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Le poète Jean Metellus vient de partir au loin

Par | 2018-02-19T12:36:28+00:00 3 février 2014|Catégories : Blog|

Hommage à Jean Métellus (30 avril 1937 – 4 jan­vier 2014)
par
Alice-Catherine Carls

 

     Une grande voix humaine vient de nous quit­ter après soixante-seize ans d’une car­rière inéga­lée. Exilé de son pays natal d’Haïti en 1959 par la dic­ta­ture de François Duvalier, Jean Métellus devint un doc­teur des âmes, des lan­gages, et des mémoires iden­ti­taires. Par où com­men­cer pour décrire une vie si rem­plie et si signi­fiante, pour par­ler des acti­vi­tés débor­dantes de ce grand tra­vailleur ? Leur recen­se­ment laisse rêveur : méde­cin des Hôpitaux de Paris pen­dant de nom­breuses années, neu­ro­logue spé­cia­liste des troubles du lan­gage, doc­teur en lin­guis­tique, pro­fes­seur au Collège de Médecine des Hôpitaux de Paris, confé­ren­cier, écri­vain, poète, dra­ma­turge, lau­réat des prix les plus pres­ti­gieux où, au cours des ans, s’entrelacèrent prix scien­ti­fiques et prix lit­té­raires. Triple lau­réat de l’Académie Nationale de Médecine, lau­réat du Grand Prix de Poésie de langue fran­çaise Léopold Sédar Senghor, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, Chevalier de la Légion d’Honneur, membre de nom­breuses socié­tés scien­ti­fiques médi­cales, lin­guis­tiques et lit­té­raires, dont l’Académie des Sciences de New York, lau­réat du Grand Prix de la Francophonie de l’Académie Française et du  Prix International de Poésie Benjamin Fondane. Cent treize com­mu­ni­ca­tions scien­ti­fiques en France, Israël, Allemagne, Suisse, Canada, Belgique, Martinique, et Antilles. Responsable de l’organisation de vingt congrès de neu­ro­psy­cho­lo­gie et de réédu­ca­tion, ani­ma­teur de neuf dimanches d’études à l’Hôpital Emile Roux et d’une qua­ran­taine de sémi­naires pour ses équipes ; direc­teur de cin­quante-cinq thèses et mémoires, auteur de douze ouvrages médi­caux  col­lec­tifs et de cent quatre-vingt huit articles et livres sur des thèmes scien­ti­fiques et médi­caux.

       Auteur de onze romans, de vingt-neuf recueils de poèmes, de cinq pièces de théâtre, de sept essais. Fréquemment antho­lo­gi­sé dans des ouvrages fran­co­phones et inter­na­tio­naux, tra­duit en plu­sieurs langues, dont le rou­main, espa­gnol, ita­lien, néer­lan­dais et russe, invi­té fré­quent à des col­loques et ren­contres poé­tiques en France comme à l’étranger, Jean Métellus unit dans son oeuvre et ses acti­vi­tés plu­sieurs conti­nents et cultures. Couvert d’honneurs, il res­ta tou­jours un homme d’une grande modes­tie. Son prin­ci­pal sou­ci était de ser­vir, son prin­ci­pal ins­tru­ment la soli­da­ri­té – lin­guis­tique, poé­tique, éthique, esthé­tique, mili­tante, ou cli­ni­cienne. Les témoi­gnages spon­ta­nés à la nou­velle de son décès et les nom­breuses allo­cu­tions, débats, articles qui lui ont déjà été consa­crés, ren­dront redou­table la  tâche du bio­graphe. Car sa car­rière d’homme de lettres ne peut être com­prise sans un exa­men appro­fon­di de ses écrits scien­ti­fiques, notam­ment ceux trai­tant des troubles du lan­gage et de la mémoire (troubles médi­caux, psy­cho­lo­giques, mais aus­si lan­gage confis­qué par les dic­ta­tures et mémoire esca­mo­tée), ain­si que ceux trai­tant de la parole retrou­vée, réédu­quée, libé­rée. Tous ses modes de com­mu­ni­ca­tion fonc­tion­naient en conti­nu et s’enrichissaient et se dis­ci­pli­naient mutuel­le­ment. En tant que méde­cin et poète, Jean Métellus savait que la vie est ryth­mée par la souf­france – phy­sique, per­son­nelle, men­tale, sociale, col­lec­tive, impo­sée par l’homme ou par la nature. Permettant de triom­pher de la fra­gi­li­té, la souf­france peut deve­nir puri­fi­ca­tion, ins­tinct de renou­veau, et affir­ma­tion suprême de vita­li­té.

