ou un sen­ti­ment
mur
où l’on ne per­çoit pas même
ce sou­lè­ve­ment faible de la poi­trine
 

Vois-tu
on mas­sacre nos rêves 
 

Ils arrivent
marchent
dans le pays
d'Enuma Elish
pour quelques poi­gnées de dol­lars
s'essuient les pattes sur le sable
exposent leurs obs­cé­ni­tés
devant les corps
nus des pri­son­niers de droit com­mun
se laissent aller à toutes les per­ver­sions et même
ils croient encore que les pierres
des­sinent leurs propres formes 
 

Vois-tu
on mas­sacre nos rêves