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Le passage des brises

Par |2018-08-18T04:41:32+00:00 11 janvier 2013|Catégories : Critiques|

Marc Desombre nous offre, avec Le pas­sage des brises paru aux édi­tons Corps Puce, une poé­sie comme un décompte renou­ve­lé. Chaque page est un poème consti­tué de 5 strophes, chaque strophe pas­sant de façon décrois­sante de cinq vers à quatre vers, puis à trois, deux, un vers, final. Cette struc­ture interne sug­gère l'imminence d'un départ et dans cette espé­rance s'actualise la poé­sie.

 

Pour ce recueil tu vois
j'écris sans adjec­tif
sur chaque page un quin­til puis un qua­train
un ter­cet un dis­tique
et enfin un vers qui se détache

Mais pour­quoi ces liens
deman­de­ras-tu
n'imaginais-tu pas plu­tôt
une vacance

A tout cela répondre
que l'adjectif est un cache-misère
et qu'il vaut mieux mon­trer la misère dans son lit
 

Ensuite à cela répondre
que la forme est un fil où étendre ses vête­ments
 

Peut-être le soir pour te faire croire qu'il y eut des hommes

 

Cette espé­rance se veut rap­por­tée au lan­gage, qui "essaie d'atteindre le jour avec de l'encre". Marc Desombre n'offre aucune prise à la rêve­rie débri­dée. Il use du poème à mots choi­sis, accueillant la parole comme la misère elle-même, celle à laquelle tout homme doit se confron­ter pour ten­ter un pas­sage vers une séré­ni­té ici nom­mée "brises". Au cœur de cette misère disant le réel sans tain, le poète avoue quelques dons, ici une "flamme qui vacille/​à l'approche des dépres­sions", là "un oiseau-lyre". Ces dons sont tous diri­gés vers le "Passage des brises", celui qui dénude la misère et se pré­sente devant la mort confon­du avec la trame dis­po­nible de l'univers. Poète du peu, du sobre, d'une atti­tude se vou­lant juste quant à l'essence du lan­gage, poète ain­si méta­phy­sique dis­crè­te­ment puisque le poème le per­met.

 

Tu as réduit le monde au visible
pour mieux l'étreindre
et la soif s'est éteinte
la fée a quit­té
la fon­taine
 

Pourtant
il n'y a pas un jour sans silence
pas une rime
sans chan­son
 

Mais le spec­tacle fini­ra
les acteurs ne dan­se­ront plus
en cos­tume
 

La fille des fau­bourgs
s'habillera des haillons de nuit
 

Et l'univers sera sa cour

 

Jean-Pierre Siméon, qui signe la pré­face, dit du poète : "Desombre en effet est un homme sans adjec­tif, un être qui ne cherche jamais à se faire valoir. Je le dis tout net : elle a sans doute très peu d'équivalents dans la poé­sie contem­po­raine, l'écriture de ce poète. Elle des­sine en effet une extra­or­di­naire ligne claire, dénuée d'à peu près tous les arti­fices syn­taxiques et lexi­caux éla­bo­rés par des siècles de lit­té­ra­ture, sans ces­ser pour autant dans ce dénue­ment volon­taire, de faire adve­nir cette vibra­tion du sens, ce chant du dedans qui est pro­pre­ment la poé­sie."

Nous ne sau­rions mieux dire pour invi­ter à lire le poète Marc Desombre.

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