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Le Rossignol, tu l’attrapes, et autres poèmes

Par | 2018-05-23T16:53:07+00:00 20 décembre 2016|Catégories : Blog|

 

 

Le Rossignol, tu l’attrapes (et lui brises le cou ?)

 

 

 

Se bou­cher les oreilles
Le bruit du pia­no entre les branches sèches et cas­santes
Je vou­drais que mon ombre fasse comme toi der­rière moi quand je marche : tout ce qu’elle veut
Tasser son dedans, cour­ber et recour­ber la tra­jec­toire des astres
Ecarter leur bor­dure, comme celle des rideaux
Pour faire poé­tique

Il reste, par­fois, un clown étrange qui bon­dit de là sur son res­sort rouillé
D’une si douce et coquette boîte à musique
Un homme en dan­seuse sur la pédale d’une bicy­clette lan­cée sur le trot­toir mouillé
Et le pied qui flot­tille

Il y a, entre nous, les ombres entre les mots
Les voix d’un couple des années vingt qui reten­tissent
Et celles des anges qui refroi­dissent

Ukiyo : c’est le monde flot­tant en japo­nais
C’est l’intermonde entre les inter­stices du visible
Le pays inter­ca­laire
La terre inter­mé­diaire

Yeux miné­raux, che­veux de verre, pupilles étoiles : com­po­si­tion autour d’un visage
Tu me dis je t’aime, non
Les visages tra­versent les visages

Désirer, non, dési­rer
Ouvrir, non, ouvrir
Tu me lâches la main, non, tu ne me lâches pas la main­te­nant
Et à bout
-Tissant
Le Rossignol, tu l’attrapes (et lui brises le cou ?)
Broder de fils d’or autour de l’oiseau mort ne m’intéresse pas
Regard, non, regard
Tu me tiens, non, tu me tiens, la main

Ma mélo­die, ma mélo­die, non
Le rouge feu sacré de mon sang non, pas du tout
Le corps et le fond du corps
La bor­dure
Toujours la bor­dure

Petite clef de métal à l’arrière dans la nuque
Trou dans le vête­ment qui sent l’ancien tout froid l’humide
Bloquée
La remon­ter
Vite !

 

 

 

***

 

 

 

Les cercles de cris­tal d’Aristote autour du monde

 

 

 

Sont peut-être autour de toi
C’est ce que je vois

Psaume 93 : Le monde est ferme. Il ne chan­celle pas.

Depuis on a mis tant de coups de pieds dedans
Pour faire sur­gir les fentes les éclats
De voix de verre, de miné­ral

Grand cou­rant d’air pous­sière astrale
Feuilles toni­truantes et cris d’oiseau pagaille
Qui se sou­lèvent avec ma robe rim­mel

Là-bas les paons qui font la roue
Dans leur bac à sable
On les dis­tingue à peine
Les tenir loin

Là-bas les mains cris­pées sur les four­chettes

Positions cap­tu­rées du corps en chute libre
L’une après l’autre, un dixième de seconde d’intervalle
Pourrait-on mettre en pause l’image d’une petite fille qui saute à la corde, quand elle est en haut ?

 

 

 

***

 

 

 

Je n’entends pas la langue

 

 

 

L’hirondelle de ta bouche la buée de ton front
Chute en cas­cade de mes cils à mes lèvres
Marcher le long des côtes en espé­rant bou­cler la boucle.
Essoufflée. Continuer.
Parfois j’essaie d’aller du coeur au ventre au ventre au coeur
La route n’est pas si longue et pour­tant

Poème en blanc mineur
Unité du poème entre son et cou­leur

Certains visages imprègnent le nôtre
S’accrochent autour des rêves
Lèvres cerises, joues rondes d’éclipses solaires :
Cils bouche coeur ventre
Chute (effon­dre­ment) d’étoiles

« Sorcellerie évo­ca­toire »
Je veux écrire, je veux écrire, des plus-que-poèmes
Je veux qu’il n’y ait plus de langue
Je n’entends pas la langue
Je n’utilise pas la langue
Je veux que vous ne l’entendiez plus

Qu’est-ce que c’est ce que cette his­toire ?

 

 

 

***

 

 

 

Les pluies ne sont jamais assez longues

 

 

 

Tremper son visage
Dans le lava­bo plein de lumière gla­cée
Le soir, res­pi­rer l’air froid che­mi­née
Le matin la lumière givrée

J’écoute des phrases éton­nantes
Passer dans mon esprit
Comme on écoute la radio

Tu me dis
« Les pluies ne sont jamais assez longues »
Je te dis­pa­ri­tion
Je passe un temps fou à reve­nir

Parfois l’ascenseur se coince entre les étages
Au loin les échelles ont froid les oiseaux se taisent
Ou sifflent comme les arbres

Les formes sous mes pau­pières
Une tache ren­ver­sée de lait au sol (mineur)
Le coeur n’existe pas

Le coeur n’existe pas
Tu me dis
Il n’a pas de lieu il n’a pas de il
Je te dis­tor­sion
Tu me dis­perses
La ques­tion s’est levée au milieu du lit
rature

Danser dans le lit sans qu’il ne se passe rien
Rien
Dis

Tais-toi veux-tu
Tu passes
Brusquement sur mon petit corps en boule dans le siège de la voi­ture pour fer­mer la porte que j’avais entrou­verte

Dis
Rien
Lèvre rouge d’une incon­nue cachée sous un pli
C’est quelque chose
C’est quelque chose

 

 

 

***

 

 

 

La mer entière dans la bai­gnoire

 

 

 

J’ai vou­lu mettre la mer entière dans la bai­gnoire.
Mais l’été, il y a trop de lumière.
Alors je n’y voyais plus. Ça a débor­dé.

Tu ne me voyais plus ! Je ne te voyais plus ! On ne se voyait plus !
L’hiver, je pou­vais m’abriter dans ta grande ombre et me cacher dedans
Mais l’été…
Je l’ai mise, toute la mer, entre les car­reaux de la bai­gnoire.
Et nous avons débor­dé.

Maintenant, tous ces bai­sers, à côté de mes lèvres
Juste, à côté
Mes yeux brouillés regardent le mur.
Ils pensent au silence sou­riant des tiens, oh ce silence
Comme je n’en ai trou­vé que dans les grands lacs

Sur mon épaule droite, ma bre­telle tremble
Le ciel a un haut-le-corps
Je le vois se contrac­ter, puis s’humidifier
Je sens tout l’air pas­ser entre mes jambes écar­tées

Désormais, j’occupe mon temps à effleu­rer du bout du doigt l’univers en braille
Pour essayer encore, mal­gré tout,
D’en rap­por­ter pour toi les contes du silence.

 

 

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