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LATITUDE OUEST

Par | 2018-02-22T08:01:02+00:00 13 juin 2014|Catégories : Blog|

 

 

LATITUDE OUEST
        extraits

 

 

1

Devant les rumeurs des oiseaux
quelle est la cou­leur du mur
de vos colères pré­ten­tieuses

Face au vol muet de toutes les cigognes
quel enfer peut se prê­ter au jeu
du rejet antique de tous les savoirs des hommes

Telle une sta­tue d’un bronze figé l’aigle
observe toutes les lumières déchi­rées
du moindre voile rési­gné sur vos pau­pières

Mousses rides rosée lucide pénètrent au cœur
des chairs mieux que le spec­tacle d’une seule per­ruche
libé­rant le signe du renou­veau dans les airs

 

 

 

 

 

 

2

à bras­sées
j’enterrai
des pel­le­tées de nuages
au cœur de cette terre meu­blée
de couards de peurs et de nau­frages
aucune onde de choc
pour l’instant décla­rée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3

en nais­sant en écri­vant
en vivant en écri­vant
en man­geant en écri­vant
en voya­geant en écri­vant
en aimant en écri­vant
en tra­vaillant en écri­vant
en dor­mant en écri­vant

seul ou à plu­sieurs
seul en couple en groupe
seul au milieu des autres
seul sans amis ni frères
seul loin de sa famille incom­plète
seul au mépris de son ombre
seul dans cette quête inhu­maine

avec au cœur sa recette
avec au cœur le désir
avec au cœur l’envie de rede­ve­nir
avec au cœur la patience du tigre
avec au cœur la force des faibles
avec au cœur l’arme du poème
avec au cœur la puis­sance du réel réin­ven­tée

tel est le théo­rème de la fin de la mort des poètes

 

 

 

 

 

4

ven­dus par lots entiers sur les rives crues
sou­vent par leurs frères ou leurs mères
mais non les chefs ne sont jamais des frères

asser­vis dans la force ouvrière pour oublier
le labeur des bras nus des pieds des mains
au ser­vice des maîtres deve­nus sur-humains

trans­for­més en bataillon dans la fraî­cheur du com­bat
au nom d’idéaux éle­vés au béné­fice des puis­sants
quand seuls les patrons en tirent pro­fit immé­dia­te­ment

mis en concur­rence par mil­liers ou au détail
pour construire sur les chaînes
le pro­duit en pur bétail de leur escla­vage

mani­pu­lés en tous temps tous lieux et nations
tout en sachant mais en ne com­pre­nant pas
le fin mot de l’histoire ni le pour­quoi du com­ment

puis reven­dus par lots dans la concur­rence mon­diale déployée
à l’étroit dans l’enfer des cités aux mains de bandes sans foi ni loi
le drame se recons­truit dans la mémoire per­due de ceux qui veulent oublier

les illu­sions finies de la lutte inégale de l’espoir contre le déses­poir

 

 

 

 

 

5

à la mémoire de Joël Fieux

dans la jungle du silence des pluies répètent
leurs gammes sur des feuilles immenses
vagues vertes sur des troncs tam-tam réson­nant
nuits et jours accom­pagnent le silence des hommes
les traces de bottes dans la boue ins­crivent
ces lettres informes pour la pos­té­ri­té
plus loin dans la pluie tonnent échos de mor­tiers
éclairs en rafales de mitrailleuses lourdes
la pluie recou­vri­ra bien­tôt ces traces et l’on sau­ra
que nul ne fait de pri­son­niers
 

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