       Enfant, Jean Métellus vécut  à Jacmel avec ses trois  frères et soeurs une enfance stu­dieuse, ponc­tuée de lec­tures éclec­tiques et d’un pre­mier tra­vail comme pro­fes­seur de mathé­ma­tiques. A l’âge de vingt-trois ans, il reçut une bourse d’études qui le vit loger à la Cité Universitaire de Paris pen­dant quatre ans et satis­faire sa volon­té de savoir et d’apprendre. Cette ouver­ture d’esprit mar­qua toute sa vie, jusqu’à sa par­ti­ci­pa­tion au “Train de la lit­té­ra­ture 2000" à l’occasion de laquelle il écri­vit un jour­nal de bord qui contient des obser­va­tions très pers­pi­caces sur l’avenir poly­glotte et mul­ti­cul­tu­rel de l’Europe. Néanmoins, il n’oublia jamais ce qui fai­sait son centre de gra­vi­té : la vie dans sa véri­té nue, pro­fonde, inal­té­rable. Son sens du mer­veilleux et son émer­veille­ment don­naient à ses mots des cou­leurs et des sen­teurs d’ailleurs, riche mois­son char­gée de sens, sans un mot à vide, sans un raté. Sons, images, et sen­ti­ments trou­vaient leur place dans l’ajustement d’un Verbe à la fois char­nel et por­teur d’éternité. Ses poèmes sont des por­traits palimp­sestes de l’expérience humaine ; leur plé­ni­tude fait de sa poé­sie un prisme du monde.

       Jean Métellus fut toute sa vie un ambas­sa­deur de la langue fran­çaise revi­ta­li­sée par les cultures afri­caines et haï­tienne et la langue créole. Il fut l’homme d’un pays, Haïti, et d’une femme, son épouse Anne-Marie Cercelet, à laquelle il dédia tous ses ouvrages. Sous son appa­rence calme, cou­vait une pas­sion qui fai­sait entrer son inter­lo­cu­teur intui­ti­ve­ment en poé­sie. Dans les pauses de la conver­sa­tion se tis­sait en lui le vaste espace-temps dans lequel tous ses ouvrages étaient “cou­sus par la fibre poé­tique. . . abreu­vés par la sève poé­tique.” Combattant du lan­gage, Jean Métellus se bat­tit éga­le­ment pour la liber­té et pour les droits de l’homme. Ses romans et ses pièces de théâtre montrent son enga­ge­ment au ser­vice de la véri­té tant his­to­rique que contem­po­raine. De Toussaint Louverture, com­bat­tant pour la liber­té de son pays et l’abolition de l’esclavage, aux pay­sans qui com­mencent leur jour­née “au piri­pite chan­tant,” Jean Métellus fit décou­vrir Haïti au monde. Il en fut aus­si le pro­phète. Instruisant en 1985 le pro­cès de la dic­ta­ture haï­tienne qui s’écroula en 1986, et par­lant de la terre déchi­rée d’Haïti des mois avant le trem­ble­ment de terre de 2010, il retra­ça la généa­lo­gie de son pays au-delà de la déchi­rure de l’exil.

 

Alice-Catherine Carls est tra­duc­trice.

