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LA NUIT MOLESKINE

Par |2018-08-14T10:30:09+00:00 3 septembre 2012|Catégories : Blog|

 

                      à Yves Martin

 

Paris
La nuit du soli­taire
Dont le regard
Brûle des images de femmes qu’il n’aura jamais

Sa car­casse est trop grande
« Il est énorme pour qu’on ne le remarque pas
Cette chose, c’est moi.
Je n’ai plus qu’un mini­mum de visage » dit-il

Paris
La nuit du soli­taire
Son regard pos­sède déjà tout l’espace
Le café coule dans la Seine
Les aca­cias ont des jambes en tabac blond
Le réel n’a plus rien à dire
Et joue aux cartes avec la pluie
Un bal musette en poche

Paris
La nuit du soli­taire
Le bruit de son pas est rond comme la valse des jours
Entraîne des hiron­delles dans son sillage
Vers la rue Frochot
Et ses petits bars de soli­tudes pre­mières

Du côté de Pigalle
La véri­té
Se des­sine sur les pau­pières des nau­fra­gés
Le bis­trot a les yeux mouillés de rhum agri­cole
La neige a un goût d’anis

Paris
La nuit du soli­taire
La mer tré­buche dans l’escalier
Le vin n’est pas plus ivre que lui
Et sa démarche de manilleur du vieux port

Paris pol­len des pas per­dus
Les escales de l’oubli
Sont ses sou­ve­nirs
Parfumés de quetsches et de mira­belles
Que le ciel fume contre un réver­bère

Sur les quais ima­gi­naires
Les loco­mo­tives flambent des champs de glaïeuls

Dehors
Les couples sont des nuages comes­tibles
La poé­sie apprête le comp­toir et boit son vin
Les pla­tanes ont des yeux invi­sibles

Paris
La nuit du soli­taire

Parier sur le déses­poir cru
Passer la tête par-des­sus les étoiles
Charger son regard comme un appa­reil Kodak
Pendre les mots dans les étals du soir
Gifler le vent rue de la Grande Truanderie

La poé­sie cui­sine la pluie
Le beau­jo­lais se met à rire

Le soli­taire s’enfonce dans la nuit moles­kine
Et les comètes dis­pa­raissent dans ses manches.

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