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L’Autre présence

Par |2018-08-16T04:43:52+00:00 30 octobre 2012|Catégories : Critiques|

un oiseau veille

de l’autre côté du silence

Geneviève Raphanel

 

Cela com­mence Au bord du temps :

 

C’est du haut des toits
que je t’appelle
des tuiles rouges
et les arbres sont invi­sibles
comme si j’étais dans l’arche
et qu’on m’eût ouvert au moins
une porte
pour me lais­ser sor­tir

la porte à la hau­teur
du toit de la mai­son
que je connais

je t’implore en com­pa­gnie
des oiseaux

pas si indif­fé­rents
dans leur vol lourd
si près de moi
que j’ai le détail
d’un œil et d’un bec

Puis ils s’en vont
vire­vol­ter autour du puis
recon­nais­sable mal­gré
cette lumière

enne­mie
qui recèle au lieu d’éclairer

Car enfin
qui ose­rait répondre

car enfin
depuis tou­jours la pénombre
confon­dant les royaumes

Une poé­sie proche des oiseaux, cher­chant l’envol. La Porte. Poésie du sens, du regard por­té sur et par la lumière. Celle du monde. Nous sommes enfer­més dans les plis du temps, le poète le sait et s’interroge sur ces bruits que sont (même) les mots. Il y a cepen­dant L’Autre pré­sence, par­tout et là, fur­tive. Réapparue, puis absente. Geneviève Raphanel porte le poème entre les colonnes du sacré. On entre­voit le visage de Salomon, son temple, et cela se noue dans le lieu authen­tique du poème. De toute poé­sie. La pré­sence, l’inquiétude aus­si, assu­mée, celle de la mort  :

Pas de mémoire non plus dans cette vacui­té sans rives et sans constel­la­tions, jusqu’à l’arrêt implo­ré qu’il est enfin sur le point de rece­voir, alors qu’il croyait le redou­ter.

Une inquié­tude pro­duite par l’insensé de nos « pen­sées » sur la vie. Cette impor­tance ridi­cule que nous nous don­nons, outra­geu­se­ment, quand il n’est que vivre. Qui sommes-nous ? semble deman­der le poète, incons­cients d’être. Nous, les per­son­nages modestes d’un conte écrit à plu­sieurs mains, en des tons divers et suc­ces­sifs. C’est que le nar­ra­teur change de temps à autre, et ain­si la nar­ra­tion :

Qui sommes-nous, disent ces nou­veaux voya­geurs qui se découvrent à eux-mêmes leur propre étran­ge­té, pen­chés sur tel et tel grain de sable aus­si­tôt dis­pa­ru et confon­du avec les autres. Plus d’arbre. Mais le vent libre qui s’en retourne ailleurs.

Cela se pour­suit en une Tentative d’effacement, puis par le Franchissement du pay­sage. Et vient alors ce poème où le tout du réel est dit :

Ils n’osent frap­per aux portes
les cher­cheurs d’infini
voleurs d’ombres
ils ne font que pas­ser

Les chats les suivent
le long des rues
qu’ils tra­versent par­fois trop vite

L’ailleurs est dans leurs pru­nelles
ils n’ont que faire de ce monde-ci

Avec L’Autre pré­sence, Geneviève Raphanel donne un très grand livre.

 

 

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