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Jean Métellus, ou le réveil des mots
par Francis Combes

 

L’homme Jean Métellus était entou­ré d’affection et son œuvre, sur la fin de sa vie, a béné­fi­cié d’une vraie recon­nais­sance. Mais a-t-on vrai­ment lu sa poé­sie et pris la mesure de la force et de l’originalité de sa démarche ?
Né à Jacmel, il vient d’une île qui ne manque pas de poètes ; par­mi les­quels beau­coup se dis­tinguent par l’authenticité et la qua­li­té de leur œuvre. Lui-même, qui avait fait le choix d’écrire en fran­çais, se situe dans l’histoire non pas seule­ment de la poé­sie d’Haïti mais de la poé­sie en langue fran­çaise, et sin­gu­liè­re­ment de celle des Caraïbes.
Les Haïtiens ont leur propre his­toire lit­té­raire et la Négritude n’est pas à pro­pre­ment par­ler née sur leur île. Ce qui se com­prend car, étant héri­tiers de la pre­mière révo­lu­tion noire, ils avaient en quelque sorte une « lon­gueur d’avance ». Mais cela ne signi­fie pas pour autant qu’ils aient été indif­fé­rents à ce vent nou­veau qui arri­vait des Antilles fran­çaises et d’Afrique. Beaucoup de poètes d’Haïti n’hésitent pas à dire ce qu’ils doivent par exemple à Aimé Césaire.
Jean Métellus, de son côté, a expri­mé son atta­che­ment à la figure d’un autre des ini­tia­teurs de la Négritude, sou­vent lais­sé un peu de côté et res­té long­temps sans être réédi­té : le Guyanais Léon Gontran Damas. Il lui consacre le pre­mier poème de son livre Voix nègres, voix rebelles, voix fra­ter­nelles, le nom­mant « cher Maître, mon aîné ».  Ce qui le rap­proche de Damas, c’est d’abord un même com­bat contre l’aliénation entre­te­nue par le colo­nia­lisme, alié­na­tion qui fut au centre de l’œuvre d’un autre méde­cin, Frantz Fanon :
 

Tu as stig­ma­ti­sé le sno­bisme  du nègre embras­sant sa déna­tu­ra­tion
Du nègre oubliant qu’il est un nègre debout depuis deux siècles
Grâce à Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines
 

Mais, à tra­vers cet accord sur le fond, sans doute se sent-il aus­si proche de lui  du point de vue de la forme poé­tique elle-même. Dans le groupe des fon­da­teurs de la Négritude, Damas se dis­tingue par sa sim­pli­ci­té, sa poé­sie directe refu­sant toute fio­ri­ture et son vers, ryth­mé, for­te­ment influen­cé par la musique et le jazz.
Or il y a chez Métellus la volon­té, de plus en plus mar­quée au fil du temps, d’atteindre à la plus grande des sim­pli­ci­tés.
Ce trait est déjà mani­feste dans les pages du Pipirite chan­tant. Bien sûr, les poèmes du Pipirite sont comme por­tés par les ali­zés, tra­ver­sés par le chant et habi­té par la luxu­riance de la nature et du voca­bu­laire des îles… Mais on n’est pas là dans l’efflorescence ver­bale et l’explosion d’images de la poé­sie sur­réa­li­sante de Césaire. Au contraire… Dès les pre­miers vers, la recherche de la véri­té du poète le mène ailleurs :
 

            Je cours jour et nuit après moi
            Viens ber­cer ma joie de retrou­ver
            L’horizon mater­nel du matin
 

