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L’Atelier contemporain : début de l’aventure

Par |2018-10-18T00:43:48+00:00 29 septembre 2013|Catégories : Blog|

D’emblée, mer­ci à François-Marie Deyrolle de lan­cer cette nou­velle aven­ture et de don­ner à lire une telle revue, belle autant par son fond que par sa forme ; ou plu­tôt de relan­cer, car Deyrolle avait déjà don­né ce titre autre­fois à une belle revue. Belle, et plus que cela : une revue en appe­lant à l’érection du Beau. On dira que dans le domaine de l’art, de la poé­sie et de la lit­té­ra­ture, ce devrait être nor­mal. Sans doute. Est-ce tant que cela le cas par les temps qui courent ? Rien n’est moins cer­tain, même si l’auteur de ces lignes, habi­tué amou­reux de cer­tains lieux, comme la Biennale de l’art contem­po­rain de Lyon par exemple, ne fait pas par­tie de ceux qui, bête­ment de mon point de vue, mettent tout l’art contem­po­rain dans un même sac – comme si tout ce qui se tra­vaille aujourd’hui n’était que ceci ou cela. Non, il y a aus­si force beau­té dans l’art contem­po­rain. Le pro­blème, car pro­blème il y a aus­si, vient sans doute d’ailleurs : du dis­cours por­té sur ce même art, sou­vent ana­ly­ti­co-uni­ver­si­tai­ro-ratio­na­liste ou on ne sait trop quoi, ni du reste com­ment qua­li­fier ce vide de la pen­sée – se pré­ten­dant outra­geu­se­ment pen­sée jus­te­ment. Quand le dis­cours esthé­tique se parle à lui-même, oubliant de par­ler aux gens (et en domaine d’art, ce n’est pas rien les gens) ou plus sim­ple­ment des artistes et œuvres eux-mêmes. Un dis­cours qui parle de lui-même et de son locu­teur englué dans des concepts des­ti­nés à n’être com­pris que par une fri­cas­sée de copains. Est-ce impor­tant ? Non. Il ne reste et ne res­te­ra rien de ce dis­cours insi­pide à peine pro­non­cé ou écrit. Par contre, le temps trie les œuvres et cer­tains ate­liers s’imposent, s’installent. D’une cer­taine manière, l’existence même de la revue L’Atelier contem­po­rain cri­tique cette façon très fran­çaise (la Prétention éri­gée en art de vivre la consom­ma­tion de soi-même par soi-même, et de se vendre comme un com­mer­cial ven­dant un produit/​objet) d’aborder l’art contem­po­rain, et c’est pour­quoi cette revue est une bouf­fée d’air frais qui tombe à pic. Ce sou­ci de faire place au Beau n’est pas que celui de la revue d’ailleurs. Il y a le même sou­ci dans la nais­sance de la mai­son d’édition qui sous le même nom accom­pagne ce pre­mier numé­ro de revue. Deyrolle annonce déjà des titres d’ouvrages signés Emaz, Degroote, Bergounioux ou Claude Louis-Combet, écri­vains qui du reste contri­buent au numé­ro 1 de L’Atelier contem­po­rain et par­fois accom­pagnent l’éditeur de longue date. Tout cela est fort, beau et pro­fond. On sent naître une véri­table aven­ture édi­to­riale et cela fait chaud au cœur.

