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Le coeur étranger

Par |2018-08-18T22:38:50+00:00 7 février 2016|Catégories : Blog|

 

Danser, dans un maré­cage où s'enlisent les éche­veaux
           Cabrés de la mémoire
Casser la terre rouge et sou­ve­raine
           Laisser dou­ce­ment par­tir
           Le trou­peau dans le droit fil du songe

C'est un silence où les esprits mar­tèlent
           Une voie étroite pour le tra­vail
            Obstiné du retour

Mais dan­ser, dans un enche­vê­tre­ment de laine
           Pour un che­min taillé du plus doux de la chair
           Un bruit d'eau
           Une dou­ceur sou­daine

 

 

 

***

 

 

 

Une petite bles­sure gla­cée dans la cui­sine
On a mis les verts cer­ceaux sur l'herbe
Une petite lame tor­due pour la chair
Une petite larme per­due pour la peau

Marcher sur la pointe des doigts dans la cage
Bleue où chante nu le coque­li­cot
On peut tour­ner en rond jusqu'à plus voir
On frappe à la porte c'est là des­sous la table

Qui va sen­tir l'amère odeur du sou­ve­nir
Il s'est bri­sé main­te­nant l'oiseau est minus­cule
Dans un cer­cueil d'osier fra­gile en son amande
Qui va poser les cendres blanches de l'oubli

La lumière glisse sur la lame de la peau
C'est ton espoir petit oiseau san­glant
Ramasse-le la terre est insen­sible
Dans la cui­sine on a posé les gants

Où est caché l'enfance inou­bliable
Fardeau léger qu'on souffle flamme per­due
Ramasse-le son cœur pal­pite encore
J'ai tout fer­mé pour l'absence et le temps

 

 

 

***

 

 

 

Je n'écoute plus rien
           Je ne chante plus le ciel de coton qui fait lever le matin dans ma bouche
           Je ne regarde plus se lover les amants sur les herbes gor­gées d'eau
          Je ne vois plus les tou­relles des châ­teaux des­si­ner des mes­sages
           Je ne sens plus la saveur mor­telle de la rose sur la langue
           Je ne souffle plus sur le petit bout duve­teux de la mort …

            Je vois tou­jours les mêmes arbres, les mêmes arbres et leur ver­tige

 

 

 

***

 

 

 

Attendre le verre est froid sur la table
On a remis les châles éven­trés sur l'épaule
Il faut mar­cher et ne pas regar­der devant
C'est tôt il y aura du tra­vail pour tout le monde
Attendre le verre est froid sur la table

Pendant la marche t'étreindre avec les paumes
Nues ren­ver­sées pour dire l'embrouillement
Douloureux des rires per­dus et des larmes
Séchées dans une petite boite fanée
Pendant la marche t'étreindre avec les paumes

Je marche ne sachant plus
Arrêter c'est l'horloge
Savante et long­temps remon­tée des gisants
Mes pas font une marge longue pour la source
Qui jamais ne vien­dra res­pi­rer ta peau

Ce n'est pas encore le temps de se lever
Rester éten­du dans le vide inces­sant de la glace
On a dépen­du le fou gris des miroirs
On a dévi­sa­gé le traitre dans la glace

Chanter dans ce silence est une bles­sure froide

 

 

 

***

 

 

 

O mon frère de labeur tra­vaille
Dans les friches car­min du cer­veau
Ta peine est à l'aulne de celle des sol­dats
Qui portent les cadavres sur leur dos
Moi que puis-je sinon appuyer d'un doigt sur ton épaule
Et cette pul­sion légère signe tout l'envol des choses

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