Il connaît « la conden­sa­tion pure du verbe /​ vou­loir étin­ce­lant » et sait qu’il doit par son métier de poète  « appri­voi­ser dans la bouche d’autrui tous les moments du verbe » (p. 33). Mais il ne s’agit pas de s’en enivrer… Son but est plu­tôt d’ « accor­der sa pas­sion au réveil des mots ». (p. 37)
Le poète n’est pas un plon­geur en apnée dans les eaux pro­fondes du som­meil et du rêve mais un être de l’éveil.
La poé­tique de Jean Métellus, tout en fai­sant large place au son et aux sens, est avant tout une poé­sie du sens, une poé­sie de la conscience.
Cette ten­dance pro­fonde à l’œuvre dans son écri­ture se révèle avec une vigueur par­ti­cu­lière dans Voix Nègres. Ce livre est un recueil essen­tiel dans son œuvre. Il l’a plu­sieurs reprises rema­nié et réédi­té, en en modi­fiant le titre à deux reprises au moins, pour y ajou­ter d’abord la men­tion « voix rebelles », (en 2007) puis « voix fra­ter­nelles » en 2012 ; ce qui n’a évi­dem­ment rien de for­tuit.
Le recueil est consti­tué d’une série de grands poèmes consa­crés à quelques-unes des figures essen­tielles du mou­ve­ment d’émancipation des Noirs, comme Martin Luther King, Lumumba, Mumia Abu Jamal ou Nelson Mandela. Et pas seule­ment des Noirs puisque prend place dans ce Panthéon Ernesto Che Guevara… car le com­bat pour la liber­té des Nègres, ces « dam­nés de la Terre », rejoint le com­bat uni­ver­sel contre l’exploitation et l’oppression  et l’un ne peut aller sans l’autre.
Certains par­le­ront de mani­chéisme…  C’est d’ailleurs ce qu’a fait le jour­na­liste du Monde au moment de son décès, dans un article par ailleurs tout à fait élo­gieux. Mais le natu­rel est dif­fi­cile à chas­ser… « Manichéisme », c’est tou­jours le reproche que l’on fait (par­fois même sur le mode affec­tueux et un peu condes­cen­dant) à l’écrivain et au poète qui a clai­re­ment choi­si son camp et a pris par­ti pour le peuple.
Or Jean Métellus était de ceux-là. Il n’a jamais oublié d’où il venait et pour qui il écri­vait.  Médecin et écri­vain, il avait recours à la parole, « recours au poème », pour gué­rir. Aider l’enfant dis­lexique, l’individu en proie à l’aphasie… aider aus­si les peuples, l’humanité pri­vée du droit à la parole. Plus qu’une arme, la parole poé­tique est chez lui parole-méde­cine.
Et c’est pour cela qu’il ne recule pas, dans ce livre, Voix nègres, devant les exi­gences de la poé­sie didac­tique, aujourd’hui  si décriée (mais que pour ma part j’ai aus­si essayé de pra­ti­quer dans Cause com­mune). Car celui qui ne cesse d’apprendre, ne doit pas craindre d’enseigner.
Ce besoin de dire (tout à fait à contre-sens d’une cer­taine idéo­lo­gie poé­tique tou­jours domi­nante en France selon laquelle le poète ne doit pas « dire », mais au mieux « être dit » par les mots eux-mêmes) pousse, comme natu­rel­le­ment, à inno­ver et à trans­gres­ser les formes.
Ainsi, dans Voix nègres, Jean Métellus bous­cule-t-il la sépa­ra­tion habi­tuelle entre poé­sie et récit, vers et prose ; un peu comme l’avait fait Nazim Hikmet, dans Paysages humains quand il avait entre­pris d’écrire l’épopée du peuple turc.
Dans le poème, sans négli­ger le rôle que peut jouer à cer­tains moments l’image, Métellus n’hésite pas à don­ner à son lec­teur toutes les infor­ma­tions fac­tuelles his­to­riques et bio­gra­phiques néces­saires à la pein­ture du por­trait de ses héros, sans craindre le pro­saïsme mais en l’utilisant pour en nour­rir son chant. Il renoue ain­si avec la poé­sie nar­ra­tive et his­to­rique. Et, ce fai­sant, je pense qu’il ouvre une voie féconde per­met­tant que la poé­sie reprenne uti­li­té et vigueur ; et qu’elle retrouve du coup un public élar­gi. C’est d’ailleurs sans doute la rai­son pour laquelle de jeunes sla­meurs et rapeurs s’intéressent à son écri­ture.
Pour conclure, je dirais que tant du point de vue de la forme que du fond (qui, comme on le sait, ne vont guère l’un sans l’autre), Jean Métellus est vrai­ment un poète pro­gres­siste.
Jamais il n’a renon­cé à la pro­messe de la poé­sie, d’être avant tout « un chant d’amour et d’espérance ».

