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La Tour brisée

Par |2018-08-18T22:41:00+00:00 28 juin 2012|Catégories : Blog|

 

La corde d’une cloche qui sai­sit Dieu dès l’aube
M’envoie, comme si j’avais lais­sé des­cendre le glas
D’un jour accom­pli – fou­ler les pelouses de la cathé­drale
Depuis la trappe au cru­ci­fix, les pieds gla­cés sur les marches de l’enfer.

N’as-tu pas enten­du, n’as-tu pas remar­qué ces légions
D’ombres dans le clo­cher, ces ombres dont les épaules secouent
Des carillons d’antiphonaires mis en marche avant que
Les étoiles ne soient prises et mas­sées dans le rai du soleil ?

Les cloches, j’ai dit, les cloches brisent leur propre bef­froi ;
Puis elles vont je ne sais où. Leurs bat­tants gravent
La mem­brane des­sous la moelle, ma par­ti­tion de silences rom­pus
Si long­temps dis­per­sée… Moi leur diacre, moi leur esclave !

Des ran­gées d’encycliques ovales bouchent
L’impasse avec des chœurs. Tumulus de voix super­po­sées !
Des pagodes, des cam­pa­niles sonnent le réveil –
Ô les échos joux­tés qui se pros­ternent sur la plaine ! …

Ainsi c’est bien moi qui entrai dans ce monde recru
Pour suivre le cor­tège chi­mé­rique de l’amour, sa voix
Suspendue dans le vent (j’ignore où elle se ruait)
Et pour défendre, un temps, cha­cun de mes choix sans len­de­main.

J’ai répan­du ma parole. Etait-elle cou­sine, était-elle au dia­pa­son ?
De ce monarque, de ce juge de l’espace
Dont la cuisse aguer­rit la terre et frappe un Verbe cris­tal­lin
Sur les plaies pro­mises à l’espoir – offertes à la détresse ?

Les pro­gres­sions de mon sang m’ont lais­sé
Sans réponse (le sang peut-il garan­tir une si noble tour
De même qu’il énonce la vraie ques­tion ?) – à moins que ce ne soit Elle
Dont la tendre mor­ta­li­té remue les forces latentes ? –

Elle dont j’écoute le pouls, en comp­tant les pal­pi­ta­tions
Que mes veines rap­pellent et décuplent, et où je per­çois
L’angelus des guerres, solide et réta­bli que ma poi­trine évoque :
Ce que je pos­sède a gué­ri, ori­gi­nal et pur désor­mais…

Et elle construit, aux tré­fonds, une tour non pas de pierre
(La pierre ne ceint pas le ciel) – mais de
Gravier – les ailes visibles d’un silence
Disséminé en cercles d’azur déploient en dur­cis­sant

Du cœur la matrice en plon­geant, puis posant l’œil
Qui révère le lac tran­quille, et gonfle une autre tour…
Le spa­cieux, le très long déco­rum de ce ciel
Entrouvre sa terre et sou­lève l’amour en ses averses.

 

                                    (tra­duc­tion François Tétreau)

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