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Le Jour de Jean Miniac

Par |2018-10-19T20:23:33+00:00 23 décembre 2012|Catégories : Critiques|

Jean Miniac donne en son der­nier livre un peu de lumière, à ceux qui en seraient pro­vi­soi­re­ment pri­vés, sur la vie en poé­sie, le deve­nir, l’être poète et l’importance du lieu, ici per­çu comme un lien, où s’écrit la poé­sie. De livre en livre, l’œuvre assoie sa force.

 

En se fiant à la pos­si­bi­li­té d’écrire
 un poème
Près de la mer, on en oublie qu’on
 est vivant ; parce que la mer vit de
 notre vie cachée, elle se mêle
De tout ce qui n’est pas nous, et que
 nous pei­nons à rat­tra­per ; elle nous
 rêve
Dépouillés de notre ombre, et quand
 nous allons un matin
Près d’elle, nous y retrou­vons ces
 muets fan­tômes
Qu’elle a façon­nés ; alors à notre tour
 nous res­tons sans voix.

 

Hymne à la mer, ode à la nature. Plongée dans les méandres de l’être. Poésie : Le jour.

L’écriture d’une poé­sie face à la mer, cela s’écrit entre ciel et terre. Comme si le poème, mal­gré le solide des mots, venait se conjoindre aux quatre élé­ments for­mant vie et frag­ments du réel. La poé­sie tis­se­rait alors la vêture de ce que nous vivons.

Les textes de Miniac parlent ain­si de la mer, de son appel, mais aus­si des villes qui, comme les gens de mer, prennent le large, cepen­dant immo­biles, à l’image des falaises. Transparaît une authen­tique valeur, intrin­sè­que­ment liée à la mer en toutes les époques : la fra­ter­ni­té.

La mort aus­si. Celle qui vient.

 

Un jour, je m’en sou­viens,
Un vieux voi­sin m’avait arrê­té dans un che­min
  creux (on enten­dait la mer au loin)
Et dit : « Alors, tou­jours dans tes poé­sies ? »
D’un air d’aimable mépris. Je n’ai rien répon­du.
  les vagues n’avaient pas encore lavé le corps
  de son fils
Qu’il allait tuer de cette façon.
C’est ver­ti­gi­neux, la vie. On aime, et armé de
  ce blanc-seing,
On pousse un enfant au sui­cide.

 

Un poème fort peu poli­ti­que­ment cor­rect.

Et au fond, cette mer tou­jours là est aus­si la mère, l’absente qui demeure de loin en loin. Par delà les rivages.

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