 

Poète, Francis Combes dirige les édi­tions Le Temps des cerises et la Biennale Internationale des Poètes en Val de Marne.

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Une ren­contre tar­dive et intense
par Jean-Luc Wauthier

 

          Certes, je savais qu'il était un des pre­miers poètes et roman­ciers de langue fran­çaise en Haïti : l'ultime lec­ture enthou­siaste de Malraux, sur son lit de mort, avait été  « Au piri­pite chan­tant », son pre­mier recueil  dont l'ample parole bous­cu­lait une poé­sie hexa­go­nale asphyxiée à l'époque par ses pré­ten­tieux labo­ra­toires. Certes, depuis 2005, il assis­tait aux déjeu­ners pari­siens du Journal des Poètes.

           Malgré tout cela, Jean Metellus res­tait une figure  res­pec­tée mais loin­taine. Jusqu'au moment où, en 2009, au Comité des Biennales de poé­sie, nous pen­sâmes à une double pré­si­dence sym­bo­lique : un poète qui aurait repré­sen­té le pays le plus riche du monde et un autre qui aurait été l'emblème du plus pauvre de la pla­nète. D'un côté, Jimmy Carter ; de l'autre, Jean Metellus. On aurait ain­si mon­tré que la poé­sie appar­te­nait à tous, qu'elle était à la fois la force et la fra­gi­li­té de l'homme. Souffrant à l’époque et éloi­gné dans l'espace, Carter, très gen­ti­ment, renon­ça à nous rejoindre. Jean, qui vivait depuis long­temps à Paris, accep­ta tout de suite.

          Ce qui, durant sa pré­si­dence, frap­pa cha­cun fut une double et rare qua­li­té : une humi­li­té dis­crète confi­nant à la timi­di­té et une extra­or­di­naire atten­tion à tous, péné­trée de la conscience du rôle à jouer. Metellus assis­tait à toutes les mani­fes­ta­tions. Quasi vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sa haute sil­houette de grand mam­mi­fère farouche, son regard ultra-atten­tif, sa bien­veillance, la sûre­té et l'économie de ses pro­pos, tout cela en fit un pré­sident  idéal,  humble devant la poé­sie. Homme de contact mais  d'une grande réserve pudique et dont même les silences par­laient.

         A par­tir de là, nous par­ta­geâmes une ami­tié solide et fidèle. Il m'envoya ses tra­vaux, jusqu'à son der­nier livre, « Empreintes » dans lequel cet homme de la terre et des élé­ments chante l’ivresse vitale, fai­sant une der­nière nique à une mort que, sans doute, il sen­tait venir. Tel Néruda, le poète vieillis­sant évo­quait dans la jubi­la­tion ces « Odes élé­men­taires » qui, tou­jours, dans un lan­gage bien à lui, le nour­ris­saient de leur sève.

         Fin juin 2013, il fit l’effort de par­ti­ci­per avec la fidèle Anne-Marie au déjeu­ner pari­sien du Journal des Poètes. Ses yeux fié­vreux, son amai­gris­se­ment inquié­tant en fai­saient une manière de long papillon de nuit qu'on aurait sur­pris en allu­mant bru­ta­le­ment une ampoule dans le gre­nier où il rêvait .

         Jean n'est plus. A son pro­pos, on pour­rait évo­quer ce qu'Andrée Chédid, autre grande  et belle figure des Biennales, disait de Guillevic : «  Chez lui, on aime et admire autant l'homme que l’œuvre ».

         Il n'est pas fré­quent, dans un monde poé­tique qui se refroi­dit, de croi­ser un tel por­teur de feu. Et le cha­grin de l’avoir per­du ne sera pas mince, car tout, chez ce grand poète, était intense et vrai.

 

Poète, Jean-Luc Wauthier est rédac­teur en chef du Journal des Poètes (Belgique).

 

 

 

 

 

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