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L’Amour en flanant

Par |2018-11-18T22:32:56+00:00 29 décembre 2013|Catégories : Blog|

 

Ce matin en me pro­me­nant au bord du lac
Je suis tom­bé amou­reux d’un roi­te­let
et plus tard dans la jour­née d’une sou­ris
que le chat a dépo­sée sous la table dans la salle à man­ger.

A l’ombre d’un soir en automne
Je suis tom­bé pour une cou­tu­rière
encore assise devant sa machine der­rière la vitrine du tailleur,
et plus tard pour un bol de bouillon,
la vapeur mon­tant en l’air comme de la fumée d’une bataille navale.

Celui-ci est le meilleur genre d’amour, pen­sais-je,
sans récom­pense, sans cadeaux,
ni paroles bles­santes, sans sus­pi­cions,
ni silence au télé­phone.

L’amour du mar­ron,
le béret du musi­cien de jazz et juste une main au volant.

Pas de volup­té, pas de porte cla­quée
l’amour de l’oranger en minia­ture,
la che­mise blanche impec­cable, la douche chaude le soir,
la grande route qui coupe à tra­vers l’étendue de la Floride.

 

Pas d’attente, pas de hau­teur, ni ran­cune-
juste un petit regret de temps en temps

pour le roi­te­let qui avait construit son nid
sur une branche infé­rieure sur­plom­bant la sur­face de l’eau
et pour la sou­ris morte
encore vêtue de son cos­tume brun clair.

Mais mon coeur est tou­jours étayé
dans un champ sur son tré­pied
pré­pa­ré à rece­voir la pro­chaine flèche.

Après avoir trans­por­té la sou­ris sus­pen­due par la queue
à un tas de feuilles dans les bois,
Je me suis retrou­vé devant le lava­bo
en train de regar­der affec­tueu­se­ment la savon­nette,

si patiente et soluble,
si à l’aise sur son pla­teau vert clair,
je pou­vais me sen­tir tom­ber de nou­veau
à la retour­ner dans mes mains mouillées
et à res­pi­rer l’odeur de la lavande et de la pierre.

 

 

Traduction Elizabeth Brunazzi 

 

 

Aimless Love

 

This mor­ning as I wal­ked along the lake­shore,
I fell in love with a wren
and later in the day with a mouse
the cat had drop­ped under the dining room table.

In the sha­dows of an autumn eve­ning,
I fell for a seam­stress
still at her machine in the tailor’s win­dow,
and later for a bowl of broth,
steam rising like smoke from a naval bat­tle.

This is the best kind of love, I thought,
without recom­pense, without gifts,
or unkind words, without sus­pi­cion,
or silence on the tele­phone.

The love of the chest­nut,
the jazz cap and one hand on the wheel.

No lust, no slam of the door
the love of the minia­ture orange tree,
the clean white shirt, the hot eve­ning sho­wer,
the high­way that cuts across Florida.

No wai­ting, no huf­fi­ness, or ran­cor-
just a twinge eve­ry now and then

for the wren who had built her nest
on a low branch ove­rhan­ging the water
and for the dead mouse
still dres­sed in its light brown suit.

But my heart is always prop­ped up
in a field on its tri­pod,
rea­dy for the next arrow.

 

After I car­ried the mouse by the tail
to a pile of leaves in the woods,
I found myself stan­ding at the bathroom sink
gazing down affec­tio­na­te­ly at the soap,

so patient and soluble,
so at home in its pale green soap dish.
I could feel myself fal­ling again
as I felt its tur­ning in my wet hands
and caught the scent of laven­der and stone.

 

From Nine Horses, Random House, 2002
 

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