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Le moment venu de Denise Borias

Par |2018-12-17T21:26:22+00:00 6 septembre 2013|Catégories : Blog|

Depuis long­temps Denise Borias est une obser­va­trice atten­tive de la réa­li­té, celle de la mer, celle de la terre et en exprime la beau­té, en explore la sym­bo­lique. Depuis long­temps aus­si elle s'attache à com­prendre la marche du temps, à remettre au jour l'enfance. Le moment venu, son der­nier recueil, com­po­sé de courts poèmes de trois à cinq vers dit cette atten­tion au monde, cette inter­ro­ga­tion sur la fin de toute exis­tence. Le regard du poète ne cesse de se poser ici sur la mer qui fait l'objet de la pre­mière par­tie ou sur l'arbre dans la seconde par­tie. Denise Borias sai­sit les moindres mou­ve­ments de la mer, en rap­pelle les pou­voirs : «  La mer, dia­mant tur­quoise, /​ ouvre mon corps /​ au ber­ce­ment pro­dige /​ venu d'outre-monde ». Avec  l'élément liquide, s'instaure une sorte d'anthropomorphisme qui le rend encore plus proche, plus sen­sible : «  l'océan devient ce gron­de­ment aveugle /​ errant dans un corps trop vaste » , écrit Denise Borias. Aussi ne se lasse-t-elle pas de prendre exemple sur cette mer qui contient tous les secrets et les mys­tères du monde et de l'homme. A nous de com­prendre quel mes­sage elle délivre et l'image du temps, la pers­pec­tive de la dis­pa­ri­tion pro­chaine sont autant de pers­pec­tives qui n'effraient pas le poète : la sagesse du monde et par­ti­cu­liè­re­ment celle de la mer sont là pour nous faire accep­ter notre des­ti­née. L'écriture sèche, mais non dénuée de sen­si­bi­li­té, affirme cette accep­ta­tion : «  Sur le sable humide /​ l'empreinte de nos pas /​ bien­tôt effa­cée : /​ image de notre vie /​ sans la las­si­tude des jours ». Alors ne ces­sons pas de nous émer­veiller en face de la beau­té simple que nous offre le monde, soyons aptes à com­prendre son mes­sage, même si nous ne par­ve­nons pas à résoudre les mys­tères qui pèsent sur notre exis­tence : «  Qui avance vers nous /​ sur la ligne des eaux ? /​ Panaches éblouis­sants, /​ lettres à peine esquissées…/ Seul les per­çoit, l'albatros /​ pas­seur de rêves ». Cette célé­bra­tion de la mer donne tout son prix à la pen­sée de Denise Borias que la sagesse et la luci­di­té entraînent à une adhé­sion sans res­tric­tion à cet uni­vers liquide : «  Sans hâte ni vio­lence /​ l'océan nous accueille, /​ nous, funam­bules de l'infini ».

            La seconde par­tie : « Les che­mins de l'arbre », est davan­tage tour­née vers la quête de l'enfance, ce qu'exprime pré­ci­sé­ment Denise Borias : «  Visages et ombres /​ au gre­nier de l'enfance, /​ tu reviens /​ vers le laby­rinthe /​ dont tu avais per­du la clé ». Cette fois c'est l'élément ter­restre qui consti­tue le socle de cette recherche, des réflexions du poète avec cette même écri­ture qui sai­sit la réa­li­té quo­ti­dienne : «  Sous les reflets du mélèze, /​ il y a place /​ pour les sou­ve­nirs heu­reux, /​ l'automne, /​ et ses châ­taignes /​ au goût d'enfance » Tout au long de notre par­cours ter­restre, c'est à cette même nature qu'il faut faire confiance, rap­pelle Denise Borias, et que nous devons accep­ter l'instant, ne rien anti­ci­per : « Imite les che­mins de l'arbre, /​ depuis les racines aux sai­sons tra­ver­sières, /​ le vacille­ment des pre­mières feuilles, /​ igno­rant la chute à venir ».

            La briè­ve­té de l'expression, la force des images, le mes­sage conte­nu fait de luci­di­té et d'espoir, carac­té­risent la poé­sie de Denise Borias sans cesse requise par un monde qui ne cesse de la ques­tion­ner et qui lui ren­voie l'image de notre exis­tence.

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