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LAISSE

Par |2018-11-17T10:21:34+00:00 9 septembre 2012|Catégories : Blog|

[extrait]

Laisse opère une sorte d'enfermement archi­tec­tu­ral qui se mani­feste sous la forme d'un bloc de texte conti­nu de bout en bout. Si l'une des fonc­tions actives de ce récit est la com­pres­sion, il s'agit de la com­pres­sion non seule­ment d'un corps dans un lieu contrô­lé, mais des espaces pos­sibles dont ce même corps est impres­sion­né, et sur lequel les pres­sions de la vio­lence his­to­rique et les catas­trophes qui lui sont reliées se pré­ci­pitent. C'est cette chose qui est res­pon­sable qui se détache du texte, fai­sant sa propre impres­sion dans les lieux atte­nants. À la limite, la pièce est finie. Mais ce qui entre, à tra­vers le corps de la voix par­lante, oriente la pen­sée hors de ses confins vers une conscience exa­cer­bée de brèches infi­nies. Il ne s'agit nul­le­ment d'un seuil : mais d'une col­li­sion réité­rée qui dément la pos­si­bi­li­té de la situa­tion.

Autrement dit : il y a une pièce, et il y a une guerre.

 

[…]

… Ce n’est qu’une ima­gi­na­tion… Les toi­tures crèvent le ciel… Il accroche les che­mi­nées… Je pense à une archi­tec­ture invi­sible… Le haut lieu du bâti­ment… Sa dis­si­mu­la­tion… L’œil gauche embrume et déforme… Un cercle noir est visible au nom­bril… La mala­die dur­cit la couche infé­rieure… J’y vais… Les pre­miers jours il y a un espoir fou… Une série de petites explo­sions… Ils se pro­pagent de l’intérieur… La lumière est faible et les organes se rai­dissent et prennent la forme de petits cailloux… La fra­gi­li­té en fait une plus grande beau­té… Les vitraux éclatent en de petites par­ti­cules… Une charge d’infidélités… J’y vais… Le son monte des planches… Une mèche en crin de che­val tirée sur une corde ten­due… L’effort exi­gé… Arracher un son à une gorge de bois… Les fenêtres d’un vil­lage entier ont été condam­nées… Et les mai­sons embal­lées de plas­tique… Je tra­verse le vil­lage et tire le ciel à moi afin de m’en recou­vrir… Nous recu­lons devant cette absence… Le sou­pir de la terre meur­trie sous nos pieds… Les bars sont tout de même com­blés de bagar­reurs… Je ne dors pas avant l’aube… C’est plus sûr ain­si… Loin du sang figé dans les tempes… Hindemith ou Rachmaninov… Quel est le nom de la jeune femme entre les murs de la pri­son… Le jar­din n’est pas encore plan­té… Le marais fait signe… Les morts que nous espé­rons… Nous affa­mons les par­ties qui laissent dési­rer… Une convic­tion… Les par­ties des­ti­tuées… Les tai­sons… Quelle est cette chan­son… Une sai­son fer­mée sur le corps d’un chien… Que vais-je errer… Les par­ties affa­mées et dési­rantes… Les énon­cés délais­sés… Nous les avons dits… Que les plai­sirs nous usent… Allez-vous sou­vent… C’est de la simple mou­ton­ne­rie… Les pla­ti­tudes… S’avancer sur le quai… Voilà l’acte le plus simple à accom­plir… Mais y demeu­rer… Tu me dévi­sages… La pro­messe du même cadeau est faite… Que devien­dront les corps… J’ai rom­pu avec tout… Tout rom­pu… Ces quelques choses… Une pierre tur­quoise rame­née du Maroc… Une bague en argent de l’Afghanistan… Un tapis usé jusqu’à la corde… Ma sœur me veut du bien… Le temps des reli­gions est pas­sé… Une croyance quel­conque… Les frères battent les sœurs… Les mères les fils… À la fron­tière le doua­nier demande à voir les papiers… Au nou­veau monde le corps est dési­gné d’une men­tion sup­plé­men­taire… Et leur octroi… Je reçois la per­mis­sion… Comment te l’imagines-tu … L’os cas­sé en deux mor­ceaux dis­tincts… Une frac­ture plus totale… Un membre qui adopte une posi­tion sin­gu­lière… Je défends les filles… Je tire les noms de villes d’un cha­peau… C’est ain­si que je déter­mine la tra­jec­toire… Nous atten­dons… Au bord d’une route… Graviers… Quelle condam­na­tion pour s’être com­por­té… Nous avons dor­mi dans un lit étroit… À pré­sent il y a un sur­plus d’éloges… La preuve est dans le déhan­che­ment des jeunes liber­tins… Et le biais des nou­veaux bâti­ments… Les amants se livrent tous éven­tuel­le­ment au des­po­tisme… Dans le guide cham­pêtre des rémi­nis­cences je trouve un pas­sage consa­cré uni­que­ment à la dévo­tion… La lumière bleue du cré­pus­cule… Tombe sur un flanc expo­sé… Les tour­ments de l’obsolescence… La lan­gueur tur­bu­lente des champs de blé et des hérons pen­chés sur des maré­cages… Les jeunes qui se cisaillent le cœur… Les frot­te­ments… Les bas­tin­gages… Le bouillon­ne­ment… L’histoire est la même croyance en chan­tiers navals et en fel­la­tion… Le tout me pénètre par bégaie­ments… La rai­son est dans l’incrédulité… Ce qui sera lorsque les corps tombent malade… Je ne peux pas à pré­sent… Les symp­tômes sont mani­pu­lés de