> Le jour avant le jour de Philippe Lekeuche

Le jour avant le jour de Philippe Lekeuche

Par | 2018-02-23T11:33:18+00:00 23 février 2014|Catégories : Blog|

Liliane Wouters, qui pré­face ce recueil explo­sif a bien rai­son de dénon­cer la « scan­da­leuse indif­fé­rence » dans laquelle on tient la poé­sie aujourd’hui. Mais moi, qui vais, sans vou­loir la contre­dire, m’efforcer de rendre compte d’une lec­ture poé­tique, je poin­te­rais bien du doigt la mer­veilleuse apha­sie dans laquelle nous plongent cer­tains poètes. Ou peut-être mieux, le pro­fond silence qui accom­pagne leur œuvre : ce sen­ti­ment d’avoir atteint le tout du dire et la fron­tière de l’indicible.

Mais je risque de m’égarer.

Philippe Lekeuche n’est pas un poète concep­tuel et je m’en vou­drais beau­coup de vous l’avoir lais­sé croire.

Lekeuche n’est qu’un simple cher­cheur, un men­diant de la véri­té, comme l’atteste son inci­pit : La poé­sie est impos­sible, donc elle a lieu. Chez ce poète (et en cela il est vrai­ment poète), vous pou­vez rem­pla­cer à tous les coups le mot  « poé­sie » par le mot « vie », par la vraie vie dont le jeune Rimbaud a signa­lé un jour qu’elle sera tou­jours et a jamais absente. Cette absente pos­sède cepen­dant un lieu. C’est en cela que consiste la pro­tes­ta­tion ini­tiale de Philippe. Vivre ou se lais­ser tra­ver­ser par la poé­sie aurait trou­vé sa place : le poème.

Depuis Baudelaire, nous le savons, c’est l’hypocrite lec­teur, mon sem­blable, mon frère qui est convo­qué à ce pugi­lat. Car rien, et sur­tout pas la guer­royade spi­ri­tuelle n’échappe aux men­songes, quand il s’agit de se situer dans une espèce de véri­té. Je lis Lekeuche. Lekeuche parle fort. Il parle de grâce et du Christ, mais cela ne conforte en moi aucune dog­ma­tique et, moins encore, aucun dis­cours reli­gieux. La net­te­té, enfin atteinte n’offrira au lec­teur aucun secours : A terre, à terre est le poète atter­ré /​ De son soleil absent, Dieu, « A nous ! A nous ! » /​ Secours atroce. /​ écrit-il en évo­quant dis­crè­te­ment la mort de la petite Thérèse de Lisieux.

Philippe Lekeuche serait-il alors un poète mys­tique ?

Oui, si on veut bien consi­dé­rer que la mys­tique consiste d’abord en un exa­men rap­pro­ché (Dhôtel aurait dit « un exa­men ser­ré ») du réel.

Et, pour accé­der au réel, il faut d’abord le culot de le vivre, de s’y enga­ger, de s’y battre, non comme on bat­trait sa coulpe, mais pour que la bat­tue exsude un peu de vrai.

C’est tout cela que vous trou­ve­rez dans ce livre, dans tout ce qu’il confesse, dans tout ce qu’il confesse d’ignorer, dans tout ce qu’il nous engage à savoir. Vivre vrai­ment, même et sur­tout si la vie et le poème sont et seront tou­jours ailleurs.