> Le Premier Temple de l’Humanité : Que nous dit-il ?

Le Premier Temple de l’Humanité : Que nous dit-il ?

Par | 2018-05-20T17:54:40+00:00 11 décembre 2015|Catégories : Critiques|

 

Nous n’avons géné­ra­le­ment aucune idée d’où nous viennent nos reli­gions, nos spi­ri­tua­li­tés, et pire encore, nos mythes fon­da­men­taux.

Voici envi­ron un quart de siècle, s’appuyant sur ses décou­vertes en Mésopotamie, quelqu’un comme Jacques Cauvin, d’après les thèses d’Erich Neumann, avait cru pou­voir conclure à une ado­ra­tion géné­rale de la Magna Mater, et à la consi­dé­rable révo­lu­tion qu’avait intro­duite le début du Néolithique, en fai­sant pas­ser les humains du stade de chas­seurs-cueilleurs à celui d’agriculteurs, avec l’organisation conco­mi­tante de « cités » et l’accaparement du pou­voir par les seuls hommes.

Or, voi­ci que des décou­vertes en Asie mineure, et plus pré­ci­sé­ment en Anatolie, remettent plus ou moins en cause ce sché­ma. Klaus Schmidt, en effet, un archéo­logue alle­mand – ou plu­tôt, devrait-on dire, un « fouilleur pro­fes­sion­nel » – a fait venir à jour des ruines qui datent du moment où finit le paléo­li­thique et où com­mence le néo­li­thique qui va lui suc­cé­der.

Dans son livre, il retrace minu­tieu­se­ment cette his­toire, en déci­dant qu’il s’agit là, à tra­vers ses piliers colos­saux en T, du pre­mier temple connu de l’humanité. Ainsi, selon lui, le site de Göbekli tepe, datant de mil­liers et de mil­liers d’années, serait le plus haut témoi­gnage que nous pos­sé­de­rions des croyances de nos ancêtres…

De fait, l’auteur, on s’en aper­çoit en par­cou­rant ses pages, est moins réti­cent qu’on ne pour­rait le croire aux thèses de Cauvin : il demande sim­ple­ment des cer­ti­tudes, et tient que toute inter­pré­ta­tion, quelle qu’elle soit, doit se jus­ti­fier par des traits démon­trés. Et il note à quel point les piliers de Göbekli tepe sont « ornés » d’une pro­fu­sion d’animaux – comme si les humains qui les avaient « pen­sés » ne se conce­vaient que dans le cadre géné­ral de la Nature, et des êtres qu’ils y croi­saient, ou qu’ils y ren­con­traient, par­fois à leurs dépens. Comme l’écrit Jean Guilaine dans sa Préface, « c’est (…) l’une des forces de l’archéologie que de remettre pério­di­que­ment en ques­tion nos cer­ti­tudes et de recu­ler tou­jours davan­tage dans le temps cer­tains des acquis maté­riels et intel­lec­tuels attri­bués à des périodes plus récentes. Tout pro­grès de la recherche sur ce plan nous contraint à repen­ser sans cesse nos savoirs d’un moment. »

Bref, un livre à lire et à relire (on en tire­ra les conclu­sions que l’on veut), tant il nous apprend de choses sur nos loin­tains ancêtres et qu’il nous force à réflé­chir sur la véri­table « muta­tion » que nous avons connue.

 

.

X