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L’Amant du Vide

Par |2018-08-18T16:52:39+00:00 21 juin 2012|Catégories : Critiques|

Le recueil s’ouvre sur une pré­face dense signée Olivier Germain-Thomas, duquel on a long­temps admi­ré la voix et les dia­logues de son émis­sion For Intérieur, mal­heu­reu­se­ment arrê­tée sur France Culture. Le ren­dez-vous était de haut vol, il manque à nos oreilles et à nos âmes. L’homme poète et voya­geur Germain-Thomas est un fin connais­seur des poé­sies pro­fondes. Comme des liens qui unissent de façon sou­vent voi­lée l’Orient et l’Occident. On les croit éloi­gnés et il suf­fit pour­tant d’une déam­bu­la­tion pour que ce qui paraît épars s’unisse. Olivier Germain-Thomas connaît aus­si très bien l’Inde, pour y être sou­vent allé. Cette Inde qui est au cœur du recueil de poèmes de Pierre Bonnasse. Germain-Thomas rap­pelle com­bien « le rayon­ne­ment spi­ri­tuel de l’Inde aura tou­ché en pro­fon­deur au 20e siècle des écri­vains de langue fran­çaise par­mi les plus intenses ». Et de citer Malraux, Simone Weil, Daumal, Michaux… Il est vrai que L’Amant du Vide est empreint de poé­tique orien­tale et indienne, de chants. L’écriture de Pierre Bonnasse est ici le lieu d’une ren­contre entre orient et occi­dent, entre tra­di­tions indiennes et euro­péennes. On aura sans doute le sen­ti­ment de lire une poé­sie venue de l’Inde inté­rieure, à juste rai­son, mais il ne faut pas s’y trom­per, cette poé­sie est aus­si impré­gnée de tra­di­tion venue d’Europe, du Grand Jeu à la théo­lo­gie néga­tive, en pas­sant par Jean de La Croix. « Nous avons ren­con­tré l’Amour et nous y avons cru » disait ce der­nier. Et en effet, la dis­po­si­tion amou­reuse à rece­voir le Verbe est le point qui réunit le sacré en tous les hommes. Partout. Aux yeux du pré­fa­cier, la mise en situa­tion de l’Occident en rela­tion avec l’Orient n’est pas une vaine entre­prise, elle est même d’importance « en ces temps où une névrose sui­ci­daire conduit l’Occident à renier son mariage avec l’Etre, la culture de l’Inde plus que toute autre peut appor­ter un sti­mu­lant vital ». Le décor est posé :

 

Ruissellement

 

Quand la tête se dépose dans le cœur
Et le cœur dans le corps dépo­sé
Il m’est par­fois don­né
De répondre à l’appel
D’éprouver le goût fugi­tif d’une grâce
Payée d’avance à une Vie
Qui coule à tra­vers moi
Et, venant d’en-Haut,
Me tra­verse, et la tête et le ventre –

Assis sur les marches du miracle
Le ruis­sel­le­ment du seul Soleil
Dissipe la sourde rumeur des larmes
Qui n’en finissent jamais de pleu­rer
Sur les rebords d’un monde au-delà des mots

D’un monde à tou­jours recon­qué­rir
Dans chaque silence
Soufflé par les secondes –

Qui suis-je ?

Ne réponds pas
Vis sim­ple­ment le ver­tige
De voir ton Vrai Visage
Qu’aucune forme ne sau­rait sai­sir
Sans l’abîmer de men­songes –

 

Le recueil est un hymne à la libé­ra­tion de l’homme de lui-même, à ce que cha­cun dénude le masque qu’il est tant qu’il ne regarde pas au-delà des illu­sions. C’est un hymne à l’amour le plus pro­fond, celui qui unit chaque homme avec le réel de lui-même, très au-delà de toute forme de nar­cis­sisme, et ain­si avec le tout autre en tous les autres. Nous sommes ici dans la poé­sie et dans la spi­ri­tua­li­té, et cer­tai­ne­ment, de ce fait, au creux même de ce qu’est en pro­fon­deur la poé­sie. Pierre Bonnasse parle de la déli­vrance dont tout homme est por­teur. D’un au-delà de l’ego et de l’avoir. Et le recueil se ter­mine par l’injonction « Tu es cela ! ».

On est ten­té d’ajouter J’ai dit !

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