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Le beau hêtre

Par | 2018-05-21T01:13:56+00:00 15 décembre 2012|Catégories : Blog|

Caché au cœur de la forêt je connais un endroit où se dresse
  Un hêtre, tel qu’en pein­ture on n’en peut voir de plus beau.
Lisse et clair, d’un seul trait pur il s’élève, soli­taire,
  Et nul de ses voi­sins ne touche à sa parure soyeuse.
Tout autour, si loin que cet arbre impo­sant étende sa ramure,
  La pelouse ver­dit, afin de rafraî­chir l’œil en silence.
De tous côtés éga­le­ment elle ceint le tronc qui en forme le centre :
  La Nature elle-même, sans art, a tra­cé ce cercle ado­rable.
Des taillis déli­cats font une pre­mière enceinte, puis ce sont les hauts fûts
  D’une foule d’arbres ser­rés qui tiennent éloi­gné le bleu du ciel.
Près de la sombre épais­seur du chêne, le bou­leau berce
  Sa tête vir­gi­nale timi­de­ment dans la lumière dorée.
Là seule­ment où, jon­ché de roches, le rai­dillon dévale vers l’abîme,
  La clai­rière me laisse devi­ner l’étendue des champs.
Quand, der­niè­re­ment, soli­taire, séduit par les visions nou­velles de l’été
  Je quit­tai le che­min et vins me perdre là dans les taillis,
Ce fut un esprit ami­cal à l’oreille tou­jours aux aguets, la divi­ni­té de ce bois,
  Qui sou­dain m’introduisit ici pour la pre­mière fois, moi l’étonné.
Quelles délices ! C’était aux envi­rons de l’heure haute de Midi :
  Tout se tai­sait. Même l’oiseau dans le feuillage res­tait silen­cieux.
Et j’hésitais encore à poser le pied sur ce tapis plein de grâce ;
  Avec solen­ni­té il accueillit mon pas, moi qui ne le fou­lai que sans bruit.
Puis, une fois ados­sé au tronc (qui ne porte pas trop haut
  Sa large voûte), je lais­sai mes regards vaguer à la ronde,
Là où les rayons enflam­més du soleil tra­çaient une frange aveu­glante,
  Presque par­fai­te­ment régu­lière, tout autour du cercle ombra­gé.
Et je res­tai là, sans bron­cher ; au plus intime de moi-même tout mon être
  Épiait le démon du silence, toute cette inson­dable paix.
Enfermé avec toi dans le pro­dige de cette cein­ture solaire,
  Je ne sen­tais que toi, ô Solitude, à toi seule allaient mes pen­sées.

(1842)
 

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