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L’Atelier de Cézanne

Par |2018-11-19T04:07:07+00:00 23 juin 2017|Catégories : Blog|

tra­duc­tion Marilyne Bertoncini

 

L'ATELIER DE CÉZANNE

 

Cézanne ceci. Cézanne cela. Rue Cézanne est
la rue que Cézanne a gra­vie chaque fois
qu'il pou­vait vers sa vue favo­rite : La Montagne

Sainte Victoire. 60 fois ! 60 fois
il a enduit sa toile de colle de peau
de lapin, de chaux, de blanc de titane.

Il a sablé, cou­vert de ges­so, ver­sé les huiles,
construit des formes géo­mé­triques si pré­cises…
Il ne faut pas perdre un seul coup de pin­ceau,

60 fois (60!) Cézanne était Cézanne,
le même, et pour­tant pas le même, quand cou­leur,
ligne, forme, trans­for­maient l'atmosphère de la Sainte

Victoire. Le pin­ceau de l'artiste et son esprit ordon­naient
au pay­sage de se dres­ser ou se cou­cher, engen­drer
ou cacher, se rendre ou conqué­rir.

L'atelier de Cézanne, du grès ocre,
des volets rouges et un qua­trième mur absent…
un simple vide à tra­vers lequel les ten­sions,

presque théâ­tral, entiè­re­ment vitré,
orien­té nord pour la lumière natu­relle – presque
irréelle pour ins­tal­ler un modèle, un

nu, dans ce sanc­tuaire de ciel bleu
son amour était une mon­tagne qui lui ensei­gnait
à peindre, à être, avant tout, fidèle à la forme,

à ses carac­tè­ris­tiques natu­relles, et puis, avec
le temps, à estom­per ce que c'était, comme si d'abord….
la lumière, la véri­té peuvent  échap­per… L'oeil

que l'amour soit l'amour, puis jamais assez,doit
être vu selon les humeurs, far­dé de rouge, estom­pé,
rêche, deve­nu pro­fond avec des pans de bleu

et vert, orange et brun, rele­vés de
pig­ments au pin­ceau ou au cou­teau.
Par-des­sus tout, selon sa véri­table pers­pec­tive,

les temps super­po­sés, tan­dis que la vision inté­rieure
domi­nait et que cette ado­rable Sainte Victoire…
n'est pas assez ; il faut qu'elle pense aus­si.

 

*

 

 

CEZANNE’S ATELIER
             (Aix-en-Provence, France)

           

Cezanne this. Cezanne that. Rue Cezanne's

the rue Cezanne moun­ted eve­ry day

he could for his cove­ted view : Mont

Sainte Victoire. 60 times ! 60 times
he washed his can­vas in rab­bit-skin
glue, lime dust, tita­nium white.


He san­ded, ges­soed, spread the oils,

built shapes so geo­me­tri­cal­ly pre­cise… 

There must not be a single loose strand,

60 times (60!) Cezanne was Cezanne,
the same, yet not the same, as color, 

line, form trans­for­med the mood of Sainte

Victoire. The artist’s brush and mind made
land­scape sit up or lie down, beget
or with­hold, sur­ren­der or conquer. 


Cezanne's ate­lier, sand­stone ochre,
red shut­te­red, with a mis­sing fourth wall…
a single gap through which the ten­sion,

almost thea­tri­cal, all win­dows,
facing north for natu­ral light – almost

unna­tu­ral to let a model,

a
 nude, into this bethel of blue sky –
his love was a moun­tain that taught him

to paint, to be, first, fai­th­ful to shape,

its natu­ral fea­tures, and then, over
years, to blur what it was, as if first…
the light, the truth can escape… The eye

love were love, then never enough, must
be vie­wed in many moods, rou­ged, smoo­thed,
rou­ghe­ned, dee­pe­ned with panels of blue

and green, orange and brown, heigh­te­ned with
pig­ments from oil-brush or palette-knife.
Above all, given its true pers­pec­tive,

time on time, as the vision within
took over and that love­ly Sainte Victoire…
is not enough ; it needs to think as well.  

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

 

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