façon experte… Je touche seule­ment ce qui ne peut pas être tou­ché… La vapeur se dégage du bitume au petit matin… Je recon­nais le matin par la mala­die dans le corps… Les gei­gne­ments m’accrochent… Pourquoi insistes-tu… Il y a sept villes non armées… La pre­mière est aban­don­née… La seconde est muette… La troi­sième est oubliée… Les autres sont une fan­tai­sie… J’ai visi­té cha­cune d’elles et ne conserve rien de ces ren­contres… Les coor­don­nées ont été inven­tées pour de telles cir­cons­tances… Et les séquences de chiffres… Les taux de pla­quettes… Les divi­ni­tés mépri­sées… La bouche imite un seuil… La parole pro­vient de cette inad­ver­tance… Les endroits com­pri­més retour­nés sur eux-mêmes… La nuit il y a des hur­le­ments et le jour ça conti­nue sans s’atténuer… Les déran­ge­ments sont ren­ver­sés… Et les eaux sont engor­gées par tous ces corps… Je vou­drais qu’on me démente… Je suis les empreintes lais­sées par les sabots des poneys sau­vages dans le bour­bier d’ajoncs en décembre… Quelle est la dis­tance d’ici à la porte… D’ici à n’importe quel lieu… Il y a un fris­son dans les murs qui se trans­forme en res­pi­ra­tion… Est-ce de l’argile ou du grès… Tu pré­fères que rien ne soit divul­gué… Enfoncé dans la peau par une déchi­rure mais tout de suite recou­sue et recou­vert… Sans réfé­rence… Les par­ties consti­tu­tives d’une toi­ture sont sédui­santes… La che­mi­née ou le papier gou­dron­né… Parapet… Tour d’eau ou tuiles… Avant toit… Girouette… Les para­mètres qui démarquent l’espace entre le rail et rien… Dérive… Les sépa­ra­tions sont illu­soires et navi­gables à pied… Qui s’envolera et qui se lève­ra… Que l’amant m’ait fait pen­ser à la mer… Que la langue man­quante soit deve­nue la pre­mière rai­son pour la dis­pa­ri­tion… Que le corps ait dis­pa­ru dans la marque qu’il s’est faite… Que le bat­te­ment ne m’ait pas réveillé mais ait pour­sui­vi son bat­te­ment… Que la sin­gu­la­ri­té ait été théo­lo­gi­que­ment dou­teuse… Et le ron­fle­ment érein­tant… Que le texte ait bri­sé sans accu­sa­tion… Les par­ties écla­tées retrou­vées et ras­sem­blées… C’est sans cir­cons­tance… Ce que tu fais de la folie de l’écart… Je n’ai pas peur de ce qui est délié mais de ce qui relie… Les lam­beaux de gaze se détachent lâche­ment du cadre déchi­ré… Jauni… Le corps s’élance loin de son lieu… Quelle est cette chose que tu dis tou­jours… Pas besoin de le répé­ter… J’ai le texte ici quelque part… Dans une poche ou cou­su à l’intérieur de ma che­mise… Il se résume aisé­ment… La voie est divi­sée… La lettre n’est pas envoyée… Le train ne quitte pas la gare… La rue s’assombrit… Elle se couche décou­verte… La rivière s’élargit… L’homme arrive… L’amant est impuis­sant et sans orne­men­ta­tion… Nous sommes nus pour le moment… Je t’accorde ce seul tour­ment… Les auto­ri­tés les ont sexués et ils sont morts… J’étais le for­ni­quant… Tu as été avi­sé… L’amour… Ce n’est rien… La chose me tri­pote… Ce n’est pas que l’inconstance… Les marches sont numé­ro­tées pas comp­tées… Neuf ou douze sans excep­tion… Elles sont longues comme des années… J’accélère le pas… Ça me colle à la peau… Au désert je l’imagine éplu­ché… Toute une lon­gueur… Dépouillé de sa per­méa­bi­li­té… La pro­messe d’un sens est faite… Je le rejette… Il me rejette le pre­mier… Je n’ai jamais pu sup­por­ter les ins­tru­ments à bois… Les ins­tru­ments à cordes les ren­daient sup­por­tables… Il y a du sang dans les selles dans le museau… Les pou­mons sont per­cés… Je le flatte… La dis­tance est inal­té­rable… Je fais le décompte… L’épanchement… Des théo­ries de syn­chro­nisme sont ins­crites… Dans la biblio­thèque le gar­dien ambu­lant arrache les clients du som­meil… Arrache… Arrache… Balaient les lec­teurs dor­mants dans la rue… Tourbillonnant… Par sim­pli­ci­té les guerres deviennent une guerre… Et elle est décriée… Personne ne quitte les mai­sons… Les rues se vident et c’est une façon d’envisager leur indé­ci­sion… Elle incite des moments d’inhabileté… Le silence non de l’oubli… Les mas­sacres la médio­cri­té… Nous sommes debout d’un côté ou de l’autre… La brû­lure la meur­tris­sure la… Je néglige la bor­dure… Nous sommes debout d’un côté ou de l’autre d’une tra­ver­sée… Du nom­bril à l’aine et mon­tant… Qu’est-ce qui est-ce… La chose explose hors de moi… Ouvert ou fer­mé… Je t’embrasse tout de même… La chose toute puante… Enfoncée dans les planches flé­chies de bois… Une marge qui serait gra­nu­laire… Incrémentiel… Elle est défaite du pilier du champ du… Pas en lam­beaux mais en miettes… Déconstitués et mal rap­pe­lés… Maintenant le corps est un os qui accroche la peau… Même pas ça… Tu insistes pour que ce soit autre­ment…

[…]
 

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