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Le Promeneur du Mont aux Vignes et un autre poème

Par |2018-08-20T04:48:14+00:00 1 mars 2017|Catégories : Blog|

 

 

Le Promeneur du Mont aux Vignes

 

Jamais jour n’avait si bien com­men­cé
Mêlant dans le loin­tain vent et soleil
Et le silence à la dou­ceur de l’aube.
Derrière la Cité des Morts,
Paris s’éveillait, reje­tant ses ombres
À grand ren­fort de brises et de sou­pirs.
Tu venais de mou­rir. Où allais-je
Vivre ? veuve de ta conscience,
Mon cher pro­me­neur du Mont aux Vignes

 

Les gens pleurent, des pleurs dans les plis

Du Temps. Larmes des Métamorphoses,
Les tombes ruis­sellent d’eau :
Voile fré­mis­sant sur l’azur mati­nal.
Lorsque les amis font cercle pour dire
Une der­nière fois la vie au vol rapide,
Leurs regards s’arriment au coffre de bois,
Aux aspé­ri­tés du cer­cueil où tu dors,
Mon triste pro­me­neur du Mont aux Vignes !

 

Arbres scin­tillants à l’obscur feuillage
Où l’âme errante bruisse comme un ruis­seau :
Ce n’est plus l’éternité mais la fin
Qui se mêle aux minutes écou­lées
Au rythme de la sève. Dis, ton corps
Oublie le néant d’avant la nais­sance.
Il joue de ses muscles dans le limon
Du grand Fleuve. Quel corps renaît ? Le tien ?
Mon cher pro­me­neur du Mont aux Vignes.

 

Les flammes triomphent de la tex­ture
Des os. Ce sont liba­tions et brû­lures
Dans l’espoir d’une nou­velle aven­ture.
L’œil fomente une vision qui dure.
Hélas ! les âmes sen­sibles ne ver­ront pas
À tra­vers la vitre, le corps qui brûle,
Sans les fleurs, ô Nature, dépo­sées
À terre, leurs pétales aveu­glant
Le cœur d’un ami qui se sou­vient
Du cher pro­me­neur du Mont aux Vignes.

 

Ah ! lais­sez-moi accom­plir le rite
D’infinie dou­leur où je m’unis
À ces hautes cou­leurs qui fleu­rissent
Le der­nier com­bat ; ané­mones et vio­lettes,
Chrysanthèmes et lys, cycle fini !
L’ami comé­dien récite un poème
À ta mémoire. Mehr licht, implo­rait Goethe,
À l’heure où le pay­sage est noir, l’heure…
Divin pro­me­neur du Mont aux Vignes.

 

Vois ! les têtes incli­nées ont fait cercle.
Les bouches soufflent au seul réci­tant
Leur haleine tan­dis que la souf­france
Fixe à jamais ces fatales figures.
Le bon­heur ban­ni s’en prend à la Mort.
On meurt de l’impuissance de son corps.
Les cha­grins ren­versent le sablier
Du Temps qui efface tous les voyages,
Mon vieux pro­me­neur du Mont aux Vignes.

 

Encor hap­pée dans la Danse de l’ombre,
Sans savoir le che­min, j’ai bras­sé la Terre
Pour plan­ter du muguet dans ma chambre.
Les par­fums pous­sié­reux du cime­tière
Sont la force sub­tile des corps végé­tants,
L’odeur gut­tu­rale qui embaume, quand je prends
La terre noire dans mes mains. Mes doigts
L’ont creu­sée pour revivre avec toi,
Promeneur Bien Aimé du Mont aux Vignes.

 

J’ai dis­sous le par­fum végé­tal de l’enfance :
Mystère païen du désir en larmes.
Mon ciseau sculpte le limon fer­tile,
Porteur de semences au jar­din de la terre.
La ger­mi­na­tion des plantes, les spi­ri­tuelles
Fleurs, les herbes, les arbres accom­plissent
Le voyage de la décom­po­si­tion
Dans notre Terre-Mère et les tom­beaux,
Ô bon pro­me­neur du Mont aux Vignes !

 

Le cer­cueil cha­vire au milieu du bûcher
Voilé d’une glace sans tain, et il devient
Une tente lunaire tis­sée de cendres.
Je ferme les yeux, j’écoute…
Des chants d’oiseaux enre­gis­trés ont fusé
À l’instant où tu as bas­cu­lé de l’autre côté.
Quelle affreuse nacelle immo­lée à l’enfer
Dont l’air s’emplit de fausse allé­gresse !
Pourrais-je écou­ter les oiseaux à ton réveil,
Éternel pro­me­neur du Mont aux Vignes.

 

Heures tom­bant dans le vide,
Heures par­cou­rues de sang, heures d’hiver,
Qui reten­tissent dans le blanc du ciel
Sous des cha­pi­teaux corin­thiens.
J’entends le cho­ral sur­gi des pro­fon­deurs,
Une valse de Vienne que nous aimions
Pour des oreilles qui se ferment.
Le Chant se nour­rit de la chair immor­telle
du cher pro­me­neur qui vole vers l’Orient.

 

 Une ancienne ver­sion est publiée sur : http://​camil​leau​baude​.word​press​.com,  une autre édi­tée dans Le Messie en liesse (L’Ours blanc éd., 2014). Il existe une ver­sion manus­crite dans le Livre d’Or de la Maison des Pages, consul­table dans la mai­son musée, et une ver­sion en papiers pliés de l’artiste new yor­kaise Vivian O’Shaughnessy, un livre d’artiste manus­crit en exem­plaire unique, dis­po­nible sur demande à camille.​aubaude@​pandesmuses.​fr

 

… et un autre poème :

 

De si loin, tu es reve­nu.
Quelle joie, ton sou­rire face à moi,
Tu sais, je ne l’espérais plus :
Comme je m’éloignais de Toi.
 — Monde en attente de mémoire,
J’aime encore ton beau visage.
Il m’a sou­vent réjouie le soir
Où l’espoir immole la rage.
Tant d’êtres sou­rient à l’amour. 

  

Sais-tu qu’avant notre ren­contre
J’aimais mal, je ne par­lais plus.
J’aiguisais un sort de vain­cue,
Je savais débus­quer le monstre
Qui se plai­sait à me meur­trir.
Te revoi­là pour me ravir
À l’ombre des bles­sures, des larmes,
Là, pour son­ner le glas des drames :
Tant d’êtres sou­rient à l’amour. 

  

Las, l’étreinte enfante des pleurs
Honteux d’exister. Alors, fuis
Les pré­ju­gés, les lois, les ennuis,
Les vivants affa­més qui meurent
Toute leur vie faute d’aimer !
Souffle avec fer­veur les cimes
De tes nuits aux sources dam­nées,
Esprits dont se raillent mes rimes.
Tant d’êtres sou­rient à l’amour. 

 

Ô Toi subli­mant l’harmonie,
Écho du Ciel, la Pulsation,
Marche en mon cœur. Bois ton miel,
Sauveur du rêve, et ma rai­son !

 

*

 

 

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