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Le Peintre

Par | 2018-02-21T22:10:00+00:00 9 juin 2012|Catégories : Blog|

Assis entre la mer et les immeubles
Il se plai­sait à peindre le por­trait de la mer,
Mais comme les enfants ima­ginent qu’une prière
N’est que silence, il s’attendait a ce que son sujet
Surgisse sur la sable, et, sai­sis­sant son pin­ceau,
Se colle en auto­por­trait sur sa toile.

Il n’y a pas eu de trace de pein­ture sur la toile
Jusqu’au moment où les habi­tants des immeubles
L’ont  encou­ra­gé :  « Tentez de vous ser­vir du pin­ceau
Comme d’un moyen vers une fin. Désignez, pour le por­trait,
Un sujet moins furieux, moins ample, un sujet                           
Plus à l’écoute de vos humeurs chan­geantes, où peut-être d’une prière. »
Comment  leur expli­quer qu’il priait déjà
Pour que la nature plus que l’art naisse sur sa toile ?
Il choi­sit son épouse comme nou­veau sujet
L’amplifiant, à l’image de bâti­ments en ruines
Comme si s’oubliant le por­trait
S’était expri­mé de lui-même sans pin­ceau.

Encouragé il a trem­pé son pin­ceau
Dans la mer, mur­mu­rant une prière lui mon­tant du fond du cœur :
« Mon âme, la pro­chaine fois que je pein­drai un por­trait
Que tu viennes dévas­ter la toile. »
Les nou­velles se sont répan­dues comme de la poudre, enflam­mant les bâti­ments :
Cet artiste avait retrou­vé son sujet auprès de la mer.

Imaginez un peintre cru­ci­fié par son sujet !
Trop épui­sé pour lever son pin­ceau,                     
Son atti­tude attire des artistes pen­chés aux fenêtres des immeubles
Avec des rires cruels : « Nous n’avons plus aucune chance
Maintenant  de  nous éta­ler sur la toile
Ni d’engager la mer à s’asseoir pour qu’on fasse son por­trait. »

On l’a décrit comme un auto­por­trait,
Et à la fin toute trace de sujet
Commença à s’évanouir, lais­sant  la toile
Parfaitement blanche. L’artiste posa son pin­ceau.
Et sou­dain un hur­le­ment en forme de prière
Monta des immeubles grouillant  de monde.

Ils l’ont jeté, le por­trait, de la plus haute des tours ;
Et la mer a dévo­ré la toile et la brosse
Le sujet ayant pris la déci­sion de demeu­rer prière.

 

Traduction en fran­çais du poème ori­gi­nal en anglais, “The Painter” (1956),
par Elizabeth Brunazzi (2012), relue par Matthieu Baumier

Tout droit de repro­duc­tion de la tra­duc­tion fran­çaise par per­mis­sion d’Elizabeth Brunazzi et Matthieu Baumier.

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