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Le bord exact de la combustion

Par |2018-09-19T17:21:23+00:00 29 novembre 2014|Catégories : Blog|

 

Un bat­te­ment de cil à peine
Le cli­què­te­ment fugace d’un bri­quet
Et elle est là

Elle est là loin

Très loin de se lais­ser anéan­tir par le cyclone vorace
Des gens autour
Fumée chants cris les rires
Les crânes bar­bares furieu­se­ment entre­cho­qués comme des verres

Tout cela main­te­nant n’existe plus

Elle a consu­mé tout

Apparaissant

Même l’horizon

Ou plu­tôt non

Disons qu’apparaissant

Elle a ensom­meillé

D’on ne sait où vrai­ment jaillie
Une eau se verse

Entre vous deux

Limpidement

Tes yeux
Vers elle
Y vont

Maintenant

Lancer un voi­lier

Ce voi­lier-là
Ses cils revêches
Ne l’accueillent pas avec dou­ceur

Ce voi­lier-là
Ses yeux de louve
Le déchirent même

Le déchi­quètent

L’envoient som­brer quelque part loin

Dans les tré­fonds d’obscurité du comp­toir lourd

Loin de te refroi­dir
Ce car­nage-là
Je crois bien oui qu’on peut le dire

T’a atti­sé

A elle main­te­nant

A elle main­te­nant d’aller jeter une pirogue
Subtile
Discrète

Presque en papier

Cette pirogue si pleine de grâce
Et déri­vant fra­gi­le­ment

A la sur­face muette des eaux

Tes yeux s’en bâfrent

Animalement

Vous voi­là ain­si donc ren­dus au bord

Au bord exac­te­ment de l’imprudence

Vous pou­vez par­fai­te­ment plon­ger
Maintenant

Plonger très fort

D’une tête une seule

Et déser­ter l’attente

Vous pou­vez par­fai­te­ment aus­si res­ter

Lointains long­temps

De part et d’autre de cette eau

A l’explorer avi­de­ment

Egalement encore tout sui­ci­der
Bien sûr

Reprendre vos yeux comme si de rien n’était
Et repar­tir

Maintenant seuls

Seuls et ron­gés magni­fi­que­ment par le fan­tôme d’un même regret

Mais ce serait men­tir
Que dire cela

Dire que tous deux
A l’heure qu’il est

Avez encore le choix

L’instant s’est main­te­nant gor­gé de lave

Gorgé de lave jusqu’à cra­quer

Une seconde
Un siècle au moins

Que plus un seul de vos gestes ne dépend

Que plus une seule de vos pen­sées n’infléchit plus du tout
Le cours

Une seconde un siècle au moins que l’issue même de la nuit est arri­mée

C’est tout

Seulement

Avant toute chose

Au mou­ve­ment ou non d’une pla­nète

Lointaine

Brûlante

Au bord d’entrer pré­ci­sé­ment
A cet ins­tant

Avec une infi­nie len­teur

Silencieusement

En com­bus­tion entre vos doigts

 

 

Jocotenango, Guatemala, le 15 juillet 2010
 

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