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La théophanie printanière

Par | 2018-05-24T02:02:41+00:00 31 mai 2014|Catégories : Blog|

 

Je recon­nais chez toi les symp­tômes de la faim :
des mots tièdes des ten­ta­cules mous
(comme la salive malade comme l'empreinte d'un escar­got)
arpentent ma peau
Je recon­nais chez toi les symp­tômes de la faim

(Mon Dieu ! humi­liants pour­ris­sants sont tes miracles à l’envers
Reconnais-le : je ne les ai pas men­diés je n’ai pas prié
Dans la cap­sule du sang j’ai tour­né sur moi-même comme dans le pla­cen­ta mater­nel
Je déclare : le déses­poir en plein som­meil le déses­poir en rêve
c’est tou­jours du déses­poir : j’ai fait autant de cau­che­mars que pos­sible ;
les dépôts sous­cons­cients
les larmes noc­turnes les fœtus expul­sés
jaillissent immondes rentrent dans les mots
J’en ai eu assez
j’ai prié pour ma mort ici-bas
Tu m’envoies
sans que je le demande
des mer­veilles péri­phé­riques
ton salut gro­tesque tes signes à rebours) 

Je recon­nais chez toi les symp­tômes de la faim ;
j’admire ta den­ture – car­nas­sière
Toi – père toté­mique – tu avales tes fils sur l’herbe verte
Moi je dresse des bar­ri­cades – pau­pières mains moites
Je pres­sens chez toi les symp­tômes de la faim :
je me désha­bille m’endors
dans l’herbe fleu­rie sous l’herbe noc­turne

 

 

Biobibliographie et tra­duc­tion © Linda Maria Baros

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