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La révolte des atomes

Par | 2018-02-23T23:22:21+00:00 22 décembre 2012|Catégories : Blog|

 

(extraits)

 

Tous les atomes du monde exigent la liber­té.
Je vous conjure, masses pres­sées qui embras­sez la terre,
alliance des tem­pêtes, toi le feu ! vous les eaux ! et vous tous
   les atomes
inté­grés dans les forces ten­dues ou dans la crois­sance de la vie,
et vous tous, élé­ments de lumière et de son, et vos alliés
océans super­po­sés d’atomes… Je vous en prie : ayez pitié de
   notre globe.
De même je conjure la peste et la guerre et la femme
(tous les atomes du monde exigent la liber­té)
tous ceux qui peuvent nuire à notre vie ter­restre : d’avoir pitié
du globe.

Cette pla­nète à la croûte autre­fois si épaisse, engour­die de
som­meil et sourde
emplie de marais par­fu­més, la tête lourde et bien­heu­reuse,
la jour­née durait une semaine, le mois traî­nait comme une
année
et tous les gens avaient du temps, pour­tant les pares­seux arri­vaient les der­niers.
Tout se trans­met plus vite à pré­sent et le rythme en est per­tur­bé,
un réseau vivant de paroles peut sans fil enser­rer notre sphère :
ce que l’homme d’Etat bri­tan­nique pro­nonce dans son par­le­ment
par­vient aux villes d’Australie avant d’avoir atteint la salle.
Notre pla­nète devient sen­sible, mince comme la bulle sur le point d’éclater.
J’ai peur qu’un jour elle ne s’éteigne, sur une seule parole magique,
for­mule de chi­mie qui expri­me­rait l’eau, un gaz, une matière
incon­nue, à la puis­sance indes­crip­tible, comme une divi­ni­té.
Hélas, c’est la for­mule des for­mules ! Prends garde à ce que tu vois dans tes rets !
Je conjure tout ani­mal, tout atome, de ne pas pro­vo­quer la terre :
le ser­pent qui sédui­sit Eve, le cor­beau qui retint Elie,
l’aigle aux aguets des airs, les lions dans leurs cavernes,
la fleur de lotus sur le Gange, et l’éléphant, bon­heur de l’Inde,
por­tant Bouddha si ten­dre­ment, comme l’eau un lotus mer­veilleux,
le cha­meau du désert, vais­seau de l’Arabie qui por­ta le Prophète,
l’âne qui sur son dos en Egypte por­ta la mère de Dieu et son fils
et le pou­lain sous les pal­miers, empor­tant le petit Messie,
(cour­siers peu impo­sants, c’est vrai… oui, mais qui ravissent le cœur).

 

Enfin je demande grâce à l’Agneau de Pâques, au pois­son
Pour qu’ils ne dénoncent pas notre globe trop haut, auprès de Dieu,
avant que nous n’ayons trou­vé la voie et prou­vé notre volon­té :
il pour­rait le brû­ler ou bien le reti­rer tout à fait du sys­tème.

Tous les atomes du monde exigent la liber­té,
toutes les nations veulent se battre, tous les alliés se sépa­rer.
et moi, atome sous le soleil, j’en appelle aux terres et aux
vagues.
Arbres, pierres, métaux, oiseaux, êtres qui res­pi­rez,
cou­rants au fond des mers et feu au sein des monts :
Si notre étoile peut se sau­ver, faites que nous nous abs­te­nions
   de lui nuire.