Une aven­ture revuis­tique et édi­to­riale donc qui se pré­sente en ordre de com­bat avec un dos­sier offen­sif inti­tu­lé « Pourquoi écri­vez-vous sur l’art ? ». On lira ici des contri­bu­tions de Joël Bastard, Jean-Louis Baudry, Pierre Bergounioux, Lionel Bourg, Marcel Cohen, Ludovic Degroote, Claude Dourguin, Jean Frémon, Christian Garcin, Claude Louis-Combet, Eric Pessan, James Sacré, Jean-Claude Schneider, Pierre-Alain Tâche, Frédéric Valabrègue et Franck Venaille. Un beau som­maire, conve­nons-en, pour un dos­sier tout à la fois riche et pro­fond, et c’est bien cela qui compte vrai­ment de notre point de vue ici, au sein de Recours au Poème, la pro­fon­deur. On lira par exemple, par­mi les nom­breux textes de qua­li­té, de ce superbe et pas­sion­nant dos­sier, Jean-Louis Baudry évo­quant « l’enfant aux cerises » et le fait que, pour lui, « La pein­ture avait donc bien la ver­tu de gar­der dans une éter­nelle et mira­cu­leuse sur­vie les per­son­nages qu’elle nous pro­po­sait » ; Marcel Cohen, por­tant féroce et juste cri­tique sur cer­tains aspects de l’art contem­po­rain : « En fin de compte, et quels que soient les moyens uti­li­sés, le pré­cepte qu’énonçait Hermann Broch dans les années trente à pro­pos de l’art tape-à-l’œil et de l’art offi­ciel reste incon­tour­nable. Pour lui, l’art moderne avait réso­lu­ment opté pour le pré­cepte « fais du bon tra­vail » quand l’art anté­rieur pres­cri­vait fais du beau tra­vail. ». Ce rap­pel me remet d’ailleurs en mémoire l’important numé­ro de la revue Contrelittérature paru il y a quelques années et aus­si consa­cré à l’art, un numé­ro dont on ne peut que conseiller la lec­ture ; les très inté­res­santes notes, aus­si, de Ludovic Degroote (« Je ne peux pas écrire l’art ni même sur l’art – je peux écrire sur le tra­vail d’un peintre, d’un artiste, ou plu­tôt à par­tir de son tra­vail, car au fond je ne peux pas me débar­ras­ser de moi lorsque j’écris : mais il n’y a pas d’intention égo­cen­trique : ce n’est pas que je désire aller à moi en pas­sant par lui, mais par quels autres yeux que les miens pour­rais-je regar­der son tra­vail ? ») ; ou encore le texte de Claude Louis-Combet (Cette écri­ture-là serait-elle aus­si sans pour­quoi ?). Lisant cet ensemble, on est frap­pé par une cer­taine cohé­rence : L’Atelier contem­po­rain tra­vaille à por­ter un regard sur des œuvres et des artistes qui élèvent l’âme tout en étant lui-même un lieu éle­vant l’âme. Et cela ne va pas sans l’expression d’un néces­saire esprit cri­tique, ain­si Pierre-Alain Tâche, citant Pontalis, avant d’écrire : « Et, de fait, l’analyse n’intervient jamais dans le temps de la ren­contre ».

Nous serons entiè­re­ment en accord avec ceci. Le face à face avec l’œuvre d’art (visuelle, cho­ré­gra­phique et/​ou poé­tique, de mon point de vue ce sont terres proches) est lieu de ren­contre, ou pas. Tout ce joue ain­si, de la même façon qu’entre humains. Le reste est bavar­dage sans fond.

C’est pour­quoi L’Atelier contem­po­rain en sa deuxième par­tie devient jus­te­ment lieu de ren­contre. La revue nous offre de ren­con­trer quatre artistes, de médi­ter sur de splen­dides repro­duc­tions de leurs œuvres, de les lire aus­si (car­nets sur­tout, poèmes par­fois) et de lire des textes d’écrivains venus à leur ren­contre. On par­ta­ge­ra donc un moment avec des artistes comme Monique Tello, Alexandre Hollan, Ann Loubert et François Dilasser.

La revue L’Atelier contem­po­rain et François-Marie Deyrolle réus­sissent immé­dia­te­ment leur pre­mier pari, en atten­dant la paru­tion des pre­miers volumes de la mai­son d’édition du même nom (voir plus bas) : être ce lieu, à côté et à dis­tance de l’analyse bavarde, qui per­met la ren­contre avec des œuvres. Dans le pay­sage actuel, ce n’est pas rien et c’est loin d’être ano­din.

Une réus­site.   

 

Revue L’Atelier contem­po­rain, n° 1 (datée « été 2013 » mais en librai­ries le 3 octobre).
Chaque numé­ro : 20 euros.
Abonnement, deux numé­ros : 40 euros.
4 bd de Nancy. 67 000 Strasbourg.
Mail de l’éditeur : francois-​marie.​deyrolle@​orange.​fr

Les livres à venir à L'Atelier contem­po­rain :

Poèmes de Jacques Moulin illus­trés par Ann Loubert, A vol d'oiseaux
Récit de Claude Louis-Combet , Suzanne et les croû­tons, paru­tion en novembre 2013
Début 2014 : un récit en vers de Bruno Krebs ("L'Ile blanche"), et deux livres de dia­logues entre écri­vain et plas­ti­cien – l'un unis­sant Yves Bonnefoy et Gérard Titus-Carmel ("Sur ce rivage de sable et d'herbe"), l'autre Jean Dubuffet et Valère Novarina ("Personne n'est à l'intérieur de rien").

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